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© Sedrik Nemeth

Elles ont eu leur premier enfant après 40 ans

Publié mardi 10 avril 2018 à 14:05
modifié jeudi 17 mai 2018 à 11:14
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Publié mardi 10 avril 2018 à 14:05 
modifié jeudi 17 mai 2018 à 11:14
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A 46 ans, Adriana Karembeu va donner naissance à son premier enfant. Après avoir douté de son instinct maternel et craint d’être trop vieille. Son parcours de combattante, c’est aussi celui de trois Romandes qui témoignent ici avec bonheur de leur grossesse tardive.
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«Aurélien, c’était mon cadeau d’anniversaire pour mes 40  ans», sourit Anne-Françoise Loup. La directrice de l’Education, de la Santé et de l’Action sociale de la ville de Neuchâtel a eu deux enfants nés par procréation médicalement assistée.

Cette femme socialiste, élevée dans une fratrie de cinq enfants, n’imaginait certes pas son existence se passer sans fonder elle-même une famille, «mais avoir un enfant, ce n’était pas un désir à tout prix», assure-t-elle. A 39  ans elle n’avait tout simplement pas encore rencontré l’âme sœur avec qui l’envisager. «J’étais cadre, j’adorais ma vie professionnelle, je n’étais pas en manque.» Quand Philippe, de onze ans son aîné, entre dans sa vie, il lui explique avoir fait le deuil d’un enfant biologique à la suite de ses problèmes de fertilité. En 2010, le couple tentera néanmoins l’aventure de la fécondation in vitro. Aurélien naîtra par césarienne le 25  mars 2011, après deux tentatives qui n’ont pas abouti. «J’ai failli le perdre, j’ai dû rester un mois et demi allongée, ce qui pour moi n’était pas évident», explique cette mère de famille épanouie qui se souvient de sa joie, et surtout de celle de son mari lors de la naissance de cet enfant inespéré. «Assez vite la question du deuxième enfant s’est posée.

J’avais 40  ans et il n’est guère pratiqué de stimulation ovarienne au-delà de 42  ans.» Elle va s’y résoudre quelques mois plus tard, ce qui permettra de congeler six embryons pour la suite. Simon naît le 29  janvier 2015. «Avant lui, j’ai encore fait une fausse couche. Bien sûr, tout ce processus a été éprouvant moralement mais le soutien de ma gynécologue et les compétences des équipes du CHUV nous ont permis de surmonter ce cap douloureux.» Aujourd’hui, celle qui dirige un important dicastère depuis trois mois doit apprendre à jongler avec l’agenda. «Mon mari a accepté de rester à la maison pour s’occuper de nos garçons, je peux donc me reposer sur lui pour toute la logistique. Je préfère d’ailleurs parler de lui comme administrateur familial plutôt que comme père au foyer», ajoute-t‑elle, malicieuse. Elle-même mise désormais sur la qualité plutôt que la quantité auprès de ses enfants. «Le dimanche leur est entièrement consacré et, quand je suis avec eux, je suis pleinement avec eux.» Anne-Françoise Loup est consciente que l’énergie, l’endurance, la patience sont des qualités qui s’émoussent avec l’âge. «On compense différemment. On a aussi une certaine expérience de la vie, cela nous oblige à nous maintenir jeunes, du fait en plus qu’on est parfois un peu décalés par rapport aux parents d’enfants du même âge.»

Son témoignage se veut un message d’encouragement à toutes celles qui douteraient que ce chemin est possible. Sans faire l’impasse sur deux questions essentielles à ses yeux. Comment pourrais-je répondre à leurs attentes et les soutenir quand ils auront 20 ou 30  ans? Jusqu’à quelles étapes de leur vie pourrai-je les accompagner?

«Je savais que j’allais avoir cet enfant!» Carine Chevalley, 50 ans, 
et Manon, 6 ans, Valeyres-sous-Montagny (VD)


Manon est née le jour de la Saint-Valentin, le 14 février 2012. «J’espérais à tout prix qu’elle vienne au monde ce jour-là», confie, souriante, Carine Chevalley, qui épousera cet été son compagnon et le père de son enfant à Europa-Park. Cette Vaudoise volubile est déjà la maman d’une jeune femme de 27 ans née d’une première union. «Je ne suis pas restée longtemps avec le père de ma première fille, nous avons vécu seules de longues années.» Alors bien évidemment, lorsque cette ancienne employée des impôts à Yverdon rencontre Gérald, l’homme de sa vie, l’envie d’avoir ensemble un nouvel enfant se fait fortement ressentir. «Nous avions été à un anniversaire ensemble où il y avait une jolie petite fille. «Et si tu m’en faisais une comme ça?» lui ai-je lancé. Bien sûr, je savais que le taux de fécondité d’une femme de 40 ans n’est plus le même que celui d’une femme de 23 ans, l’âge que j’avais pour ma première fille, mais mon compagnon, qui a six ans de plus que moi, n’avait pas eu d’enfant, nous nous aimions, nous avions vraiment envie de fonder une famille. Nous avons d’ailleurs acheté cette maison très vite après notre rencontre. Il fallait la remplir!»

