Nathan Beck pour "Sport"
Défenseur de fer. Les performances de Michael Lang au poste de latéral droit, dans l’effectif du FC Bâle, lui ont ouvert les portes de l’équipe nationale.
Football

Michael Lang, le défenseur sauvage et soigné du FC Bâle

19 mai 2017

Le Bâlois Michael Lang est un défenseur moderne, comprenez qui marque des buts. Il aimerait que les jeunes joueurs s’intéressent davantage à leurs performances qu’aux belles autos. Et il trépigne d’impatience à l’idée de retrouver le FC Sion en finale de la Coupe de Suisse, jeudi prochain.

 

Ce serait cruel. Le pire scénario, selon Michael Lang. Nous sommes un mercredi de la mi-avril. Le dimanche suivant, les joueurs du FC Bâle pourraient devenir champions suisses sans avoir besoin de jouer, en restant devant leur télévision. Pour un observateur extérieur, la manière dont une équipe s’adjuge un titre paraît accessoire. Si les fans bâlois se sont désormais habitués à voir leur club remporter des distinctions en série, tous les footballeurs ne réalisent pas une si belle moisson. Rares sont les membres de l’équipe à avoir gagné autant de trophées au cours de leur carrière. Il est donc compréhensible que Michael Lang ait envie de célébrer son deuxième triomphe sur le terrain, avec un coup de sifflet final, un tour d’honneur, des accolades entre coéquipiers et quelques bières.

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Michael Lang tente d’arrêter l’international allemand Mesut Özil (Arsenal) pendant un match de la Ligue des champions. Photo: Getty Images 

Le footballeur de 26 ans ne souhaite pas devenir champion avant l’heure. Il voudrait une grande finale. «C’est pour de tels matchs que l’on vit et que l’on s’entraîne: une rencontre avec tout ou rien, où il faut se dépasser alors que le reste n’a plus aucune importance. Je n’en ai pas connu beaucoup au cours des deux dernières années», dit-il, reconnaissant vite qu’il serait le premier à signer s’il était possible de s’assurer une avance de 25 buts avant la saison. Posséderait-il deux âmes dans un seul corps?

C’est probablement vrai dans une certaine mesure, même si cette double face ne semble pas aussi dramatique qu’elle le fut pour Goethe. Néanmoins, Michael Lang oscille entre la passion et la sécurité. Il porte des cheveux longs et soignés, une barbe préparée. Il a des envies d’aventures, d’action et de voyages, mais il attendra la fin de sa carrière de footballeur pour les concrétiser. C’est un défenseur, mais aussi le cinquième meilleur buteur du FC Bâle.

Le FC Saint-Gall ou rien

«Aujourd’hui, je corresponds parfaitement au FC Bâle», affirme l’international, après deux ans passés chez le Crésus de la ligue. Il a adapté son style de jeu au football offensif pratiqué dans la cité rhénane et a déjà marqué sept fois en championnat et en coupe au cours de la saison (état au 24 avril). «Quand on n’a pas l’angoisse du buteur et que l’on ressent toujours ce plaisir, ce sont des conditions idéales», déclare-t-il. Ses buts ont aidé l’équipe bâloise à décrocher son vingtième titre de champion, le huitième de suite.

La domination de Bâle est un thème qui préoccupe, à travers toute la Suisse. Cette situation ne laisse pas non plus les joueurs indifférents. Michael Lang comprend que les amateurs de football se lassent avec le temps d’assister au couronnement exclusif de Bâle. Il a personnellement vécu l’émotion provoquée par de bons résultats dans une région qui n’est pas habituée au succès.

Michael Lang commence à jouer au FC Saint-Gall en 2000, au moment où l’équipe remporte le titre national pour la deuxième fois depuis 1904. Toute la Suisse orientale est en liesse et cet événement produit une forte impression sur le jeune Michael, 9 ans, dont la famille vit alors à Egnach (TG), sur les rives du lac de Constance. Alors que le club organise une journée pour recruter des juniors, il tente de persuader les responsables de l’accepter. «Je n’ai jamais voulu jouer dans un club de village. Je me disais que si je ne parvenais pas à intégrer le FC Saint-Gall, je préférerais taper dans le ballon avec mes copains dans la cour de l’école ou me consacrer au tennis.» Il n’a pas eu besoin de mettre ces résolutions en pratique, Saint-Gall l’admet dans ses rangs. Il ne les quittera que onze ans et deux relégations plus tard. Lang sait comment on se sent en bas de classement. En 2008, jeune pro, il vit la descente du club en Challenge League. Même douloureuse expérience en 2011, alors qu’il est devenu un joueur attitré.

