Sedrik Nemeth
Yannick Buttet, photographié samedi en Valais: «J’ai commis des erreurs, que je regrette.»
Interview exclusive

Yannick Buttet: «Je demande pardon à toutes les femmes»

06 décembre 2017

Accusé d’harcèlement par son ex-maîtresse et de comportements malvenus sous la Coupole, l’élu valaisan révèle comment il a dérapé. Confession aux abois d’un homme qui a décidé de se soigner.

C’est comme si le ciel lui était tombé sur la tête. Depuis que notre confrère Le Temps a révélé ses dérapages, il y a une semaine, Yannick Buttet se trouve au centre d’une polémique qui l’a contraint à démissionner de son poste de vice-président du PDC suisse et à abandonner, temporairement, son mandat de conseiller national. Sans doute jusqu’à ce que la justice se prononce sur la plainte pénale pour harcèlement déposée par son ex-maîtresse, le 19 novembre dernier. En état d’ébriété, le politicien valaisan s’était acharné sur la sonnette de son domicile, dans la région sierroise, à 2 heures du matin. Excédée, cette mère de deux enfants, également engagée sous la bannière du PDC dans sa commune, avait demandé l’intervention de la police communale, avant que la police cantonale ne ramène l’intrus à son domicile de Collombey-Muraz, commune qu’il préside depuis 2013. A peine la nouvelle de la plainte rendue publique, plusieurs des collègues féminines de Yannick Buttet au Parlement fédéral ont à leur tour fait état de son comportement irrespectueux et inadéquat à leur égard sous la Coupole, déclenchant une véritable tempête médiatique. Une semaine après le début de l’affaire, celui qui est aussi vice-président de la Société suisse des officiers par son grade de lieutenant-colonel a accepté de sortir de son silence.

Comment vivez-vous cette déferlante médiatique et sur les réseaux sociaux depuis jeudi?

C’est terrible! J’ai commis des erreurs, que je regrette, mais je ne me reconnais pas dans l’image du monstre qu’on présente au public. Le plus difficile est évidemment pour ma famille.

Avez-vous vécu la pire journée de votre vie, ce jeudi 30 novembre?

Bien sûr. Lorsqu’on est jeté en pâture de cette manière-là dans tous les médias du pays, ça ne peut être que la pire journée de sa vie. Je ne souhaite cela à personne.

Avez-vous participé à des événements publics depuis ce fameux jour et, si oui, comment les gens réagissent-t-ils à votre égard?

J’ai participé à plusieurs manifestations et les gens qui me connaissent n’ont pas changé de comportement, malgré leurs interrogations et leur déception légitime. J’ai même de nombreux messages de soutien. Dans le regard de ceux qui ne me connaissent que par la presse, je lis de la méfiance, voire du rejet.

Reconnaissez-vous les écarts de comportement que certains et certaines parlementaires vous attribuent?

Je prends conscience aujourd’hui qu’il m’est arrivé parfois, en soirée et sous l’effet de l’alcool, d’avoir des gestes inappropriés qui ont pu déranger et heurter certaines personnes. Je m’en excuse auprès des personnes concernées.

Quand votre collègue du Parlement Céline Amaudruz déclare avoir été victime de gestes déplacés et qu’elle n’ose plus prendre l’ascenseur avec certains, est-ce notamment vous qu’elle vise?

Franchement je ne sais plus quoi penser, car les médias ont relaté diverses versions. Ce qui est sûr, c’est que si j’ai eu des gestes qui l’ont heurtée, je m’en excuse sincèrement auprès de Céline. (Voir la réaction de Céline Amaudruz ci-dessous.)

Quelle est votre version des faits dans l’affaire de Sierre?

La question de Sierre est une affaire purement privée qui ne regarde que les personnes concernées. Comme une procédure est en cours, je ne la commenterai pas.

Pourquoi vous êtes-vous caché dans les buissons à l’arrivée de la police lors de cette fameuse soirée?

Je ne commente pas cette affaire privée, dans laquelle une procédure est en cours.

Vous ne voulez donc pas relater les événements, depuis votre départ de Collombey-Muraz jusqu’au retour à votre domicile, assuré par la police cantonale?

Non, pour les mêmes raisons.

Que répondez-vous à vos collègues féminines qui vous mettent en cause sous la Coupole?

Ce qui m’est reproché à Berne n’a aucun lien avec l’affaire de Sierre. S’agissant du Parlement fédéral, je répète que j’ai pris conscience que certains de mes gestes ont pu déranger ou heurter certaines personnes.

Malgré la tourmente qui vous emportait, vous avez trouvé les ressources nécessaires pour retourner au Parlement. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche?

Dans la vie, il est important d’assumer ses actes, qu’ils soient positifs ou négatifs. Il me tenait à cœur de représenter mon canton à Berne même dans l’adversité. D’autre part, je n’avais pas eu le temps de prendre le recul nécessaire pour analyser ma situation comme j’ai pu le faire depuis.

Est-il exact que vous avez vous-même demandé à être suspendu de votre poste de vice-président du PDC suisse?

C’est exact. J’ai pensé qu’il valait mieux prendre de la distance, pour mon parti et pour moi-même.

Etes-vous conscient que votre comportement est en contradiction avec les valeurs politiques que vous représentez et que vous défendez?

En politique, on défend un idéal auquel on croit et que l’on essaie soi-même d’atteindre. En revanche, on constate avec les années que notre vie d’homme ou de femme n’est pas parfaite et on se heurte à nos propres faiblesses. L’important est d’en tirer les enseignements et de les mettre en œuvre.

Le modèle démocrate-chrétien est-il compatible avec la nature humaine?

J’en reste convaincu. Le modèle démocrate-chrétien donne en même temps un idéal à atteindre tout en prenant en compte la faiblesse de la nature humaine. Il s’agit d’un modèle humaniste.

Ces révélations ne vous incitent-elles pas à renoncer à tous vos mandats politiques?

Même si les médias sont très durs, la justice n’a pas encore fait son travail. Une fois les décisions judiciaires connues, cette question se posera pour mes mandats électifs. Quant à la vice-présidence du parti, je pense qu’il vaut mieux la laisser de côté pour faire face à la situation.

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