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© julie de tribolet

Les secrets des couples qui durent

Publié mardi 13 février 2018 à 00:00
modifié lundi 14 mai 2018 à 16:35
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Publié mardi 13 février 2018 à 00:00 
modifié lundi 14 mai 2018 à 16:35
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Si les flammes de l’amour naissent, virevoltent et souvent s’éteignent, certains, mieux que d’autres, entretiennent le feu de la passion. Quels sont les secrets des couples qui s’aiment depuis (très) longtemps? Sept duos nous confient ce qui les réunit.
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«Je l’aime car elle n’a pas besoin de moi»

Ils ont su qu’ils étaient faits l’un pour l’autre lorsqu’ils se sont pris la main, à Venise, sur le pont de l’Académie. Jo, directrice d’une école de danse, fraîchement divorcée, fréquentait depuis peu François, physicien devenu océanographe. Lui n’était l’homme de personne sauf peut-être de la science et du grand large. Il n’aimait pas qu’on dépende de lui. «Elle m’a tant plu parce qu’elle était belle, extraordinaire et saine, sympa et sportive», se souvient-il. Ces deux-là se fascinent mutuellement et, trente-sept ans plus tard, ils aiment encore écouter les histoires de l’autre, s’ouvrir au monde, être ensemble curieux de tout.

Le 18 août 1984, ils ont convié une centaine de personnes à un «faux mariage»: un pacte d’union libre. Puis ils se sont mariés, pour de vrai, en 1988, avant le décès du père de Jo. «La clé, confie Jo, femme de poigne, c’est la franchise, la fidélité, mais aussi ne pas devoir se rendre des comptes. Rester sa propre personne et ne pas se coucher fâché. En vieillissant, l’amour prend une autre forme.» A la retraite de François, le couple a créé un festival de danse, hébergé et invité des danseurs du monde entier. François a combattu deux cancers. Il ne craint pas la mort mais Jo a eu peur de le perdre. «Plus le temps passe, plus nous sommes proches l’un de l’autre.» 

«On s’appelle quatre fois par jour»

Julie deTribolet
Laetitia Guarino et Stefano Iodice, 25 et 27 ans, amoureux depuis 7 ans. Miss Suisse 2015, étudiante en médecine et chef de projet en électricité, Lausanne (VD).

Il dit qu’elle est sa meilleure amie. Elle réplique qu’elle a toujours envie de partager avec lui tout ce qui lui arrive. Cette proximité, ce lien si fort qui les unit, Laetitia et Stefano l’entretiennent à grand renfort de coups de téléphone. «On s’appelle quatre fois par jour, mais là, depuis que j’ai commencé les stages à l’hôpital, c’est plus difficile.» Quand Laetitia a été élue Miss Suisse, en 2015, «tout le monde m’avait prévenue que ce serait super difficile, que notre couple était voué à l’échec. Franchement, je pense que, au contraire, l’expérience nous a ouverts à d’autres univers. On a évolué et grandi ensemble.»

Les deux amis amoureux sont très tactiles et taquins. «On se chamaille et on s’engueule aussi beaucoup. Ça peut être assez intense. On est Italiens tous les deux et quand on se hurle dessus, on se déteste. Il n’y a pas de tiédeur ou de juste milieu. Mais ça passe aussi vite que c’est arrivé.» Leur secret pour tenir sur la durée? «On essaie de faire beaucoup de choses ensemble. On part en week-end dès qu’on peut. On rit énormément et on est très complices, on se soutient dans nos études, nos projets. On a une grande confiance l’un en l’autre.» Le couple, qui se fréquente depuis le 5 mars 2011, célèbre son anniversaire le 5 de chaque mois. «Stefano m’offre un petit cadeau, moi j’oublie», rit la jolie Vaudoise. «Parents» d’un petit chat, le couple n’a pas échafaudé de grands plans pour le futur. «On préfère la spontanéité, ça permet de ne pas s’ennuyer.»

«On peut tout se dire, on est très complices»

julie de tribolet
Isabelle et Raphaël Grobéty, 40 et 43 ans, ensemble depuis 21 ans. Présidente de l’association ChicKids et acheteur, Villars-Sainte-Croix (VD).

