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© julie de tribolet

Maude Mathys, une championne de maman

Publié mercredi 27 juin 2018 à 12:18
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Publié mercredi 27 juin 2018 à 12:18 
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Vainqueur du marathon de Zurich, le 22 avril dernier, la Vaudoise d’Ollon mène de front ses vies d’athlète et de mère de famille, avec son mari et leurs deux petits enfants, Charlotte, 7 ans, et Timothé, 2 ans.
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C’est une jeune femme dynamique et rieuse, qui mène une vie heureuse avec son mari, Jean-Marc, garde forestier, et leurs deux petits enfants, Charlotte, 7 ans, et Timothé, 2 ans bientôt. Une jolie maison à Ollon (VD), la vie de famille, les repas, l’école, les loisirs… Mais c’est aussi une championne atypique et à la volonté de fer, qui brille dans ces sports durs qu’elle combine selon son inspiration et ses envies: le ski-alpinisme, la course sur route, la course de montagne, et maintenant, depuis cette année, le marathon.

julie de tribolet
«J’adore manger, je suis un «bec à miel»! Je me rappelle une fois, la veille d’une course, j’avais dévoré une Coupe Danemark.» 


A 31 ans, Maude Mathys vit intensément ses deux passions existentielles – sa famille, son sport – avec une espèce de bonne humeur et de joie de vivre impressionnantes. Elle a déjà accumulé un solide palmarès: vainqueur de la Patrouille des glaciers, en battant le record de l’épreuve, et vice-championne du monde de ski-alpinisme en 2014; championne d’Europe de course de montagne, vainqueur du marathon de la Jungfrau et de Morat-Fribourg en 2017. Et elle vient de remporter brillamment le marathon de Zurich, le 22 avril dernier, dans le très bon temps de 2 h 31’ 14’’, le cinquième meilleur chrono suisse sur la distance.


Famille sportive

julie de tribolet
Maude Mathys et ses enfants Charlotte(7 ans et Timothée(2 ans) ici séance de gainage.


«Je viens d’une famille très sportive, explique Maude Mathys, et j’ai toujours fait du sport. Mes parents faisaient de la course à pied, mon frère, Laurent, fait beaucoup de vélo. J’ai commencé par faire de l’athlétisme, mais j’étais moyenne un peu partout – les haies, le saut en longueur, le sprint. Je n’étais jamais la meilleure. J’ai quand même été championne suisse junior de saut à la perche, mais je manquais de vitesse pour progresser vraiment.»

julie de tribolet
Gainage, course en extérieur, Maude concilie ses passions avec bonheur. «Je cours une heure le matin avec Timothé dans son pousse-pousse. Ce n’est pas l’idéal, mais mon corps s’habitue et le petit adore cela.»


Maude Mathys a besoin, depuis toujours, de bouger, de se dépenser, de sentir son corps qui vit. Elle court pour le plaisir tout en menant à bien une formation d’infirmière. «J’ai rencontré mon futur mari à 18 ans, il faisait beaucoup de sport et on a commencé à faire ensemble du ski-alpinisme. On faisait aussi des courses populaires, Morat-Fribourg, le Tour du Chablais, les dix kilomètres de Lausanne. Et aussi des trails, jusqu’à soixante kilomètres. A ce moment-là, je n’avais plus envie de faire de la compétition, mais le virus m’a rattrapée.»

La jeune Vaudoise a la course dans la peau, et elle est bientôt repérée par les instances sportives suisses. Mais elle rêve aussi d’une vie normale: travail, mariage, famille… Charlotte naît le 8 avril 2011, Timothé suivra le 14 septembre 2016. «Je voulais avoir des enfants en étant jeune, dit-elle, et je ne voulais pas qu’il y ait trop d’écart entre eux. Avec mon mari, on a toujours donné la priorité à nos enfants. L’idée, c’est que mon sport n’empiète pas sur notre vie de famille. Ce qui me fait le plus plaisir, aujourd’hui, c’est quand toute ma famille me suit sur une course et m’encourage. Charlotte voulait voir ma médaille du marathon de Zurich, elle veut toujours monter avec moi sur le podium.»
La championne Maude Mathys est hyper-musclée, fine, sèche: 50 kilos pour 163 cm. Elle est dure au mal, elle se dépasse, elle s’arrache. «Je sais avant une course que je vais souffrir et que je vais cracher mes poumons, mais je me réjouis aussi. J’aime sentir que je transpire, j’aime sentir mon cœur battre et, après, je suis très fière de ce que j’ai fait.» Mais Maude Mathys, chez elle, est totalement relax, décontractée. Une maman poule, une maman drôle et amusante!

julie de tribolet
Maude encouragée par tout son clan: de g. à dr., Thomas Hürzeler, son entraîneur; Jean-Marc, son mari, avec Timothé sur les épaules; Charlotte; son père, Jacky, et sa mère, Elisabeth.


«J’adore faire la cuisine»


«Je me lève le matin vers 6 heures, on prend le petit-déjeuner tous ensemble. Et puis mon mari va travailler et Charlotte part à l’école. En général, je vais ensuite courir une heure avec Timothé dans le pousse-pousse: il adore! Après je m’occupe du ménage, de la lessive, des courses. L’après-midi, je fais du vélo d’intérieur, sur la terrasse, ou du travail de fond. J’adore faire la cuisine. Je fais mon pain moi-même, au moins je sais ce qu’il y a dedans. Avec mon mari, on est des «becs à miel». J’adore la crème, les gâteaux. On a fêté ma victoire au marathon de Zurich en faisant un bon repas, une petite viande et après, une grosse tranche de gâteau: un feuilleté avec de la crème vanille et des fraises dessus. Je ne finis jamais un repas sans un dessert. Je mange aussi du chocolat: j’en suis à quatre barres par jour en ce moment. En fait je mange de tout, je raffole aussi du fromage.»


La course donc, qui structure et qui donne du sens à sa vie, mais des terrains de jeu qui changent d’une fois à l’autre, au gré de ses envies. La montagne, bien sûr, mais aussi, désormais, le bitume, c’est-à-dire le marathon. «Ce que j’aime en montagne, c’est ce sentiment de liberté absolue, cette espèce de liberté ludique. Quand on court sur l’asphalte, on ressent la monotonie de la foulée, on a l’impression de faire toujours la même chose. On doit gérer son tempo, il faut être très fort dans sa tête.» Pour l’encourager mentalement pendant une course, elle place comme des balises, tout au long du parcours, son entraîneur, son mari ou ses parents, à des endroits déterminés à l’avance: à vingt kilomètres de l’arrivée, à dix kilomètres, à cinq… «A la fin, ça devient de plus en plus dur, dit-elle, les gens crient pour m’encourager, mais pour moi, ça se passe dans une forme de silence. Mon mari me regarde, je le vois, je veux juste savoir qu’il est là. Dans ma tête, c’est un peu la lutte entre l’ange et le diable…»


Depuis cette année, Maude Mathys a abandonné son travail d’infirmière, à Aigle, et elle vit grâce au soutien de ses sponsors, qui lui assurent un revenu annuel de 50 000 francs. Plus volontaire que jamais, plus ambitieuse aussi, elle a un objectif absolu: la qualification pour le marathon des Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. Et elle va tout faire pour l’atteindre! «Pour les Jeux de Rio, en 2016, le minimum était de 2 h 30. Je n’en suis pas loin.»

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