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Harry, Diana et William, en 1994, sous l'objectif du photographe attitré de la famille royale irradient de bonheur.
Deuil

William et Harry: « On a gardé le silence pendant vingt ans»

14 juin 2017

Les fils de Diana, la princesse décédée en 1997, parlent pour la première fois de leurs souffrances. Les deux garçons ont été victimes d’un héritage traumatique bien avant l’accident qui coûta la vie à leur mère. Fragilisée depuis l’enfance, trompée, suicidaire, elle fut écartée sans ménagement.

Il a fallu deux décennies pour qu’ils prennent la parole et partagent publiquement leur traumatisme. Les princes William de Cambridge, 34 ans, et Henry de Galles – alias Harry –, 32 ans, orphelins de Lady Diana, sont enfin en mesure d’évoquer le souvenir de leur mère défunte et le trouble profond consécutif à sa disparition. Elle avait 36 ans au moment de sa mort, dont l’Angleterre célébrera le vingtième anniversaire le 31 août prochain. Eux n’en avaient que 15 et 12. Les deux garçons sont proches de son âge désormais. Ils ont été les deux autres victimes de la disparition de celle qui fut surnommée la princesse des cœurs et dont la fin tragique transforma définitivement la monarchie britannique chancelante.

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"Ce sont les deux hommes de ma vie", affirmait Diana. Ici, elle joue avec ses fils à Highgrove, résidence de campagne du prince Charles, en 1986. Photo: Tim Graham/Getty Images

Le deuil public de William et Harry

William et Harry ont emmagasiné inconsciemment la détresse de leur mère depuis l’enfance. Bien avant son terrible accident, survenu sous le pont de l’Alma à Paris, en 1997. La souffrance des deux adolescents dans une famille exposée, où ne pas se plaindre est un principe mais dont tous les faits et gestes sont scrutés, est difficilement mesurable. «Ce n’est pas comme le chagrin de la plupart des gens, avoue William. Le monde entier savait, chacun était au courant de cette histoire.» Ils révèlent aujourd’hui avoir été choqués par les preuves d’amour du public et cet océan de bouquets de fleurs devant Buckingham Palace, accompagnés d’un mot, d’une lettre ou d’un dessin en hommage à leur mère, «la meilleure du monde», qui leur était enlevée si brutalement.

«Cest vrai que maman est morte?»

On se souvient du visage du jeune Harry, fermé et triste, en proie à une colère rentrée et la mine grave de son aîné, tous deux habillés de sombre, derrière le convoi funéraire de Lady Di, le jour des obsèques, le 6 septembre 1997. Des années plus tard, ils ont été submergés par un sentiment de culpabilité. «Nous n’avons pas su la protéger. Il est de notre devoir de défendre son nom et de rappeler à tous ce qu’elle a fait», confessent-ils dans un entretien à la BBC dont la diffusion est prévue dans le courant de l’été.

A l’occasion de son implication dans une campagne pour la santé mentale baptisée Heads Together qu’il mène avec son frère aîné, Harry avoue qu’il frôla la dépression. Il a passé dix-huit ans à nier la mort de sa mère et à étouffer ses sentiments. «J’ai enfoui ma tête dans le sable en refusant de penser à elle. «A quoi bon?» me disais-je, si ce n’est à être triste. Cela n’allait pas la faire revenir.» Après deux ans et demi de psychothérapie, le cadet avoue aller mieux.

La mort de Diana lui semblait incongrue. Elle ne collait pas avec la partition protocolaire glacée jouée par les adultes. D’où sa question, lancinante: «C’est vrai que maman est morte?» Au lendemain du drame, Harry le demanda à son père rentré de Paris, les yeux rougis, puis aux autres membres, les adultes mâles de la famille, restés indifférents à sa détresse. L’enfant ne comprenait pas que les choses puissent continuer à se dérouler autour de lui à Balmoral comme si de rien n’était.

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Harry et William, dévastés par la mort de leur mère, voient passer le corbillard, le 6 septembre 1997. Photo: Peter Turnley, Max Mumby/Indigo/Getty Images

La reine Elisabeth, inflexible, avait donné l’ordre de ne pas exposer ses petits-fils aux images que véhiculaient en boucle les télés du monde entier. Les prises furent retirées, les écrans et postes de radio soigneusement confisqués. Voilà pourquoi, en un sens, Harry étouffa ses sentiments.

«Ce refus n’a pas eu qu’un effet sur ma vie personnelle, mais également sur ma vie professionnelle», admet-il. Des années plus tard, il en parla à son frère aîné lequel lui fit remarquer: «Il n’est pas normal de penser que cela ne t’a pas affecté.» La boxe servit d’exutoire à Harry, mais son comportement erratique – une attitude rebelle, des frasques répétées, sa consommation d’alcool et de cannabis – en dit long sur son mal de vivre.

