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© Didier Martenet

Marie-Thérèse Porchet: le rire, envers et contre tout!

Publié mardi 11 septembre 2018 à 08:57
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Publié mardi 11 septembre 2018 à 08:57 
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S’occuper du petit dernier, c’est la tâche de Marie-Thérèse Porchet devenue Poppins dans la dernière tournée du cirque Knie. L’occasion de rencontrer les créateurs de cette nounou hilarante, Joseph Gorgoni et Pierre Naftule. Et d’évoquer avec eux ce rire qui les fait vibrer et les nourrit depuis vingt-cinq ans. Mais aussi la maladie, qui frappe l’un d’entre eux.
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Jamais deux sans trois! Dans le cas de Marie-Thérèse Porchet et du cirque Knie, l’adage tombe à l’eau. Jamais trois sans quatre, car la voici pour la quatrième fois – notez le record au passage, aucun comique n’avait fait mieux – à l’affiche de la tournée 2018 pour la Suisse romande et le Tessin. Il fallait trouver une nounou au petit dernier de la célèbre dynastie, Maycol junior, né le 3 novembre 2017, le fils de Géraldine et de Maycol Errani, et c’est évidemment Marie-Thérèse, devenue Poppins, qui s’y colle! Un peu moins gracieuse que Julie Andrews quand elle descend du ciel, du moins du sommet du tout nouveau chapiteau du cirque, pour venir prendre soin du dernier-né des Knie.

Prendre soin est une façon de parler, bien entendu. Durant tout le spectacle, ce bébé sera transbahuté, secoué, perdu dans les travées; les gags font mouche, il y a parfois non pas un ange mais un chameau qui passe, et on rit de bon cœur. Et quand la célèbre chanson Supercalifragili… devient une sorte d’abécédaire des figures familiales du cirque, où la pauvre Marie-Thérèse en perd son latin avec tous ces «fils de» qui portent le même prénom que leur père – Franco, Fredy, Maycol… – c’est de la franche rigolade.

Derrière l’incontournable mégère quinquagénaire, il y a toujours le comédien genevois Joseph Gorgoni, qui lui prête son corps et sa voix, et Pierre Naftule, son «know-how». On les rencontre ce jeudi 30 août à Genève où la famille Knie offre le spectacle à des personnes handicapées. Marie-Thérèse vient de sortir de piste et les applaudissements fusent.

Didier Martenet
Après quatre tournées avec les Knie, Marie-Thérèse est chez elle au cirque. Ici avec Chanel Marie Knie, 7 ans.

Joseph Gorgoni est un peu chez lui chez Knie (Fredy l’a invité à manger l’osso buco dans sa roulotte) et puis, n’ayons pas peur des superlatifs, la cuvée 2018 est exceptionnelle. Peu d’animaux, à part les lamas de Chanel, 7 ans, la fille de Géraldine, et les extraordinaires purs-sangs, l’emblème des Knie, présentés tour à tour par son père, Maycol Errani, Ivan et Mary-José Knie. Les drones de Franco Knie junior ont remplacé les éléphants, les nombreux acrobates prennent des risques époustouflants et le contorsionniste est né avec le gène du caoutchouc. Ajoutons l’épatant Coperlin, le clown qui fait dans l’autodérision et une petite concurrence sympathique à notre nounou de Gland.

«Vous l’aimez? s’exclame Joseph Gorgoni. Je le trouve extraordinaire.» Et de nous rappeler que le public de Knie ne vient pas voir Marie-Thérèse uniquement, mais le cirque. N’empêche, la remettre encore une fois dans la sciure n’était pas facile. «Pour sa quatrième apparition au cirque, on avait justement peur de tourner en rond, même si au cirque on tourne en rond.» Sourire de Pierre Naftule. Il ne peut pas s’en empêcher. L’humour toujours, le trait d’esprit comme une deuxième nature alors que personne n’ignore à Genève que le producteur-auteur, qui a coaché à peu près tout ce que la scène humoristique romande compte de talents, est atteint d’une maladie neurologique grave.

