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© Carlo De Rosa

Vincent Veillon et Vincent Kucholl, les dessous du fric

Publié mercredi 23 mai 2018 à 08:41
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Publié mercredi 23 mai 2018 à 08:41 
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Masques de Cro-Magnon, rouge à lèvres, perruques en tout genre, bières et faux billets de banque, les loges de Vincent Veillon et Vincent Kucholl sont à leur image de caméléons. Bienvenue dans les coulisses de leur dernier spectacle.
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Fin des applaudissements. En sueur, derrière l’écran géant de 800 kilos où les personnages loufoques du clan de 120 secondes ont défilé, les deux Vincent enlèvent leur costard-cravate. Ils enfilent leur peignoir, leurs Crocs noires et fument l’un après l’autre une latte d’une cigarette électronique.

Le théâtre se vide. Le brouhaha du public laisse place aux cliquetis des techniciens qui plient bagage. Dans la pénombre, le duo débriefe à chaud la 28e représentation de leur nouvelle pièce, Le fric. «Bonne première à Morges, non?» commence Veillon, plus enthousiaste que son comparse. Kucholl, très perfectionniste, marmonne. Il se bat avec un passage. «Il y a des longueurs, je n’ai pas le feeling sur l’entrée de Reto Zenhäusern et ce, depuis vingt-sept fois», soupire-t-il à voix basse. Son acolyte dément. Il compte filmer le lendemain en «répète» l’arrivée hollywoodienne du Suisse alémanique moustachu pour lui faire valider le tempo.

Carlo De Rosa
 


Dans la peau d’un autre. Les deux humoristes jonglent entre plusieurs personnages durant le spectacle. Ici, Vincent Kucholl a quelques minutes pour prendre les traits de la femme d’affaires Shirley Borgognon-Mc Kay. Heureusement que Maude Golay, leur chargée de production et assistante costumes et maquillage, l’aide, chrono en tête, à poser le rouge à lèvres flamboyant à la lumière de sa lampe frontale. Elle vérifie en permanence que les deux comédiens soient parés pour retourner «déguisés» sur les planches.

Carlo De Rosa
 



Rythme frénétique

Ils ouvrent une bière. Antoine Marchon, le responsable technique, les rejoint. «On était un peu à la rue», lâche-t-il en rangeant le matériel. Quelques bugs de lumière, de son, mais aussi de petits couacs ici et là. «J’ai piqué un sacré sprint pour amener la perruque que Veillon a oubliée pour l’un de ses rôles», ajoute-t-il taquin. «Du jamais vu, mais voilà, fallait bien que ça arrive», dit le comédien le sourire aux lèvres. Il compare ce haut-le-cœur avec le sursaut d’un réveil manqué. «Ce soir, c’était un peu moyen. Cela dépend de nous mais aussi de l’énergie dans la salle», avoue Kucholl en arrivant au bar des artistes.

«After» tranquille au planning. Habitués des tournées frénétiques à plus de 100 dates, les Vincent ont appris à gérer leur énergie pour tenir la distance. «Rassurez-vous, le plaisir de jouer tend à monter au fur et à mesure», confient ces deux marathoniens des planches. Fatigués mais toujours bons vivants, ils trinquent avec le reste de l’équipe. «Chon-Chon, elle est où la bouteille de blanc?» demandent-ils à celui qui les encadre dès l’instant où ils posent un orteil dans le théâtre.

Car tout est prêt quand ils débarquent sur le plateau, une à deux heures avant le coup d’envoi. Il ne reste que le test des micros. Boute-en-train, Veillon raconte à Maude Golay, leur chargée de production transformée en maquilleuse et assistante costumes, qu’il a découvert la série familiale This is us. Il est fan. Kucholl, lui, récite un extrait d’un monologue qu’il prêche sur scène. «Achetez du Nutella! Consommez! Ah put***, j’ai des blancs, je ne connais plus mon texte», s’inquiète-t-il. Son collègue joue au souffleur.

Carlo De Rosa
 

Placement des marqueurs ensuite pour le sketch d’un couple noyé dans une dispute post-déclaration d’impôts. Au début de la scène, les comédiens échangent un tendre baiser. «Je me sèche les lèvres si tu prends un Fisherman», «tease» Veillon. Ils blaguent constamment. En live, ils improvisent parfois pour déstabiliser l’autre. «Vous savez, tout est millimétré en régie. On a des tops en fonction d’un mot ou d’un geste, alors quand ils partent en hors-piste, il faut bricoler», rit Antoine Marchon en remplissant les filets de faux billets de banque à leur effigie – une préparation délicate pour le jeté de cash, le clou du spectacle.

A 19 h 30, les portes s’ouvrent, le public entre peu à peu dans le théâtre. En savourant un bon pinard local, les deux amis finissent de goûter les délicieux mets préparés par Fafa, la cuisinière du jour. Kucholl, fin gourmet, réclame la recette de la mousse au thon. Ils parlent bonne chère, entourés des affiches des anciens artistes qui ont foulé le sol de ce Théâtre de Beausobre. Comme Henri Dès qui, ce soir-là, passe leur souhaiter le meilleur. «Le trac, on ne l’a pas vraiment», répondent-ils à l’unisson. A force, ils excellent dans l’inconnu. Quant aux petits fous rires imprévus, c’est un peu leur marque de fabrique.

​Feed-back en continu. Dernière touche de laque pour Vincent Kucholl, alias le banquier Reto Zenhaüsern. Les deux comparses s’entraident à l’abri des regards pendant les interludes vidéo. Souvent, ils commentent leur jeu respectif en même temps. En chuchotant, les bourreaux de travail affinent chaque soir leurs sketchs pour fluidifier leur spectacle. Fidèles à leur réputation de joyeux lurons, ils aiment aussi improviser pour se surprendre l’un l’autre.

Zen avant scène

Direction les loges. Il ne reste que 15 minutes avant le début. Kucholl cherche du wifi dans le sous-sol pour répondre à des e-mails. «Il m’écrit même entre deux sketchs pour le job», confesse Antoine Marchon. Dernière clope pour Veillon dans le parking. Il se retrouve bloqué dehors. «Les gens arrivaient et me voyaient en robe de chambre en train d’essayer de me cacher», se marre le comédien. «Allez, allez! Il faut s’équiper», prévient Maude qui est venue le secourir. Prothèses sur le nez et peaux de bêtes, les Vincent sont rapidement méconnaissables mais continuent de se chambrer façon hommes des cavernes.

Juste avant d’entrer en scène, à la lumière de quelques ampoules, Veillon sautille pour s’échauffer. Kucholl, les bras croisés, fixe le vide. Dernier coup d’œil dans le miroir. Puis ils chuchotent un «Merde! Merde!» en se serrant dans les bras. Top départ. Noir. Les spots s’allument sur deux Néandertaliens qui se battent pour récupérer leur dû. Derrière les rideaux commence alors une valse d’allers-retours de Vincent pressés: assistés par Maude et Antoine, ils courent, se changent, se démaquillent. Chaque geste est étudié, précis. Concentrés jusqu’aux applaudissements, ils retrouvent leur désinvolture en savourant une bière fraîche dans les loges. En rigolant, forcément.

Toutes les dates sur: lefric.ch

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