Ils l’avouent d’emblée, depuis deux ans, leur amour est «moins facile, plus tendu». Depuis leur rencontre, le 7 juillet 1996, dans une discothèque vaudoise, un slow, un regard, le coup de foudre, «on s’est toujours suivis et soutenus, dans tous nos projets», raconte Isabelle. Raphaël, cuisinier, a repris des études à l’Ecole hôtelière de Lausanne. Isabelle a inventé le concept de la vente de chaussures online en Suisse romande, peint et exposé ses tableaux dans des galeries d’ici et ailleurs, fondé une association qu’elle dirige bénévolement. «On a beaucoup fait la fête aussi. En quelque sorte, on a décalé notre engagement, jusqu’à ce qu’Isabelle me dise: «Je serai trop vieille pour la robe blanche et si on veut fonder une famille, il faut s’y mettre.» En 2007, au bord du lac de Côme, le couple s’est dit oui. Comme dans un conte de fées, Raphaël a passé un escarpin au pied de sa princesse en guise d’échange d’alliances.

Il y a six ans et demi, Stella est née. «Nos priorités ont changé. On est devenus parents, on s’est un peu perdus. Après quinze ans à deux, on est devenus trois. Cela change nos exigences l’un envers l’autre. On peine à trouver des moments en couple, à s’épanouir en tant que personnes. Parfois, on se dit qu’on se déteste», confie Isabelle. Ce qui les sauve? «On sait qu’on s’aime. On peut tout se dire, on s’écoute, on est complices et confiants. Et on est fiers de nous, de notre histoire d’amour.»
 

«On ne voudrait vivre avec personne d’autre»

julie de tribolet
Carole et Knut Schwander, 54 ans, s’aiment depuis 34 ans. Responsable RH et critique gastronomique, Monsieur GaultMillau, Pully (VD).

Ils ont les mêmes intonations et le même humour aussi, un rien acide, un brin moqueur. A 14 ans, ils partageaient les bancs de la même école privée. Amis et âmes sœurs, ils se parlent des heures au téléphone à peine les cours finis. «Tout le monde avait compris qu’on s’aimait, sauf nous je crois», rit Carole. A 20 ans, lors d’un voyage à Rome, ils se rendent à l’évidence: ils sont amoureux. «Notre lenteur à nous décider a été «moultement» exploitée par nos amis lors de notre mariage», s’amuse Knut. 

Carole, fille d’un couple passionné et passionnel, cherchait une histoire où crises et larmes ne seraient pas la norme. Si leurs sens de l’organisation aux antipodes l’un de l’autre les empêchent de travailler ensemble, ils s’accordent sur tout le reste. Ils aiment la gastronomie, les châteaux écossais, l’art nouveau et la peinture hollandaise du XVIIIe siècle. Ce couple, qui ne s’engueule jamais et fuit les bouderies, pense que le secret de la longévité de leur amour tient à leur affinité intellectuelle. Et aussi aux sorties au restaurant, imposées par le travail de Knut. «Une à deux fois par semaine, nous nous sommes retrouvés face à face pendant deux heures. Seuls et sans enfants. Cette sorte de microthérapie sur la durée nous a montré qu’on ne voudrait vivre avec personne d’autre. Trouver des choses à se dire et alimenter la conversation, c’est essentiel.»

«Les épreuves nous ont beaucoup soudés»

julie de tribolet
Ruth et Bernard Ravet, 71 et 70 ans, amoureux depuis 54 ans. Restaurateurs, L’Ermitage, Vufflens-le-Château (VD). 

Au cœur de leur couple, il y a le travail, indissociable de la passion: l’envie de posséder une affaire, de travailler côte à côte. «Avant l’ambition, il y avait les idées qu’on partageait sur la manière de faire les choses», raconte Bernard. A l’époque, le jeune cuisinier bourguignon était venu travailler pour le père de Ruth, à Vallorbe. Amoureux de la fille du patron, le jeune Bernard flirte en cachette. 

Puis le couple part à Zermatt. Pour se marier et dormir ainsi sous le même toit que son amoureux en toute légalité, la jeune Ruth, 19 ans, doit demander une dérogation à son père. Ils se marient en juin 1967, à Cully. «On ne s'est plus jamais quittés», sourit Bernard. «On a le même idéal de vie, confirme Ruth. On se garde des plages de temps pour nous, partager un apéro, une balade à deux. En vacances, on s’ennuie vite.» 

