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© François Wavre | lundi13

Marina Rollman, la nouvelle griffe de l’humour

Publié mardi 30 mai 2017 à 09:20
modifié lundi 14 mai 2018 à 10:06
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Publié mardi 30 mai 2017 à 09:20 
modifié lundi 14 mai 2018 à 10:06
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Révélée au public comme chroniqueuse, l’humoriste genevoise Marina Rollman fait désormais rire toute la Suisse. Rencontre avec une femme drôle et nature.
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Marina Rollman débarque aux Bains des Pâquis telle une écolière. Robe marinière, ballerines aux pieds et sac sur le dos.
«Je ne vous fais pas la bise, j’ai une triple coqueluche», plaisante d’emblée l’humoriste, diminuée par un méchant refroidissement. C’est elle qui a choisi le lieu de la rencontre. «J’aime bien cet endroit. On y voit de tout. Des familles, des babas, des bourgeois.» La Genevoise nous montre le club nautique, en face. Là où elle a fait ses premiers ronds dans l’eau, ado, à l’école de voile. «C’était génial. On se sent tellement libre sur un bateau. Ça me manque», lâche-t-elle, nostalgique.

 


Un air de Penélope Cruz

A 28 ans, elle n’a plus guère le temps de prendre le large. Chroniqueuse dans l’émission Les beaux parleurs, sur La Première, elle vient d’enchaîner deux week-ends au festival Maxi-Rires de Champéry, rode son premier spectacle, qu’elle présentera bientôt à Morges-sous-Rire, et se prépare à conquérir Paris cet été. «Je suis heureuse de retrouver la scène. J’adore les médias, mais c’est d’abord pour le live que j’ai choisi ce métier», explique celle qui fut aussi chroniqueuse sur Couleur 3 et dans l’émission C’était mieux avant?, sur RTS Un.

L’humoriste pose face à l’objectif comme une pro et s’étonne qu’on lui trouve un petit air de Penélope Cruz. «Personne ne me l’avait jamais faite, celle-là. Mais merci, je prends. Dans la famille, on a de grands yeux écartés et le nez haut. J’ai toujours trouvé que j’avais une tête un peu bizarre», s’amuse-t-elle. Née à Genève, élevée à Champel, l’humoriste franco-suisse possède des origines roumaines. Elle vit aujourd’hui au centre-ville avec Stéphane, son amoureux, producteur de musique. La séance photo terminée, elle commande un thé pour se réchauffer et se met à table.

Marina Rollman parle aussi vite dans la vie que sur scène. Avec son air mutin et sa voix un peu enfantine, on lui donnerait (presque) le bon Dieu sans confession. Même quand elle taquine les garçons sur leur rapport obsessionnel aux centimètres de leur entrejambe ou qu’elle se moque des répliques absurdes qui fleurissent sur les sites de rencontres.
Au fait, Marina, peut-on vraiment rire de tout? «Oui, à partir du moment où c’est assumé. Après, je pense que les générations d’humoristes avant nous ont épuisé le quota de blagues marrantes sur les Noirs, les juifs ou les homos. Il est temps de passer à autre chose.» La Genevoise appartient à cette nouvelle garde du stand-up romand qui compte dans ses rangs Thomas Wiesel, Alexandre Kominek, Charles Nouveau. Elle aime bien répéter que si la discipline a émergé des banlieues françaises, «en Suisse, l’affaire est plutôt celle d’une bande de petits bourges bien rangés».

Rêves d’internat

Une clique de rigolos où les filles sont assez rares. Pourquoi? «Peut-être parce que cela ne fait pas si longtemps que les femmes osent vraiment prendre la parole et assumer haut et fort leurs idées. Et puis, être drôle, c’est encore dans l’inconscient une qualité réservée aux hommes.» L’humoriste l’a appris à ses dépens. «J’ai commencé à faire des blagues à mes potes en 5e année. J’avais 11 ans. Ça dérangeait déjà les garçons qu’une fille soit plus marrante qu’eux.»

A l’école, la jeune Marina rigole un peu moins. «Au collège, je n’arrêtais pas de sécher les cours. A tel point que j’ai demandé à mes parents de m’envoyer en internat. J’imaginais la grande vie et les prairies anglaises à perte de vue. J’ai atterri à Champittet, près de Lausanne. L’angoisse.»

Gad Elmaleh a succombé

Elle obtient sa matu de justesse, met les voiles pour Paris et commence trois facultés sans jamais rien terminer. «En vérité, j’étais plutôt partie rejoindre des potes qu’étudier.» L’un d’entre eux la convainc de participer à un concours de stand-up. «Le fiasco total. Je n’ai fait rire personne.» Cet échec lui fait sérieusement repenser son avenir. De retour à Genève, elle se fait engager par des amis qui lancent un food truck de burgers. Avant, finalement, de se remettre à l’écriture. «J’étais déterminée à remonter sur scène ne serait-ce que cinq minutes pour ne pas rester sur mon échec cuisant. J’ai eu la chance de croiser Thomas Wiesel et les autres.» En 2014, elle est choisie par Gad Elmaleh pour assurer sa première partie à Paris et à New York et décroche le prix François Silvant l’année suivante. «En quelques mois, ça a décollé.» Depuis, plus rien n’arrête Marina. 

Marina Rollman sera à Morges-sous-Rire (Café-Théâtre) le 21 juin à 19 h.

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