Sven Germann
Daniela et Raphael Diaz sur la patinoire extérieure de la Bossard Arena, à Zoug.
JO 2018

Une sœur et un frère suisses ensemble aux Jeux

09 février 2018

Daniela Diaz et son frère Raphael ont tous deux été sélectionnés pour le tournoi olympique de hockey. Elle est la coach de l’équipe nationale féminine et lui le capitaine de l’équipe masculine. La grande sœur et le petit frère racontent leur passion commune.

La surface extérieure de la Bossard Arena de Zoug est balayée par un vent cinglant. Raphael Diaz (31 ans) et sa sœur aînée, Daniela (35 ans), multiplient les sprints aller-retour pour les besoins de la photo. A Zoug, nous sommes chez eux. Gamins, ils ont tous deux commencé à patiner ici. Un sacré chemin parcouru pour les deux, jusqu’à se retrouver sur la glace olympique des Jeux de Pyeongchang!

Raphael Diaz, êtes-vous redevable à votre sœur, de quatre ans votre aînée, de vous avoir amené au hockey?

Raphael Diaz: Non, c’est le contraire. Bien qu’elle soit l’aînée, c’est moi qui lui ai fait prendre goût à ce sport. A la maison, nous avons toujours joué l’un contre l’autre.
Daniela Diaz: Petit, il a dû s’imposer avant d’être autorisé à jouer sur la glace.

Racontez!

Raphael: J’avais 3 ou 4 ans quand j’ai chaussé les patins pour la première fois. Je voulais absolument m’inscrire au club de hockey, mais mes parents ont refusé net, arguant que ce sport était trop cher pour notre famille. «Fais du foot!» me disaient-ils. A l’âge de 5 ans et demi, mon obstination a fini par payer. Maman a même commencé à travailler pour pouvoir payer mon équipement.
Daniela: Trois ans plus tard, j’ai pu commencer le hockey, moi aussi. Mais j’avais déjà 12 ans. Auparavant, j’avais patiné un peu, mais joué au hockey seulement dans notre corridor!

Il n’est pas évident de réussir une carrière professionnelle quand les parents n’ont pas l’air de vous soutenir…

Daniela: Le hockey n’était pas dans les gènes de la famille. Notre papa vient d’Espagne, notre maman de Lucerne. Notre chance est d’avoir grandi très près de la patinoire.
Raphael: Aujourd’hui encore, notre père n’est pas vraiment fan de hockey, qu’il juge trop dangereux, trop agressif (il rit). De temps à autre, il vient voir nos matchs quand même.
Daniela: Maman, en revanche, est devenue fan de hockey. Elle conduisait Raphi à tous ses matchs. Ce fut notre moteur.

Est-ce que, avec deux enfants pratiquant le même sport, il y avait de la place pour d’autres sujets de discussion à la maison?

Raphael: Le hockey était le grand sujet de discussion. Il l’est encore aujourd’hui. Je me souviens comme nous étions groupés autour du poste de radio pour suivre les retransmissions des matchs de Zoug. On jouait le week-end, parfois aussi le mercredi. Les pauvres filles s’entraînaient et jouaient même le mercredi soir, parfois jusqu’à 23 heures!
Daniela: Mais Raphael restait pour nous voir jouer! Il le fait encore de temps en temps aujourd’hui.
Raphael: Daniela était une patineuse très dynamique, elle avait un bon shoot, c’était une scoreuse. Je la regardais jouer avec un réel plaisir.

Le hockey est un sport très physique. Est-ce qu’entre frère et sœur on assistait aussi à des duels serrés à la maison?

Daniela: (Elle rit.) Quand tout n’allait pas comme il le voulait, Raphael pouvait se fâcher.
Raphael: Je ne supportais pas de perdre, cela me rendait fou.
Daniela: Ma grande sœur et moi, nous finissions par le laisser gagner, tellement il devenait pénible! C’est tout lui, ça. Il a besoin de la gagne, d’afficher son ambition.

Le hockey par-dessus tout, même au détriment des résultats scolaires?

Daniela: Le hockey accaparait Raphi plus que nous. Concilier sa passion et l’école, ce n’était pas toujours simple pour lui. J’avais plus de temps.

Vous-même avez aussi investi beaucoup d’effort dans le hockey, alors que vous saviez que seuls les hommes pouvaient en vivre…

La performance était ma motivation. Je n’ai jamais été jalouse des succès de Raphi. Lorsque j’ai vu que sa carrière était lancée, j’ai éprouvé un sentiment très positif. Il avait renoncé à tellement de choses! J’ai toujours su ce qu’il voulait. Il a travaillé dur pour y parvenir. Je sortais plus souvent que lui, j’ai eu plus de libertés. Il était discipliné, fixé sur son objectif, ambitieux. Quand, très jeune déjà, il a réussi à percer, j’ai été folle de joie. Nous sommes tous tellement fiers de lui!