Soutenir plutôt qu’imposer

Il se demande aujourd’hui comment ne pas perdre sa motivation avec 20 points d’avance. Le footballeur thurgovien reconnaît volontiers que la concentration n’est pas totale lors de certains entraînements. Les joueurs plus âgés s’en rendent rapidement compte. Ils remettent l’équipe sur la bonne voie. En outre, sur un cadre de 25 sportifs, seule une petite partie peut envisager de figurer au nombre des joueurs titulaires. Chacun sait qu’il n’est pas uniquement question du prochain titre du FC Bâle, mais de sa carrière personnelle.

Une astuce permet aussi de forger la motivation: il suffit de s’abstenir de penser constamment au classement. Certes, les points marqués par le club comptent, mais il faut considérer également le palmarès de chaque joueur. «Je ne regarde pas tous les jours le classement en me tapotant l’épaule et en me disant: «Génial, 20 points d’avance, tu as fait du bon travail.» Cette attitude n’apporte rien.» Malgré cette avance stupéfiante, il ne manque pas de motivation. «Quand tout va bien, je suis encore davantage motivé. C’est dans ces moments que je ressens l’énergie, l’envie et la force.»

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Yeux bleu acier, cheveux longs, barbe «sauvage mais soignée»: Michael Lang cultive son look. L’international connaît la Super League sous toutes ses coutures. Après avoir été relégué à deux reprises avec Saint-Gall, il devient champion suisse pour la seconde fois. Photos: Nathan Beck
 

Par son approche à la fois sérieuse et décontractée, le défenseur latéral est devenu une personnalité importante du FC Bâle, de la même manière qu’il avait révélé son caractère dès son jeune âge. En matière d’autonomie, sa carrière professionnelle, débutée à 16 ans, pourrait servir de modèle. Le FC Saint-Gall est alors une équipe très internationale avec parmi ses joueurs quatre Argentins, deux Brésiliens et deux Camerounais. Michael Lang le remarque vite. «Personne ne faisait attention à toi, tu devais tracer ton chemin.» Aujourd’hui, il essaie de favoriser l’intégration des jeunes plutôt que de leur donner des ordres. Il n’hésite pas à s’engager personnellement si son interlocuteur le souhaite. Il trouve positif qu’un footballeur débutant possède une grande confiance en ses propres capacités, mais il est essentiel à ses yeux qu’il s’entraîne davantage qu’un joueur confirmé. «Quand je demande à des enfants ou à des ados quelle est leur idole, ils me répondent Ronaldo parce qu’il a un look séduisant, une superbe femme, une belle auto et de magnifiques chaussures. Les jeunes ne savent pas qu’il s’est entraîné au cours de sa carrière comme aucun autre joueur. Souvent, leur première voiture figure sur leur liste de souhaits avant leur premier match de Super League. Ce n’est pas bon pour tous.» Michael Lang n’élève pas la voix. Avec ses formules qui font mouche, il encourage la réflexion.

Il se sent à l’aise dans le rôle qu’il s’est donné au FC Bâle. Tellement qu’il a placé la barre très haut pour un éventuel transfert à l’étranger. Le nom du club devrait susciter une adhésion immédiate sans qu’il ait besoin de s’interroger longuement sur l’équipe, la ville, la tradition et les fans du club. A elle seule, une bonne ligue ne suffirait pas. «A Bâle, tous les éléments se conjuguent.» Il est convaincu que la nouvelle direction et le nouvel entraîneur, Raphaël Wicky, apportent de grands changements à cet égard. «Je suis serein. Je ne doute pas que tout continuera comme avant ou presque, vraisemblablement avec autant de succès.»

Michael Lang est bien installé à Bâle. Il se réjouit des titres sur sa carte de visite, avec de nombreux points d’avance. Et il attend le 25 mai avec impatience, le jour de la finale de la Coupe de Suisse contre Sion. Une rencontre pour laquelle on vit et on s’entraîne. Un match tout ou rien pendant lequel le reste n’a plus aucune importance.

Texte: Eva Breitenstein ·