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Dossier société

Que pensent les jeunes romands entre 18 et 30 ans?

27 septembre 2017

Travail, amour, sexe, famille: retrouvez la génération Y de A à Z. Notre sondage révèle des millennials matures et bien dans leur tête. Avec les commentaires du sociologue Gabriel Bender.

Il y a la génération des baby-boomers, composée des personnes nées entre 1940 et 1960, à laquelle succède la génération X (1960-1980). Voici désormais la génération Y. Bien qu’aucun consensus n’ait été trouvé autour de sa tranche d’âge, elle regroupe les jeunes gens nés au début des années 80 jusqu’à 2000, qu’on appelle aussi millennials, pour «enfants du millénaire», ou digital natives, pour «enfants du numérique». Une génération qui englobe, soit dit en passant, la génération Z, sa version 2.0, spécifique aux individus nés en 1997 et après. Pourquoi Y? Parce qu’on décrit ses membres comme des questionneurs permanents, et que la lettre Y se prononce en anglais comme le mot why («pourquoi»).

Une invention de vieux

C’est à ces nouveaux adultes que L’illustré a décidé de donner la parole pour fêter sa nouvelle formule. Histoire de casser les clichés et de dépasser les idées reçues. Et l’exercice est plutôt réussi. Après analyse des résultats des dix-sept thèmes abordés (bien-être, travail, argent, amour, avenir, sexe, etc.), on peut même affirmer que la génération Y est une invention de vieux! On l’imagine hyperconnectée, froide, capricieuse, individualiste, utopique ou encore blasée. On la découvre décomplexée, positive, confiante, chaleureuse, lucide et travailleuse. Connectée, oui, mais sans plus. Et à des projets, des rêves et des réalités à la fois plus concrets et traditionnels que prévu. En clair, quand vous croisez un ou une «Y» qui pourrait être votre fils ou votre petite-fille, casque audio sur les oreilles, yeux rivés sur le smartphone ou tapotant sur un clavier, l’air de signifier «j’en ai rien à faire de ce qui m’entoure», ne tombez pas dans le panneau. Il ou elle est en réalité bien plus proche de vous que vous ne le supposez. La preuve…

La jeunesse helvétique va bien, merci pour elle

C’est l’un des chiffres clés de ce mégasondage* réalisé auprès de 810 jeunes Romands (413 garçons et 397 filles), dont 169 sont étrangers ou d’origine étrangère: 74% se déclarent heureux de leur vie actuelle. Bien dans leur tête, leur peau, leur entourage, leur gymnase ou leur entreprise, alors qu’on les perçoit parfois comme des narcissiques dénués d’émotions et d’idéaux. Mieux encore, dans une large majorité (70%), ils et elles entrevoient leur avenir avec confiance.

L'AVIS DU SOCIOLOGUE (Gabriel Bender, sociologue, historien, enseignant et animateur socioculturel des Institutions psychiatriques du Valais romand): «Je ne suis pas vraiment surpris par ces résultats. La Suisse est un pays qui offre de très bonnes conditions d’épanouissement à sa jeunesse, même si ces dernières sont moins favorables qu’il y a dix ou vingt ans. Il serait toutefois intéressant de savoir à quel degré les 25% restants sont malheureux et pourquoi, dans ce quart de moins ou de pas heureux, il y a plus de filles que de garçons et beaucoup plus de jeunes de formation de base que de formation supérieure.»

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"J'aime surfer entre tradition et modernité", confie Nadine Monnat, 20 ans, fleuriste aux Ponts de Martel (NE). Interview complète dans l'édition papier. Photo: Blaise Kormann

Le mariage est mort…mais pas les enfants

Les clichés ont du plomb dans l’aile. Celui selon lequel les filles seraient plus fleur bleue que les garçons en est un. Elles ne sont que 16,3% à penser que se marier est important, contre 12,9% de garçons. Avec une moyenne de 14,5%, le mariage ne pointe qu’à la dixième place (sur onze) des préoccupations des millennials. Autant dire que le mariage est mort. Mais pas les enfants. La preuve, un tiers des interrogé(e)s affirment qu’avoir un enfant avant de mourir est une priorité. Fonder une famille est même un projet que 51,5% d’entre eux veulent réaliser. Ouf! L’avenir d’«Homo helveticus» est assuré.

L’AVIS DU SOCIOLOGUE: «C’est bien connu, en Suisse, on ne se marie pas, ou presque pas, avant d’avoir un ou des enfants. Le sondage est clair: 45% des garçons et 60% des filles souhaitent fonder une famille mais, à ce stade, le mariage ne les fait pas rêver.»

Cette Suisse que j’aime beaucoup, passionnément, à la folie…

C’est un raz-de-marée: 86% déclarent leur flamme à l’Helvétie visiblement chérie (85% parmi les étrangers). Emportés par leur enthousiasme, ils sont 85% aussi à voir leur nation comme étant multiculturelle, alors que 80% affirment être très fiers de notre système politique. Pas étonnant après ça que 74% des jeunes souhaitent passer leur vie ici. Petit bémol, un tiers des sondés estiment que la Suisse n’est ni ouverte ni généreuse. Malgré tout, seuls 5% envisagent d’aller vivre ailleurs.

L'AVIS DU SOCIOLOGUE: «Le score est impressionnant. De gauche ou de droite et quelle que soit leur formation ou leur job, les jeunes érigent leur pays en modèle politique. Même si la Suisse offre un large éventail de perspectives, je suis admiratif de cette unanimité.»