Tenir le rythme

Carine se souvient d’avoir pleuré le jour de ses 40 ans, un 11 décembre, parce qu’elle n’était pas enceinte. Suivront quatre années difficiles où les fausses couches s’enchaînent avec les souffrances et l’anxiété qui vont de pair. «Je n’ai pas pris de traitement hormonal, je tombais enceinte facilement mais les embryons ne s’accrochaient pas. J’avais fait tous les examens possibles, tout était normal, on ne comprenait pas. Heureusement, je suis du genre positif. Je me demandais bien sûr pourquoi cela arrivait mais je restais confiante, au fond de moi je savais que j’allais avoir cet enfant!»

La sixième grossesse sera la bonne. «J’avais prévu de tout arrêter si celle-ci ne marchait pas. Quand je suis tombée enceinte de Manon à 44 ans, j’avais peur chaque matin d’avoir des saignements, signe que mon bébé était parti, mais au bout de quelques semaines, j’ai pu vivre sereinement ma grossesse. Mon accouchement s’est passé comme une lettre à la poste, j’aurais pu sortir de l’hôpital d’Yverdon le soir même.»

S’occuper d’un petit bout de chou n’est évidemment pas une sinécure lorsqu’on a 50 ans et que votre petite fille veut jouer aux Petshop qui s’étalent dans le salon. «C’est plus fatigant qu’à 30 ans, reconnaît Carine, qui fait tout pour garder la forme. Elle a même subi un by-pass (déjà 20 kilos en moins) qui lui permet de multiplier les activités avec sa petite fille. Demain, c’est piscine dans un grand centre aquatique. «Je fais avec elle tout ce que je n’ai pas pu faire avec la première, j’ai la chance aujourd’hui de pouvoir rester à la maison pour m’occuper d’elle à plein temps.»

«A mon âge, un enfant, c’est miraculeux» Muriel Rodieux, 46 ans, 
et Léana, 2 mois, Versoix (GE)

Un miracle. C’est ainsi que cette ancienne avocate qui enseigne le droit parle de cette petite merveille lovée dans ses bras. Si elle est devenue mère sur le tard, ce n’était pas un choix délibéré. Muriel n’a jamais fait passer sa carrière avant son désir d’enfant. «Laurent, mon compagnon, qui partage ma vie depuis dix-sept ans, est plus jeune que moi de six ans. Au début, j’ai attendu qu’il soit prêt à fonder une famille. Je n’étais pas malheureuse, nous voyagions beaucoup, on profitait de la vie. J’avais 38 ans lorsqu’il s’est dit prêt pour cette grande aventure et que nous avons décidé d’avoir un enfant.» Est arrivé par la suite ce qui arrive bien souvent dans ce genre de situation, surtout quand on sait que le taux de fertilité baisse chez une femme à partir de 36 ans (voir notre encadré médical). Entre 38 et 45 ans, Muriel va subir quatre fausses couches, deux grossesses extra-utérines, dont une qui lui a coûté l’ablation d’une trompe. «J’ai vécu huit fécondations in vitro sans stimulation ovarienne, c’était plus naturel mais aussi plus contraignant. Mais, malgré les échecs, j’ai toujours gardé le moral. Même quand je voyais des femmes enceintes, notamment parmi mes amies, je n’avais pas de rancœur, je pleurais un petit peu en sortant de la maternité mais je me disais: il suffit de tomber sur le bon ovocyte!» Un joli état d’esprit. Pour mettre toutes les chances de son côté, la Genevoise a quitté le barreau il y a huit ans pour l’enseignement. A son rythme, persuadée comme elle le dit que «le stress influe sur la capacité à tomber enceinte».