Le couple a traversé des épreuves, la difficulté à concevoir des enfants, le stress financier et les longues heures d’une vie de restaurateurs. «Ça nous a beaucoup soudés.» L’essentiel, pour eux: la famille et la fidélité. «Le mariage en leasing, très peu pour nous. On s’engage pour la vie. Il y a dix ans, on avait le sang plus chaud, on s’engueulait plus vite. Aujourd’hui, on temporise, on est plus philosophes. On dort toujours dans le même lit, on est les deux, ensemble, pour toujours. Le secret, c’est d’avoir confiance, de croire en l’autre, pour ne pas douter en même temps.»

«On est à la fois indépendants et fusionnels»

julie de tribolet
Julien Pidoux et Carlo Ossola, 39 et 41 ans, s’aiment depuis 15 ans. Prof de yoga, journaliste et biologiste, Lausanne (VD). 

 Ils sont mariés depuis trois semaines. Une vraie cérémonie de mariage, avec échange de vœux, promesses, alliances, mamans émues et amis ravis. «Pour avoir le droit de se marier comme tout le monde, parce qu’on voulait cette institution, nous avons dû aller à San Francisco, aux Etats-Unis, où le mariage est égal pour tout le monde. C’était important pour nous d’avoir le droit de dire «mon mari» et non «mon partenaire enregistré», racontent-ils en chœur.

Ensemble depuis mars 2002, «on s’est rencontrés à une fête, dans une boîte», le couple a beaucoup réfléchi à sa relation avant de préparer ce mariage. «On a réalisé à quel point on s’entend bien. D’un coup de foudre initial, nous avons évolué et grandi ensemble. On s’est beaucoup soutenus, dans nos projets, nos rêves ou certains moments difficiles. Se marier, c’était aussi l’occasion de se remercier d’être là l’un pour l’autre», analyse Carlo. «Nous avons appris à découvrir les passions de l’autre. Tout s’est fait avec naturel et simplicité, explique Julien. Notre force a été de nous adapter si bien l’un à l’autre. Tout est simple entre nous.»

Un jour, peut-être, ils adopteront un enfant. Ils s’apprêtent à acheter une maison. Le secret de ce couple qui dure? Un mélange d’indépendance et de lien fusionnel. Des escapades rituelles en Toscane. Laisser l’autre cuisiner ses spécialités et s’aimer en savourant un bon verre de vin rouge.

«On ne s'est jamais couchés fâchés»

julie de tribolet
Maria et Denis Oberson, 86 et 85 ans, s’aiment depuis 68 ans. Retraités, Saint-Prex (VD).

Peu démonstratifs en public, Maria et Denis n’ont jamais commencé une journée sans un baiser. «Soixante-quatre ans de vie commune, c’est à la fois long et court, mais c’est surtout soixante-quatre ans de bonheur.» Maria l’Autrichienne a quitté son pays à 18 ans pour venir travailler en Suisse et fuir son village d’origine, près du camp de concentration de Mauthausen. Arrivée à Saint-Prex, elle rencontre Denis, fils de restaurateurs. «J’aimais son regard, il me donnait confiance», sourit Maria. Comme une évidence, le couple se marie en 1955 et reprend le café-restaurant familial. Ce n’est qu’il y a deux ans qu’ils ont pris leur retraite.

«Maintenant, ce qu’on espère, c’est de pouvoir partir ensemble. En soixante-huit ans, on n’a jamais été séparés.» Caractères opposés, Denis est calme, Maria colérique, les amoureux trouvent leur équilibre dans leur famille, 3 fils, 5 belles-filles, 9 petits-enfants et 5 arrière-petits-enfants. Le secret d’un amour qui résiste au temps? «On n’a pas connu les smartphones et les tablettes, c’est une bénédiction, on pouvait se concentrer sur l’autre. On est toujours restés fidèle l’un à l’autre et on ne s’est jamais couchés fâchés. On a toujours discuté et on s’est fait plaisir. On n’a pas besoin de se dire «je t’aime» avec des mots quand on essaie de rendre la vie de l’autre plus douce. L’amour, c’est de petits gestes au quotidien. Aujourd’hui, on ne regrette rien, si c’était à refaire, on se dirait oui de nouveau.»

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