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© Jean Revillard/Rezo

Luc Barthassat: «J’ai été victime d’un règlement de comptes»

Publié mardi 15 mai 2018 à 00:00
modifié mercredi 16 mai 2018 à 10:51
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Publié mardi 15 mai 2018 à 00:00 
modifié mercredi 16 mai 2018 à 10:51
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Sèchement éjecté du Conseil d’Etat genevois après une seule 
législature, vilipendé par les médias locaux, le futur ex-ministre PDC
 de l’Environnement, des Transports et de l’Agriculture quittera l’hôtel de ville le 31 mai. En exclusivité pour «L’illustré», il analyse son cuisant échec et balance sa vérité, fidèle à sa manière rock’n’roll!
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Il pleut dru sur la Vieille-Ville en ce mercredi après-midi de veille de l’Ascension. L’eau ruisselle du parasol qui nous abrite sur la terrasse du bistrot où Luc Barthassat a ses habitudes, à un jet de pierre de son bureau de l’hôtel de ville. Thomas Putallaz, le porte-parole du Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture (DETA), propose de s’installer à l’intérieur. 

Mais son patron n’a pas l’intention de bouger. Au contraire, ce dernier tombe la veste de son costume bleu roi, à la manière de celui qui veut en découdre. Une réaction bien «barthassienne», de la part d’un homme qui n’a jamais eu peur de se mouiller. Pourtant plus qu’échaudé depuis dimanche dernier, «Barthachat» – comme on le surnomme depuis qu’il a défendu l’interdiction du commerce des peaux de chat aux côtés de Tomi Tomek – ne craint visiblement pas l’eau froide…

Comment se sent-on quatre jours après avoir subi ce qu’il faut bien appeler un cinglant désaveu de la part des citoyens genevois? Groggy, KO, au fond du bac?

Rien de tout cela. Je ne suis pas du genre à déprimer et à me morfondre seul dans un coin. J’ai eu un gros coup de fatigue après le premier tour, où je pensais me retrouver parmi les sept premiers (il était neuvième, ndlr). Puis j’ai repris le dessus en pensant que l’Entente (alliance PLR-PDC) corrigerait le tir. C’était mal mesurer les effets du travail de sape que certains médias locaux, Tribune de Genève en tête, ont réalisé contre moi ces derniers mois. Du jamais vu dans la République. Je n’irais pas jusqu’à évoquer la thèse d’un complot, mais j’ai clairement été victime d’acharnement. Un règlement de comptes en bonne et due forme.

C’est la seule raison de votre échec?

Sans doute pas. Mais c’est la raison principale, avec la jalousie de certains de mes adversaires. Pour eux, le style Barthassat était devenu la cible idéale. De plus, certains estimaient que deux PDC au gouvernement, c’était un de trop. Il fallait donc m’éliminer. A tout prix.

On a relevé çà et là les reproches formulés par les médias à l’issue de votre défaite. «Le Temps» vous qualifie par exemple de «brouillon», «trop bruyant» et «trop grossier»…

Ça vous étonne? Ce journal a simplement repris le credo de ceux qui n’aiment pas mon style motard, rock’n’roll et proche des gens. Il y a plein d’avocats et de banquiers qui enfourchent leur Harley le week-end. Mais eux, ils le font en cachette.

D’autres vous décrivent dictateur, impulsif, limite agressif…

On ne peut pas empêcher les gens de vous décrire. Surtout ceux qui ne vous veulent pas du bien. Cela dit, il faut poser la question au personnel de mes services. De mon côté, j’ai toujours cru à la force du collectif et toujours veillé à ne pas mettre trop de pression en imposant mes idées. Je crois qu’au DETA nous avons au contraire réussi à former une équipe formidable évoluant dans une super ambiance. Mes chefs de service accusent mal le coup, d’ailleurs.

On se souvient par exemple de votre passe d’armes avec la conseillère nationale verte Lisa Mazzone lors de l’émission «Forum» sur la RTS, début février. Dans un édito, le rédacteur en chef de la «Tribune de Genève» avait qualifié votre comportement de «consternant». Cet épisode a peut-être incité pas mal d’électrices à vous boycotter?

C’est vrai que ce débat plutôt musclé a mal passé. Je reste toutefois convaincu que la meilleure manière de respecter une femme est de la traiter d’égal à égal. Ce soir-là, Mme Mazzone m’a bien cherché, comme on dit. Puis elle s’est offusquée de m’avoir trouvé. Politiquement, c’est habile; humainement, un peu limite.

Il y a également eu un sujet de «Mise au point» durant lequel vous semblez découvrir que l’extension du tram vers Saint-Julien, en France voisine, sera terminée en 2024 et non en 2023 comme l’avaient annoncé vos propres services…

Dans la version du reportage qui a été diffusée, je me suis fait avoir d’un bout à l’autre. On a fait dire aux images le contraire de la réalité. A savoir que, si j’ai marqué mon étonnement à l’annonce de la date de 2024, c’est que pour moi 2023 était acquis. C’est le maire de Saint-Julien, Antoine Vielliard, qui n’a toujours pas compris le rôle d’un comité de pilotage, qui a poussé des hauts cris pour sauver la face. Ce sujet a été cousu dans un tissu de mauvaise foi. Dans les rushes de l’émission, il y a plusieurs personnalités qui ont affirmé que Luc Barthassat connaît bien ses dossiers, mais aucune de ces séquences n’a été diffusée.

Et que répondez-vous à ceux qui jugent abusive votre manière de communiquer, de répandre votre vie privée sur Facebook, même pendant les séances du Conseil d’Etat, assure-t-on…?

