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© © yves-andre.ch

Nos maisons et nos villes ne sont pas équipées contre la canicule

Publié mercredi 8 août 2018 à 08:47
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Publié mardi 6 mars 2018 à 09:16, 
modifié mardi 6 mars 2018 à 11:45.
Quand la canicule frappe, les villes et certains habitats se transforment en fours. Alors que des communes tentent de s’adapter, comme Sion, une étude démontre que les habitations modernes ne sont pas suffisamment équipées pour faire face 
à ces températures.
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«La ville est un écosystème anthropique, pratiquement entièrement minéral, qui agit comme une pierre ollaire en retenant la chaleur entre ses murs», analyse Lionel Tudisco, urbaniste à la ville de Sion. Ajoutez à cela la chaleur résiduelle provenant de la circulation et vous obtenez un cocktail explosif. Durant la canicule, il n’est ainsi pas rare de constater des écarts thermiques de 5 à 10 degrés entre la campagne et ces îlots de chaleur urbains qui exposent inévitablement la population à des problèmes de santé publique.

Pour contrer ce phénomène, Sion, la ville suisse la plus touchée par le réchauffement, dû notamment à sa situation géographique et au foehn qui balaie la vallée du Rhône, a pris part à un programme pilote de la Confédération. Avec son projet Acclimatasion, la capitale valaisanne est ainsi devenue pionnière dans l’adaptation au changement climatique. Sensibilisation, création de biotopes et d’une voie piétonne – le cours Roger-Bonvin – où l’on a planté 700 érables et aménagé 5000 m2 d’espaces verts, mais aussi publication en 2018 d’un guide de recommandations pour les propriétaires privés. «Nous étudions toutes les possibilités pour adapter un bâti au changement climatique, explique Lionel Tudisco. Mais pour avoir un impact à long terme, c’est toute la population qui devra prendre conscience qu’elle a une responsabilité.»

Si la chaleur est étouffante dans la rue, elle l’est aussi à l’intérieur. Selon l’étude réalisée par l’Institut de la technique du bâtiment et de l’énergie (IGE) à la Haute Ecole spécialisée de Lucerne, le réchauffement climatique confronte l’architecture à un changement de paradigme. En ville, les besoins en refroidissement deviendront bientôt plus élevés que les besoins en chauffage. Une nouvelle donnée qui pourrait bien s’avérer très coûteuse et énergivore si les futurs projets de construction n’intègrent pas en amont cette problématique, forçant les habitants à se tourner vers des solutions transitoires, comme l’achat de ventilateurs inefficaces.

Anciens bâtiments plus frais

L’architecte Gianrico Settembrini et ses chercheurs ont simulé un scénario leur permettant d’analyser l’évolution des températures ambiantes dans quatre bâtiments – un ancien logement et un moderne à Bâle et à Lugano – représentatifs du parc immobilier suisse. Le constat est alarmant. Au cours de l’année moyenne de 2004, les espaces intérieurs ont dépassé pendant 27 heures les 26,5 °C, considérés alors comme «surchauffés». En 2068, il faudra supporter 900 heures de surchauffe si vous vivez dans une habitation moderne à Bâle et 1400 heures à Lugano. Quant aux anciens bâtiments, moins bien isolés pour l’hiver, ils résistent mieux aux chaleurs estivales, principalement en raison de leurs petites fenêtres et de l’épaisseur des murs.

Mais comment faire face à ces résultats? «A Lucerne, nous sommes la seule haute école qui enseigne la technique du bâtiment en plus de l’architecture et de l’ingénierie, explique Adrian Altenburger, codirecteur de l’IGE et vice-président de la Société suisse des ingénieurs et des architectes. Nos modules abordent notamment la question clé de la climatisation naturelle en été.» Une autre piste réside dans une planification minutieuse des constructions, en particulier la gestion délicate des baies vitrées, tant appréciées des architectes et des résidents. «Jusqu’à aujourd’hui, nous construisions des fenêtres orientées au sud pour amasser de la chaleur en hiver, poursuit Adrian Altenburger. Peut-être que dans le futur, ces ouvertures seront orientées au nord.»


A La Neuveville (BE), l’Atelier Oï cherche également à repenser notre manière de construire. «C’est toujours intéressant de développer de nouvelles technologies et matériaux, mais il faut aussi réinterpréter ce qui existe dans les principes archaïques et les bases de la construction. Il faut faire preuve de bon sens», argumente Patrick Reymond, un des trois fondateurs de l’une des plus importantes agences romandes de design et d’architecture. Son exemple: la réalisation d’une manufacture à Corcelles-Cormondrèche (NE) dont les baies vitrées sont orientées plein sud. «Nous avons installé un grand moucharabieh, une sorte de claustra utilisé dans l’architecture traditionnelle des pays arabes.»

Un édifice qui permet d’ombrager et de rafraîchir en été et qui laisse passer le soleil en hiver lorsque les rayons sont à l’horizontale. «En voyageant autour de la planète, on se rend compte que les solutions existent. Mais c’est aussi toute la chaîne de production énergétique qui doit être repensée pour être durable.» 

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