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© sedrik nemeth

Yves Terrani: «C’est merveilleux, je renais à 61 ans»

Publié vendredi 11 mai 2018 à 13:56
modifié mardi 15 mai 2018 à 15:06
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Publié vendredi 11 mai 2018 à 13:56 
modifié mardi 15 mai 2018 à 15:06
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En une année, Yves Terrani est passé de 180,5 
à 92 kilos. Une libération pour le journaliste
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Deux cent trente-trois grammes par jour. Au demeurant, le chiffre n’a pas de quoi inspirer un «waouh!» Multiplié par 365, ça change tout en revanche: 85 045 grammes. Traduits en unité usuelle, 85 kilos et des poussières. Nous y sommes. C’est le poids qu’a perdu Yves Terrani depuis sa sortie du CHUV, le 1er décembre 2016. Deux jours d’hospitalisation, le temps pour le professeur Michel Suter, «le pape du by-pass gastrique» comme le surnomment affectueusement ses patients, de réduire la capacité de son estomac d’un demi-litre à... 15 millilitres. Quarante-huit heures qui ont changé la vie du correspondant valaisan de la radio romande. «C’est merveilleux, je renais à 61 ans», s’enthousiasme-t-il, sourire banane et larmes aux yeux.

sedrik nemeth
Avant… En vacances à Malaga, en été 2016. 

Son nouveau corps lui donne des ailes de jeune homme, lui permet d’accéder à une foule de choses, petites ou grandes, qui lui étaient étrangères ou interdites depuis plus de trente ans: VTT, longues balades en ville, en forêt, en montagne, sans parler de gestes quotidiens, comme enchaîner les escaliers ou lever les jambes pour un exercice de stretching. «Je marche entre 40 et 70 kilomètres par semaine, confie-t-il, l’œil pétillant. Avant, je prenais la voiture pour faire 300 mètres et monter trois escaliers me mettait en apnée.» Une époque bannie. «Cet été, avec ma femme, nous sommes montés à la Pointe de Bellevue à plus de 2000 m, en quarante minutes depuis le col des Portes, soit une minute de plus que le temps indicatif. J’étais tellement ému que j’en ai pleuré. Même dans mes rêves, je ne me voyais plus faire ce genre de truc, raconte le Montheysan, des trémolos dans la voix. Vous savez, grâce à ma profession, à ma famille, je crois avoir réussi une belle carrière, avoir eu une belle vie. Je me suis amusé, j’ai voyagé, mais ma plus grande victoire, c’est celle-là. Redevenir normal, si je puis dire.»

De 6XL à XL

«L’homme est le seul animal que la prise de poids inquiète», disait avec ironie le sociologue français Philippe Meyer. Pas notre sexagénaire, 180 cm sous la toise. «Je n’ai jamais eu de problème d’image. Etre gros ne m’a jamais empêché de rigoler, de déconner avec les copains et le regard des autres ne m’a jamais dérangé, contrairement à ma femme, que cela agaçait prodigieusement.» Ni complexe, ni diabète, ni ­cholestérol et encore moins de problème cardiaque ou d’articulations. «J’étais une sorte de ­miraculé», s’étonne-t-il, en confessant avoir systématiquement détourné son regard lorsque son profil se reflétait dans une vitrine. Alors pourquoi, finalement, a-t-il voulu passer de la taille 6XL à XL? «Pour mon bien-être, pour l’épanouissement de notre couple, pour me promener avec mes deux filles et mon fils, pour jouer avec mes quatre petits-enfants comme n’importe quel grand-papa», énumère celui qui affichait un indice de masse corporelle de 57, obésité morbide sur l’échelle du poids, contre 28,4 aujourd’hui. Une chute spectaculaire mais qui, revers de la médaille, laisse des traces côté plastique. «Pas grave. Comme le visage n’a pas trop «morflé» et que j’ai passé l’âge de faire le cacou sur la plage, j’ai décidé de renoncer à la chirurgie reconstructrice pour l’instant. C’est horriblement cher et pas complètement pris en charge par l’assurance maladie», révèle notre homme, déterminé à assumer son nouveau profil.

 

sedrik nemeth
Porter sa femme, Dina, une chose qu'il n'avait plus faite depuis des décennies. 

«Deux verres et je suis bourré!»

Voilà pour la lune de miel, comme le dit avec humour le professeur Suter. Car, vous l’imaginez bien, il ne suffit pas de court-circuiter une partie de l’estomac pour rendre aux gens leur silhouette de post-ado. Au menu de Monsieur Yves depuis douze mois, c’est donc discipline et self-control. On ne perd pas 40 kilos entre décembre et mars en mangeant du foie gras, du chocolat et des pâtisseries à la crème. «On peut, rectifie Yves Terrani. Deux carrés de chocolat pour le dessert par exemple, ou pourquoi pas une douceur à la crème. Mais à petites doses et de temps en temps seulement.» Idem pour l’alcool. «Le problème, c’est qu’il passe directement dans le sang. Autant dire qu’après deux verres de rouge, je suis déjà bourré», se marre le Valaisan. Régime d’ascète en somme. «Pas du tout», contre-t-il. «J’ai juste appris à me nourrir sainement. Protéines, féculents, légumes, fromage, charcuterie, rien ne m’est interdit, tout est une question de mesure. La seule chose à prohiber totalement, à cause de leur effet gonflant, ce sont les boissons gazeuses. Le premier mois, tu gamberges un peu puis cela devient un réflexe naturel», assure le journaliste, bien dans sa tête et dans ses baskets. «Des potes me disent: «Bon sang, toi qui aimais bien manger et boire un bon verre, qu’est-ce que ça doit être dur!» Je rigole. Et je les chambre. Certains sont désormais plus lourds que moi.»

sedrik nemeth
De la taille 68 à 48: le jeans d'hier, précieusement conservé, et celui d'aujourd'hui.

«Faites-le, ça change la vie»

Le poids. Yves Terrani dit ne pas en être obsédé. «Je ne me suis jamais fixé d’objectif, ni en kilos, ni en temps», jure le solide gaillard, qui perd encore entre 600 grammes et 2 kilos par semaine, foi de balance, le vendredi matin uniquement. Passage obligé devenu rituel et objet de toutes les attentes au sein de la famille, réunie sous la bannière Whats­App. «Les enfants commentent, me soutiennent, m’encouragent. L’opération, je l’ai faite pour moi mais la suite, tout le monde la porte», détaille-il, ému, en décernant une mention particulière à Dina, son attentionnée épouse depuis trente-sept ans, «devenue spécialiste ès diététique. Sans elle, je n’en serais pas là», décrète-t-il, en louant la Providence. «Je n’ai souffert d’aucune complication, d’aucune carence. Tous n’ont pas cette chance», confie Yves, compatissant mais prêt à encourager celles et ceux qui hésitent à faire le pas. «J’ai envie de leur dire: «Faites-le, ça change la vie. Il y a un avant et un après.» Son dernier mot avant le shooting en forêt, avec Dina. Une grosse partie de rigolade en sous-bois, jouant avec l’objectif de notre photographe avec l’insouciance de leurs 20 ans. Heureux, joyeux, radieux. Comme neufs, quoi...

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