C’est faux. Je l’ai dit et redit: à quelques exceptions près, je poste mes messages entre 22 heures et 6 heures du matin. De plus, il y a quelque temps, un spécialiste a analysé mon Facebook et a calculé qu’il ne contenait que 16% de photos privées. Un autre a qualifié ma façon de communiquer d’avant-gardiste. Il y a encore une année, tout le monde louait ce modèle et puis, d’un coup d’un seul, tout ça s’est retourné contre moi. Vous ne trouvez pas ça un peu bizarre?

C’est peut-être ce modèle de communication qui incite certains à vous comparer à Donald Trump…

Non, je pense que c’est plutôt parce que je porte une cravate rouge de temps à autre… Car sur le plan des idées, je suis tout le contraire de lui. Ce type est raciste et pas normal.

Pour clore la question, le moins qu’on puisse dire aujourd’hui, c’est que le style Barthassat ne passe pas à Genève…

Il passait bien jusqu’à ce que ceux qui voulaient ma peau instillent le doute dans l’esprit des électeurs, y compris chez mes plus farouches partisans. J’ai été élu grâce à mon côté terrien, bon vivant, franc du collier, à ma volonté d’être à l’écoute des gens et voilà que quatre ans après, toutes mes qualités sont devenues d’affreux défauts. En les rabâchant, ceux qui ont téléguidé mon exécution ont réussi leur coup.

A Genève, beaucoup disent: «Barthassat n’avait ni l’étoffe ni l’envergure d’un conseiller d’Etat...»

Vous savez, j’ai repris très jeune l’entreprise familiale et j’en ai créé une autre. J’ai mené à bien des projets importants, dirigé des hommes, fait des factures, négocié avec des banques, des entreprises, des clients. J’ai parcouru le monde pendant cinq ans en multipliant les petits boulots, barman, magasinier, etc. J’ai eu la chance de toucher à tout, du bas au haut de l’échelle. Je crois que cette somme d’expériences suffit à forger un bon conseiller d’Etat. Malheureusement pour moi, les électeurs ont voté en fonction du costard, pas du type qui le porte.

A ce propos, avoir troqué votre tenue «motard rock» contre le costume chic ces dernières semaines en a étonné plus d’un…

Je ne pouvais tout de même pas aller battre la campagne en short, non? J’ai toujours porté un costume mais aussi mes bagues et mes tatouages.

Tout cela n’empêche pas certains d’affirmer que l’homme dans le costume n’avait pas de vision globale des transports et ne faisait pas avancer les dossiers…

Laissez-moi rire! Il y a longtemps que la mobilité n’avait pas fait un bond en avant aussi conséquent en quatre ans. Ce n’est pas moi mais l’Ofrou, l’Office fédéral des routes, qui le dit. Même mon collègue vert Antonio Hodgers se dit impressionné par nos réussites et tout ce petit monde se demande comment et pourquoi les Genevois ont décidé de se passer d’une telle réorganisation. Le nombre de chantiers a plus que doublé, les subventions et les investissements pleuvent, tous les projets avancent à grands pas. Sans doute aveuglés par la campagne anti-Barthassat, les gens ne s’en rendent pas vraiment compte. Nous avons bossé comme des dingues pendant quatre ans. Il nous a manqué six mois pour en tirer le bénéfice. Mon ou ma successeur en profitera, tant mieux pour lui ou pour elle et pour Genève.

Vous êtes blessé par toutes ces critiques?

Non, après vingt-sept ans de politique, je suis blindé. Et puis, je ne suis pas en train de mourir, juste de tourner une page. Je pars en étant fier du travail accompli, fier d’avoir rempli ma mission en donnant une grande impulsion en matière de mobilité à cette ville, à ce canton et à toute la région. Vous savez, dans le programme de ma vie, je n’ai jamais écrit «devenir conseiller d’Etat» ni «réussir à faire passer le projet de traversée du lac». De toute façon, certains ne supporteraient pas qu’un paysan ascendant rocker réussisse là où tout le monde a échoué depuis quarante ans…

Sur les images et les photos, on a vu Grégory, votre fils de 17 ans qui vous suit un peu partout, encore plus triste que vous le dimanche d’avant. Une scène très touchante…

Malgré son âge, mon fils a appris que la politique pouvait être très dure. Mais voir son papa triste a été une véritable épreuve pour lui. Il a vu combien j’ai bossé dur, comment je me suis donné pendant quatre ans, souvent au détriment de la famille. Du coup, il a accueilli mon élimination comme une profonde injustice.

La politique, c’est fini pour vous?

Je crois qu’on ne peut pas balayer presque trente ans d’engagement d’un revers de main. Je ferai désormais de la politique différemment, déchargé de la politique politicienne et tacticienne que je déteste.

Des regrets?

Aucun. Même si j’ai fini par recevoir les noix sur la tête, je suis heureux d’avoir secoué le cocotier…

A 57 ans, de quoi votre avenir sera-t-il fait?

J’ai un rêve: posséder un bistrot ou un petit resto à Genève avec, cerise sur le gâteau, une salle de concert pour la mettre à disposition de jeunes groupes de musique qui se lancent, en lien avec le festival rock Festiverbant, qui fêtera ses 20 ans en août, et dont je suis membre fondateur. Il faut aller de l’avant dans la vie.

Le 1er juin, vous irez timbrer au chômage?

Vous plaisantez, j’espère! Je n’ai même pas le temps de m’arrêter avant le 31 mai. Et comme sortant, j’ai droit à une année de salaire, je crois. Je reste confiant pour réaliser encore quelques rêves.

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