Mais vous avez réussi le saut en Amérique du Nord avant lui, non?

Daniela: Oui, après le tournoi olympique de Turin en 2006, j’ai joué une saison avec les Etobicoke Dolphins, l’équipe de Toronto, en National Women’s Hockey League. J’habitais dans une maison avec quatre autres joueuses. Le niveau était très élevé, chez les joueuses comme chez les coachs. Tout était très pro. Une magnifique expérience.

Raphael, votre regard sur votre expérience en NHL est-il aussi positif?

Raphael: Je me serais bien passé de certains aspects, mais je ne regrette rien. J’ai dû avaler quelques couleuvres, mais cela m’a aussi permis de progresser sur le plan humain. Un moment fort, c’est de jouer à Montréal. Ou de disputer la finale de la Coupe Stanley avec les New York Rangers. Les trades et les transferts constituent une difficulté majeure: on peut devoir changer de club d’une minute à l’autre. Ma femme m’a été d’un grand soutien.

Un exemple?

Avec Vancouver, nous jouions en Arizona. Le lendemain, le coach s’est pointé en me disant que j’étais transféré avec effet immédiat à New York. J’ai demandé ce qu’il en était de mon déménagement. On m’a dit que c’était à moi de me débrouiller, respectivement à ma femme. Ce sont des aspects moins plaisants de la NHL. De telles expériences m’ont fait mûrir.

Daniela, vous êtes la première coach professionnelle de l’équipe de Suisse féminine. Un statut impensable il y a quelques années…

Daniela: En termes d’image et de respect, le combat pour le hockey féminin est loin d’être fini. Bien sûr, dans notre milieu, chacun sait qu’il s’agit d’un engagement total. Nous nous entraînons cinq ou six fois par semaine, plus les matchs. C’est énorme, car les joueuses travaillent ou étudient à côté.

Est-ce que les hockeyeurs respectent les hockeyeuses?

Raphael: Ceux qui comprennent le hockey, certainement. Je cite l’international Damien Brunner, qui admire Lara Stalder, depuis qu’il a vu ses capacités sur la glace. Je l’ai vue à l’œuvre aussi. Sa technique est incroyable. Le hockey féminin a beaucoup progressé.
Daniela: Aux Jeux, nous voulons démontrer que le hockey féminin est spectaculaire. Les filles ont accompli de gros progrès, techniques, tactiques et physiques.

La plupart ne jouent pas encore dans la même catégorie que les Canadiennes ou les Américaines…

C’est clair. Ces deux pays puisent dans un immense réservoir de joueuses. Notez qu’en Suisse, le nombre de licenciées a plus que doublé depuis notre médaille de bronze à Sotchi, passant d’un peu plus de 600 à 1350. Mais en comparaison des 90 000 licenciées du Canada, ce n’est rien du tout.
Raphael: Le clivage est encore immense chez les filles. Le Canada et les USA sont inégalés. Mais la Suisse n’a pas à rougir en comparaison des autres nations.

La médaille de bronze de 2014 à Sotchi a néanmoins été une sensation. Est-ce qu’on peut s’attendre à un exploit identique à Pyeongchang?

Daniela: J’ai décidé de laisser rêver les filles. Ce qui m’importe, en tant que coach, c’est que nous représentions dignement le hockey féminin. Derrière les pays au top, tout est serré.

Qu’est-ce qui est possible pour la Suisse dans un tournoi masculin sans les stars de la NHL?

Raphael: Il nous faut partir du bon pied. On se souvient de Stockholm où, tout à coup, on était comme sur un nuage. C’était indescriptible (ndlr: une seule défaite, en finale). Mais même en l’absence de Crosby ou d’Ovetchkin, le niveau restera très élevé.
Qui est votre favori?
Raphael: Clairement le Canada, qui présentera une équipe comprenant des joueurs ayant chacun 800 matchs de NHL dans les jambes.

Etre aux Jeux en tant que frère et sœur, ce n’est pas courant. Aurez-vous l’occasion de vous rencontrer?

Raphael: Nous ne logeons pas très loin l’un de l’autre au village olympique. Nous nous y verrons de temps à autre.
Daniela: C’est magnifique d’être à deux aux Jeux, même si nous n’aurons pas beaucoup de temps à consacrer l’un à l’autre. Mais nous aurons de quoi faire quelques selfies ensemble!