Diana le surnommait «Harry, mon amoureux du danger». Lorsque, à 14 mois, on l’asseyait sur un poney, le bonhomme piquait une crise s’il ne pouvait en saisir lui-même les rênes. Une autre fois, il faussa compagnie aux gardes de sécurité. Ils lui avaient prêté un talkie-walkie et le retrouvèrent dans la rue, devant le magasin de disques Tower Records.

Ce petit être téméraire commença à développer des angoisses. Le mariage de ses parents s’effilochait et seul William était capable de calmer Harry lorsqu’il partait dans d’épuisantes crises de hurlements. En 1992, année du divorce, du haut de ses 8 ans, il demanda à ses parents: «Y a-t-il quelque chose que je puisse faire afin de permettre à papa et maman d’être heureux à nouveau?» La détresse du cadet ne cessa de grandir jusqu’à l’âge de 10 ans. Il avait compris, dans son for intérieur, que sa mère avait été rejetée. Son titre d’Altesse lui fut même retiré à la demande de Charles.

Lady Di fut une épouse trompée, trahie, manipulée et manipulatrice, écartée par une famille à laquelle elle avait apporté ce que l’on attendait d’elle: une descendance. Pourtant, à ses côtés, Harry et William ont toujours eu la mine solaire de bambins heureux, des êtres inconditionnellement aimés. «Ce sont les deux seuls hommes de ma vie», confiait Diana à James Hewitt, l’un de ses amants dont on soupçonna un temps qu’il était le père de Harry. Pensant à leur future carrière militaire, elle lui avoua redouter de les voir un jour partir au front. Elle était leur refuge. «Notre meilleure amie, gardienne et protectrice», dit Harry en 2007. Mais dans une drôle de géométrie conjugale: un ménage à trois. Ses fils étaient son unique raison d’être. Ils grandirent sur un terreau familial instable.

Camilla était la rivale de Diana. Elle devint la femme de Charles en 2006. Ils n’ont jamais cessé de se fréquenter depuis 1971. Le père de Harry et William n’aimait pas leur mère et ne s’en cachait pas. Il épousa Diana pressé par ses parents d’abandonner sa vie de play-boy afin de donner au trône un successeur.

Diana rencontra Charles l’année de ses 16 ans. Elle rougissait dès qu’il lui adressait la parole. L’oie blanche ferait l’affaire. Les Spencer, sa famille, louaient alors à la famille royale le domaine de Sandringham. La grand-mère de Diana fut dame d’honneur de la reine mère. Comment renoncer au plus beau parti du royaume?

Diana, un animal blessé en cage

En février 1981, quelques jours après l’annonce de ses fiançailles, le couple, dans une interview télévisée restée célèbre, répondit de façon révélatrice à la question apparemment anodine: «Etes-vous amoureux?» Diana, naïve et souriante, laissa tout naturellement échapper un: «Bien sûr.» Le prince eut des paroles goujates et ambiguës: «Oui. Quoi que puisse signifier «amoureux».» Le décor était planté. On raconte même que Charles pleura la veille de ses noces. Le jour du mariage, Diana cherchait Camilla du regard. Elle avait demandé à ce qu’elle ne fût pas invitée. Elle était pourtant bien là. Deux semaines avant la cérémonie, elle découvrit un bracelet gravé G. et F., pour Gladys et Fred, un nom de code que Camilla et Charles s’étaient donné.

Tout cela, William et Harry l’ont appris en grandissant. Ils comprirent que leur mère avait vécu «comme un animal blessé en cage», selon les mots de son amie Rosa Monckton. Ils découvrirent qu’elle avait fait une tentative de suicide en se jetant dans les escaliers afin de faire réagir la reine qui affichait à son égard une indifférence souveraine. Diana était enceinte de William et prit le risque de perdre l’enfant. Elle tenta de mettre fin à ses jours après la naissance. Elle fit une dépression et souffrit de boulimie. Un trouble alimentaire développé dès son enfance à cause de l’instabilité du mariage de ses propres parents.

L’héritage traumatique de Harry et William est donc très ancien. Il n’a fait que peser plus encore au fil des ans et des révélations. En novembre 1995, en pleine tempête médiatique, ils apprirent au cours de la confession télévisée de Diana que leur mère était une femme bafouée, mais une femme tout de même. Harry se mit en colère en apprenant qu’elle avait eu des amants et que cette bonne vieille «Tante PB», surnom donné à Camilla Parker Bowles, était en partie responsable de l’état psychologique déplorable de Diana. Sur un terrain de foot comme dans la cour de récré, Harry devint agressif.

On raconte qu’il se bagarra avec Omar, le fils de Dodi, lors des dernières vacances passées avec Lady Di à Saint-Tropez dans la somptueuse propriété des Al-Fayed. Ce fut la dernière fois que lui et William virent leur mère vivante. «C’est la mort qui transforme une vie en destin», disait Malraux. Aujourd’hui, l’aîné de la princesse dit regretter qu’elle n’ait pas connu ses deux enfants et son épouse. Kate porte en permanence la bague de Diana. Le cadet, son équilibre retrouvé, songe enfin à fonder un foyer. Et, malgré le temps qui passe, l’absence de leur mère les marquera à jamais. 

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