Fabienne Bühler pour la "Schweizer illustrierte"
Depuis dix-huit ans, Vera Weber travaille pour la Fondation Franz Weber. Elle la préside depuis trois ans.
Interview

Vera Weber: "Mon père a trouvé la sérénité"

28 juillet 2017

Fille unique de Franz Weber, Vera Weber est soulagée de voir son père enfin en paix avec lui-même après des années très difficiles.

Depuis 2007, Vera Weber, 42 ans, a repris au fur et à mesure le flambeau de la Fondation Franz Weber. Présidente depuis 2014, elle évoque les relations pas toujours simples avec son père durant toutes ces années de combats menés par le trio familial.

Pourquoi avoir choisi de témoigner avec tant de franchise sur l’état de votre père?

A l’occasion de son 90e anniversaire, il nous a semblé opportun de donner des nouvelles de lui, des nouvelles qui reflètent une réalité à laquelle sont confrontées beaucoup de familles.

La seule information qui reste secrète, c’est le lieu de la résidence dans laquelle il est désormais pensionnaire.

Exactement! Il faut le préserver des indiscrétions. Je suis vraiment heureuse d’avoir pu trouver un établissement beau et élégant. Un EMS sans âme, cela l’aurait tué, lui qui est si esthète.

weber2-texte1.jpg
Chaque jour, Franz Weber écrit ses pensées et poèmes encore dans son «agenda». En allemand ou en français, selon son humeur. Photo: Fabienne Bühler pour la Schweizer illustrierte

Comment vivez-vous le fait que votre père soit atteint de démence sénile, qu’il ait notamment perdu en partie la mémoire?

Je le prends avec philosophie, mais aussi avec un certain soulagement. Mon père a trouvé une sérénité qu’il n’a jamais eue. Depuis neuf mois environ, je le vois apaisé et même heureux. C’est un vrai cadeau d’avoir pu lui procurer une telle tranquillité pour sa fin de vie. Car à 90 ans, il est évident qu’il est engagé dans la dernière partie de son chemin sur cette planète.

Qu’est-ce que vous redoutiez le plus dans cette dernière étape?

J’avais peur qu’il éprouve toujours plus de frustration et de colère face à ses pertes de mémoire. Or je constate qu’il le prend désormais avec résignation et même avec beaucoup d’humour.

Mais cela n’a pas toujours été aussi simple, ces dernières années?

En effet. Jusqu’à il y a encore une année, il se révoltait parfois de manière terrible. Ses pires moments, c’était ses nombreux accès de lucidité. Il se rendait compte qu’il ne tenait plus les rênes de ses combats, de sa fondation. Ces révoltes étaient très pénibles pour lui et pour nous.

weber2-texte3.jpg
Repas de famille dans la maison de Montreux, avec Judith, la maman, Franz Weber et la petite Vera. Il va sans dire que le verre de vin rouge au premier plan n'est pas celui de la jeune fille, mais bien du photographe! Photo: DR

Votre maman, Judith Weber, partage-t-elle votre soulagement?

Oui. Elle est rassurée de voir son mari aussi bien, après ces instants de détresse. C’est tellement triste et désarmant de le voir perdre sa mémoire et être néanmoins convaincu que tout rentrera dans l’ordre.

L’amour que vous portez à ce père peu commun, comment le décririez-vous?

(Hésitation.) Je parlerais surtout d’admiration pour tout ce qu’il a accompli. Nous avons en effet eu beaucoup de conflits depuis mon adolescence. Bien sûr, il y a eu aussi énormément d’amour. Mais décrire cet amour est délicat. Ce mélange d’opposition et d’affection existe dans la plupart des familles.

Mais peu d’enfants peuvent dire qu’ils ont eu un père comme Franz Weber...

Oui, assurément. Et j’ai envie de dire heureusement pour eux! (Rires.) En effet, Franz Weber est une personnalité peu commune.

Que gardez-vous de lui, quand il était encore en pleine forme, quand il se battait comme un lion?

Je me suis beaucoup endurcie en le côtoyant et en le voyant fonctionner. J’ai appris à ravaler mes colères tout en conservant mes convictions.

Et que regrettez-vous le plus dans votre relation avec lui?

J’aurais souhaité pouvoir collaborer avec lui de manière plus harmonieuse, qu’il me pousse plus en avant, qu’il m’enseigne plus de choses. C’était trop souvent impossible en raison de son caractère.

weber2-texte2.jpg
A droite, Vera Weber, 18 mois, avec son père en 1975. A gauche, père et fille en balade avec le saint-bernard Ciryl. Photos: DR

Avec votre mère, en revanche, la collaboration est bien plus simple?

Avec elle, c’est une harmonie telle qu’on peut la qualifier de symbiose totale. Et cela fait dix-huit ans que cette symbiose fonctionne parfaitement entre nous deux dans nos engagements. Elle m’a transmis ses connaissances accumulées durant ces décennies de combats aux côtés de mon père. Car elle a véritablement été son bras droit dans toutes ses campagnes. Il n’aurait jamais pu en faire autant sans elle. On l’oublie un peu et c’est injuste. Derrière chaque grand homme se cache une femme, dit le proverbe.

Comment se porte la Fondation Franz Weber sous votre direction?

Cela fait une petite dizaine d’années que je m’occupe pratiquement de toutes les campagnes. Ce n’est pas facile, mais je crois pouvoir dire que j’ai fait mes preuves et que je gère cette fondation de manière efficace. Les résultats de nos campagnes en cours, qu’il s’agisse de protection de la nature ou d’animaux, sont tangibles. Mais nous avons bien sûr besoin de soutien pour continuer.

Que peut-on souhaiter à votre famille?

Que cette sérénité nouvelle dure aussi longtemps que possible. Tout simplement.

 

A noter que cet entretien est relié à un autre article consacré aux 90 ans de Franz Weber