Il n’aime pas en parler. On est là pour Marie-Thérèse, pour le fun, pour le show, pour le cirque, mais on ne peut s’empêcher de lui demander comment il va et surtout comment il fait pour s’obstiner à faire rire alors qu’un mal incurable l’oblige désormais à marcher avec une canne. L’homme est pudique. Il ne veut pas qu’on nomme sa maladie. «Ensuite, les gens vont chercher sur internet et je n’ai pas envie de ça!»
Rire et drame comme deux facettes de la même médaille, il est tout à fait d’accord. On pleure dans les deux cas. Toute bonne comédie présuppose un fond de tristesse.

Didier Martenet
A Genève, il est l’heure d’entrer sous le chapiteau pour Marie-Thérèse Poppins. Son costume, fait sur mesure à Paris, s’inspire directement de celui de la comédie musicale «Mary Poppins».

«Faire rire, je ne sais faire que cela. De ne plus pouvoir, c’est ça qui me minerait le plus! La maladie n’a rien changé ni à ma façon de travailler ni à notre création. Je suis juste un peu plus vite fatigué, je délègue un peu plus. Je fais beaucoup de physio, je me concentre sur chaque pas. Mon sort ne m’atteint pas, je ne ris pas moins qu’avant. C’est pour mes proches que cela m’attriste. Avec ma femme, on a parfois quelques moments où on est très tristes et puis ça repart! Avec Joseph, on n’en parle pas tout le temps, on rigole beaucoup aussi!»

On lui parle de cette comédie parisienne qui fait un tabac sur le thème de la maladie d’Alzheimer. Pourrait-on imaginer un spectacle où Marie-Thérèse Porchet tombe malade et en rire? Il n’hésite pas à répondre: «On peut rire de tout, de la maladie aussi. En outre, plus Marie-Thérèse subit des épreuves, plus elle devient intelligente. On pourrait imaginer que Jacqueline, sa copine, tombe malade. Il y a certainement de l’humour à faire avec la chimiothérapie, on a déjà la perruque (sourire). Mais il faut juste faire attention à ne pas blesser les personnes touchées de près ou de loin. Ceux qui sont malades et ceux qui ne le sont pas doivent pouvoir rire ensemble!»

Vingt-cinq ans de collaboration
On n’en est pas là. Pour cette Marie-Thérèse Poppins, les deux compères se sont beaucoup inspirés du film mais aussi de la comédie musicale. «Je l’avais vue à Londres, précise Joseph. Quand Fredy Knie m’a annoncé que sa fille Géraldine était enceinte, on s’est dit que c’était un angle tout trouvé pour faire revenir Marie-Thérèse au cirque: s’occuper du bébé!»

Didier Martenet
Pierre Naftule et Joseph Gorgoni, 57 et 52 ans. La maladie du premier ne les empêche ni de rire ni de créer.

Ne restait plus qu’à écrire. Avec une méthode de travail qui est toujours la même depuis vingt-cinq ans. «En général, je dis des conneries et Pierre les écrit. Lui sait mettre les mots là où il faut.» La réalité, contrairement à ce que l’on croit parfois, c’est qu’ils sont tous les deux coauteurs des textes. Mais Naftule reste le maître d’œuvre. Le sertisseur de gags, qui compare toujours l’humour à de la haute horlogerie. Un éclat de rire toutes les quinze secondes, la mécanique de précision des zygomatiques.

Malgré la maladie de son binôme, Joseph Gorgoni espère que ça va durer le plus longtemps possible et qu’ils vont pouvoir mettre un nouveau spectacle sur pied d’ici à deux ans. Un mal dont il n’a pas saisi tout de suite la gravité, avoue-t-il «peut-être par déni. Je suis assez fasciné par la manière dont il le vit, par sa force. Très franchement, je n’arrive pas à en parler avec lui. Ni de notre futur. Cela fait vingt-cinq ans que je n’ai jamais rien fait sans Pierre!»

Pour l’heure, Marie-Thérèse Porchet a rendez-vous avec les spectateurs romands et tessinois jusqu’en novembre. Le rire, c’est quand même la plus belle chose qui a été inventée pour nous faire oublier que la vie est fragile et qu’elle a une durée limitée. The show must go on!

La tournée romande du cirque Knie: Genève jusqu’au 13 septembre, Nyon 14-16 septembre, Yverdon 17-18 septembre, Bienne 20-23 septembre, Bulle 25-26 septembre, Lausanne 28 septembre-10 octobre, Vevey 12-14 octobre, Aigle 16-17 octobre, Sion 18-21 octobre, Martigny 24 octobre, Fribourg 1er-4 novembre.

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