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© julie de tribolet

Sauvé par mon chien

Publié mardi 13 mars 2018 à 00:00
modifié jeudi 17 mai 2018 à 09:57
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Publié mardi 13 mars 2018 à 00:00 
modifié jeudi 17 mai 2018 à 09:57
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Robin, un petit garçon diabétique, partage son quotidien avec une chienne pas comme les autres. Elevée par l’association valaisanne Farah-Dogs, Easy détecte grâce à son odorat canin les chutes de glycémie de son compagnon. Une amitié à la «Boule et Bill».
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Easy, un jeune cocker anglais aux très longs cils, tire avec force sur la laisse de sa maîtresse. Impatiente, la chienne d’assistance scrute les visages des enfants qui sortent de l’école à Uvrier, un village en Valais. Un garçon de 4 ans et demi, le sourire jusqu’aux oreilles, surgit et se précipite sur la boule de poils. Il crie de bon cœur. Premier réflexe de l’animal: il lui lèche le bout du nez puis pose sa patte sur son épaule pour s’assurer que tout va bien. Un rituel réalisé des dizaines de fois par jour pour dépister les changements de glycémie de Robin. En cas d’anormalité, elle aboie et prévient immédiatement ses parents. «A l’âge de 20 mois, notre fils a été hospitalisé pour un diabète de type 1, celui qui rend les patients dépendants à vie de l’insuline», explique Sandra, qui se souvient de l’émotion des infirmières en découvrant le diagnostic.

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Robin souffre plusieurs fois par jour d’hypoglycémie sévère qui, non prise en charge, peut le faire basculer dans le coma. Easy, la chienne, donne alors l’alerte à la famille puis se détend lorsque la maman soigne le petit garçon.

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Quarante mille personnes sont touchées par cette maladie en Suisse. Elle surprend les patients quand les cellules de leur pancréas, celles qui produisent l’insuline nécessaire à la régulation de la glycémie, sont détruites par le système immunitaire. Un taux de glucose non contrôlé peut déclencher de graves problèmes de santé au cœur, aux reins, aux yeux, dans le système nerveux et dans les vaisseaux sanguins. «C’est la pire maladie du monde», marmonne la tête blonde qui porte en continu une trousse colorée autour de la taille. La sacoche est rattachée à une pompe qui diffuse dans le sang les unités d’insuline via un boîtier géré par son papa et sa maman. «C’est faux Robin. En plus, aucun enfant ne passe sa vie à manger que des bonbons. Tu es comme tes frères», corrige l’enseignante de 38 ans, mère d’une fratrie de trois casse-cous. Easy approuve. D’ailleurs, parfois, elle inspecte aussi par réflexe Théo, 9 ans, et Vincent, 7 ans.

Nouveau membre dans la famille

Arrivée en octobre dernier chez les Schöpfer, la chienne a changé leur quotidien. «On élève les cockers pour qu’ils apprennent des gestes précis pour assister la personne diabétique. Prévenir les proches ou amener le kit de glycémie d’urgence. Tous les chiens peuvent le faire, mais du point de vue de sa taille, cette race est parfaite pour les enfants. Et regardez sa bouille!» explique Nicole Boyer, directrice de l’association Farah-Dogs, créée à Sierre en 2014. La dresseuse tient cependant à rappeler que ce n’est qu’un chien, pas une télécommande infaillible.

Au coucher, par exemple, Easy se blottit contre Robin et «Mignon le doudou», mais oublie son rôle d’infirmière. Alors en attendant qu’elle ait l’instinct de se réveiller pour contrôler le taux de glucose de son camarade de jeu, Sandra et Cédric ont pris le cadet dans leur chambre. «Les chiffres s’envolent et chutent en un éclair quand il dort, on se relaie pour vérifier quatre à cinq fois par nuit», ajoute la maman, qui tient un petit appareil noir dans la main. Il s’agit d’une interface reliée à un capteur innovant que Robin porte sur le bras.