Méditation, médecine alternative compléteront le tableau. «Léana est arrivée naturellement et sans aide en dehors des FIV», s’émerveille encore sa maman, qui a arrêté de travailler au quatrième mois de sa grossesse pour mettre toutes les chances de son côté. «Un enfant à mon âge, c’est miraculeux, je remercie le ciel, l’univers chaque jour!» Muriel ne cache pas bien sûr que c’est plus difficile à 45 ans qu’à 25. «Le premier mois, les nuits furent un peu rock’n’roll», avoue-t-elle, ce d’autant plus que son compagnon travaille en Suisse alémanique une grande partie de la semaine. «On n’aura pas de deuxième enfant, les risques de trisomie sont trop grands. Mais on ne réalise pas encore qu’elle est bien là. Parfois, on la regarde dans son berceau et on pleure d’émotion.»

«On ne propose pas de PMA après 43 ans»

Nicolas Vulliemoz, médecin responsable de la médecine de la fertilité et endocrinologie gynécologique au CHUV, à Lausanne, estime que l’information des femmes sur le vieillissement ovarien est essentielle.

Quel est l’âge moyen des femmes à l’arrivée de leur premier enfant?

Selon l’Office fédéral de la statistique, en 1971, les femmes mariées mettaient au monde leur premier enfant à 25 ans. En 2000, elles avaient 28 ans. En 2016, près de 31 ans. Ce qui est intéressant, c’est l’évolution au fil du temps.

Comment fonctionne le vieillissement ovarien?

Les femmes naissent avec une réserve d’ovocytes qui leur est propre. Ce stock de millions d’ovocytes diminue tout au long de la vie jusqu’à la ménopause, dont l’âge est resté fixe à travers le temps, autour de 51 ans. Dix ans avant la ménopause, on note des cycles plus courts et plus irréguliers, une ovulation perturbée. La quantité, mais aussi la qualité des ovocytes diminuent. Et on ne peut rien faire contre cela: il n’existe pas de traitement pour infléchir le déclin et la qualité de la réserve ovarienne.

Concrètement, à quel âge est-ce plus difficile de tomber enceinte?

A partir de 36 ans, on constate que la fertilité diminue et que les risques de fausse couche augmentent. A partir de 40 ans, cela devient encore plus marqué.

Quand il s’agit d’un second enfant, les choses sont-elles plus simples?

Non, et c’est très bien de le dire. Une femme qui tombe enceinte en un mois à 22 ans ne connaîtra pas forcément la même facilité à 39 ans. On connaît tous des femmes qui attendent un bébé à plus de 43 ans, mais on ne devrait pas penser que c’est fréquent: les chances sont faibles et le risque de fausse couche est élevé. Il ne faut pas laisser penser que c’est facile! On devrait mieux communiquer là-dessus: je suis confronté tous les jours à des patientes qui ignoraient cette réalité. Un bon nombre de grossesses de personnalités enceintes à plus de 43 ans sont très probablement dues à des dons d’ovocytes.

Dons d’ovocytes qui sont interdits en Suisse…

C’est vrai. En Suisse, la LPMA (loi sur la procréation médicalement assistée) interdit le don d’ovocytes. Par contre, le don de sperme est autorisé, mais réservé aux couples hétérosexuels et mariés. Cette différence de traitement entre don d’ovocytes et de sperme représente une véritable injustice. Il n’y a pas d’âge limite inscrit dans la loi pour avoir recours à une fécondation in vitro, il faut juste avoir la capacité d’élever l’enfant jusqu’à sa majorité. Toutefois, en se basant sur les chances de succès ou plutôt les risques d’échec, nous ne proposons pas de traitement de PMA après 43 ans. A la base, la FIV n’a pas été conçue pour des grossesses à 44 ans, mais pour pallier le dysfonctionnement des trompes chez des jeunes femmes.

Quels sont les risques d’une grossesse tardive?

Il y a, par exemple, plus de risques de souffrir de pré-éclampsie ou d’accouchement prématuré. Le risque d’avoir une grossesse gémellaire naturelle est plus présent, aussi. Quand la réserve ovarienne diminue, le taux de FSH, l’hormone qui stimule la production ovarienne, augmente et induit parfois le développement de deux follicules.

Que pensez-vous de la cryoconservation sociale, toujours plus présente dans la publicité?

Il s’agit d’une méthode de préservation de la fertilité féminine. On prélève après stimulation ovarienne, chez la femme encore fertile (idéalement avant 36 ans), des ovocytes qui vont être vitrifiés, «congelés», afin de lui permettre d’être enceinte plus tard, à sa «convenance», en cas d’infertilité. En Suisse, la loi permet de congeler ses ovocytes pendant cinq ans, renouvelables de cinq ans. Dix ans au maximum, donc. J’y suis favorable pour autant que la patiente ait été bien informée des limites de la technique, et accompagnée. Pour l’instant, au CHUV, le nombre de demandes est relativement stable sans qu’il y ait une explosion du phénomène. 

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