Bien chez papa et maman

On est bien chez nos parents. Près d’un jeune sur deux déclare vivre chez ces derniers et dépendre financièrement de ses géniteurs. Deux sur trois même parmi les 18-24 ans, en proportion quasi égale entre filles et garçons. En outre, 15% vivent seul(e) s, 34% en couple et 8% en colocation.

L'AVIS DU SOCIOLOGUE: «Dans notre corporation, on dit que la jeunesse s’allonge. La formation prend du temps et coûte cher, beaucoup n’ont pas un salaire digne de ce nom avant 26 ou 28 ans. C’est donc autant, voire plus, par nécessité que par confort que les jeunes restent chez leurs parents. Lorsque j’ai fait mes études à Genève, il y a trente ans, je touchais 700 francs par mois de bourse, je payais 200 francs de loyer et 40 francs d’assurance maladie. Aujourd’hui, le montant de la bourse est toujours le même.»

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"Je veux beaucoup de choses simples", explique Julia Veya, 23 ans, employée de commerce à Delémont (JU). Interview complète dans l'édition papier. Photo: Blaise Kormann

L’argent, j’en veux… un peu, beaucoup, mais pas trop

S’ils ne sont que 4% à rêver de devenir célèbres, 64% voudraient en revanche gagner beaucoup d’argent. Les garçons plus que les filles. A la question d’estimer ce qui est le plus important dans leur vie, devenir riche ne séduit toutefois que 16,5% de nos interlocuteurs. L’argent, oui, mais d’abord pour s’acheter un chez-soi puisque 57% se rêvent propriétaires. Cela dit, six jeunes sur dix sont insatisfaits de leur situation financière. Peut-être parce que 70% confessent être plus fourmis que cigales. Plus étonnant, 81% avouent sans détour que l’idée de donner leur surplus à des œuvres caritatives ne les emballe pas. A ce sujet et en forme de clin d’œil, seuls 12% des jeunes de gauche se verraient philanthropes. Enfin, 1 sur 5 est (déjà) endetté.

L'AVIS DU SOCIOLOGUE: «Une fois de plus, les jeunes font preuve de beaucoup de maturité. Ce chiffre de 64%, il faut le pondérer avec les 87% qui estiment qu’être heureux et en bonne santé est le plus important dans la vie. Les jeunes perçoivent bien que l’argent et la célébrité ne font pas le bonheur. On dit beaucoup de conneries sur notre jeunesse. En réalité, elle est beaucoup plus lucide et réaliste qu’on ne la décrit.»

La télé, ce meuble antique

Si les chiffres disent tout, alors l’avenir de la télévision est derrière elle! Seuls trois sondés sur cent placent en effet le petit écran en tête de leurs plaisirs quotidiens. Pire, 98% pourraient se passer de la télé. Alors, condamnée à mort, la petite lucarne? «Pas du tout, s’oppose Pascal Crittin, le nouveau directeur de la RTS. Le problème, c’est qu’on parle d’une nouvelle réalité avec les mots d’un autre temps. Le poste TV en tant que meuble est mort pour cette génération, mais pas ses contenus. Nos audiences en témoignent; 26 minutes cartonne chez les jeunes, par exemple. Les grands événements, sportifs ou autres, aussi. Les jeunes consomment la télévision autrement, sur d’autres supports, tablette, smartphone, réseaux sociaux, et de manière délinéarisée, à la carte, en somme. Mais ils en consomment autant ou presque que leurs parents ou leurs grands-parents.» A noter que 92% prétendent pouvoir se passer de la voiture ou du scooter.

L'AVIS DU SOCIOLOGUE: «Rien d’étonnant. On ne regarde pas la télé quand on est jeune. Surtout si on vit chez papa et maman. On préfère les vidéos et les émissions en replay sur YouTube. Quand on veut, où on veut. Sur tablette, smartphone ou ordinateur. Concernant la voiture, il faudrait savoir quelles proportions de réponses proviennent de milieux urbains et campagnards pour se faire une idée plus claire.»

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"J'appartiens à la génération désabusée", analyse Jeremy Carrat, 29 ans, avocat à Genève. Interview complète dans l'édition papier. Photo: Blaise Kormann

La tolérance, c’est quoi déjà?

Petite révolution. Dans la longue liste des valeurs à défendre, la tolérance n’obtient que 6,3% des suffrages. Contre 82% pour le respect, 57% pour l’honnêteté et 52,5% pour la liberté (plusieurs réponses possibles). On notera que trois fois plus d’hommes que de femmes estiment que l’amitié est la valeur la plus importante dans la vie.

L'AVIS DU SOCIOLOGUE: «Pour moi, ces chiffres sont trompeurs, car il n’y a pas de respect sans tolérance et inversement. Dans cette liste, on surfe en fait entre valeurs morales et valeurs politiques.»

Smartphone: la douche froide!

C’est LA surprise de ce sondage. A la question «Duquel de ces objets auriez-vous le plus de difficulté à vous passer?», le smartphone arrive en deuxième position (35%). Derrière la douche (38,5%), mais devant l’ordinateur (13%), la voiture et le scooter (7,6%) et la télévision (2%).

L'AVIS DU SOCIOLOGUE: «Je vais vous étonner en disant que je ne le suis pas. Dans une autre colonne, les jeunes affirment à 77% que se voir entre amis est leur loisir préféré. On les voit d’ailleurs se retrouver en masse dans les bistrots, dans les concerts et ailleurs. Aujourd’hui, les plus accros au smartphone et aux réseaux sociaux appartiennent aux baby-boomers et à la génération X.» 

* Sondage réalisé sur Internet du 11 au 14 septembre 2017 par l’institut M.I.S TREND à Lausanne, auprès de 810 Romands représentatifs âgés de 18 à 30 ans. Marge d’erreur sur le total: 3,4%.

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