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La pochette de survie accompagne Robin 24 heures sur 24. Le boîtier noir, relié à un badge cutané, mesure son taux de glucose en un bip. 

Sur l’écran, le taux de glucose dans le sang s’affiche en un bip. Ils scannent ainsi leur fils à répétition. Il suffit ensuite de changer le badge toutes les deux semaines, ce qui réduit le nombre de piqûres. «Ça me fait un peu mal quand même», dit le garçon en dessinant un monstre à quatre yeux tout sourire. Vingt-quatre heures sur 24, la famille cible un taux entre 4 et 8 millimoles par litre. Le taux de Robin s’effondre parfois à 1,7 et grimpe à 25 en quelques heures. «Les symptômes sont les mêmes dans les deux cas, il tourne de l’œil. Le risque qu’il tombe dans le coma est très haut», s’inquiète sa maman. Une crise récente en janvier s’est terminée à l’Hôpital de l’enfance à Lausanne pendant une semaine. Le diabète a aussi un coût. Une partie est prise en charge par les assurances maladie, mais pas l’ensemble du matériel comme les piles au lithium ou certains cathéters. «On sort 400 à 500 francs par année de notre poche. C’est une somme importante pour notre budget», relèvent les parents.

A table avec une calculette

Technicien en électronique à Sion, Cédric travaille à 100%. «Les maths, c’est mon truc mais je n’imaginais pas faire tous ces calculs à la maison, surtout pas des règles de trois pour évaluer ce que mange mon fils», confie-t-il en prenant la calculatrice posée sur la table. C’est le petit rituel des repas: chiffrer en détail le nombre d’hydrates de carbone que Robin avale pour choisir la bonne dose d’insuline à lui donner. Tout est méticuleusement pesé. A midi, les lasagnes à la bolognaise dont Robin raffole – il en a jusqu’aux sourcils – valent 70 grammes de glucides. Soit 2,1 unités d’insuline. Une gouttelette en liquide. Tout est scrupuleusement noté et mis à jour pour suivre la courbe du cadet sur l’application MySugar, une sorte de carnet de glycémie numérique. «Je ne me verrais pas être plus relax», dit le papa, consciencieux. Le petit a ensuite rendez-vous tous les trois mois chez le pédiatre, tout en étant suivi par un spécialiste en endocrinologie.

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Easy accompagne tous les jours Robin mais la chienne ne peut pas encore le suivre en classe.

La plupart du temps, pendant les crises «hypo», Robin retrouve une certaine stabilité en grignotant un peu de chocolat, un sucre de raisin ou en buvant un jus de pomme. Au parc, le petit garçon passe d’un aventurier énergique à un enfant à la moue boudeuse, las de toute activité sous le regard d’Easy qui le surveille au loin. «Va checker Robin», ordonne Sandra. La chienne s’exécute. Il est à 3,8. L’heure de le «sucrer», comme dirait le clan Schöpfer.

Depuis qu’elle a été adoptée, Easy suit son nouveau copain partout, sauf à l’école. Elle ne peut pas encore l’accompagner en classe. Les demandes à la direction ont été faites, mais la chienne doit être impeccable pour ne pas perturber les leçons. «Elle est encore en formation et aboie beaucoup en extérieur pour nous protéger», spécifie Sandra. «J’ai eu plus de facilité à éduquer mes enfants», rigole cette enseignante à temps partiel en caressant le cocker. Heureusement, la maîtresse de Robin le surveille avec attention pendant les récréations. Elle s’occupe même de lui donner sa dose d’insuline post-collation. «On avance en se disant qu’en grandissant Robin sera capable de ressentir les changements dans son corps et de prendre soin de lui tout seul. En attendant de grandes avancées médicales», ajoute Sandra qui mentionne des études sur des pancréas artificiels. A l’heure du goûter, Robin fait le clown sur son vélo. «Maman! Maman! Easy a le museau tout sec. Elle a soif», lâche le petit garçon. A son tour de s’occuper de son amie à quatre pattes. Une relation, au final, donnant-donnant.

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