La maîtrise des images n’est rien si elle n’est pas aussi celle des symboles. Il l’a compris dès sa campagne, iconographie de la rencontre entre sa chemise claire et un peuple, imbibé de la nostalgie de Bobby Kennedy. Depuis, il continue à déverser sur l’internet comme un torrent de photo-graphies parfois intimes, souvent émouvantes, encore étonnantes. Les enfants dans son bureau. Sa décontraction comme une modernité assumée. La souplesse sportive du basketteur. Son épouse en épaule solide, parce que vraie. Les réunions de travail à la fois sérieuses et bon enfant. Des manières voyageuses low profile qui sont pourtant terriblement séduisantes, à Paris, Londres ou Tel-Aviv: une évidence rare dans le talent de communiquer.
La maîtrise du langage n’est rien si elle n’est pas aussi celle du discours. Des Rêves de mon père, livre de jeunesse, au si juste terme de «bazar» pour qualifier Guantánamo, il le devine. Gordon Brown, premier ministre anglais, décrivait cette force dans Time Magazine: «Quand il parle, il donne confiance à ceux qui l’écoutent: non pas en lui, mais en eux-mêmes. Il se raconte de Cicéron que, lorsque le peuple l’entendait, les gens se tournaient les uns vers les autres en disant: «Sacré discours»; mais, quand Démosthène s’exprimait, ils se tournaient les uns vers les autres et lâchaient: «Avançons!» Partout dans le monde, des gens avancent avec Barack Obama.»
Obama a fait le pari de la remise en question, mais doit composer en funambule avec le piège des ressentiments.
La maîtrise des images et des mots n’est pourtant rien si elle n’affronte pas le réel. Il en est là. Comme le décrit Frédéric Vassaux (lire en page 12), les difficultés attendues sont sur la table, scories de l’histoire et nouvelles tensions. Reculade sur les tribunaux d’exception américains, danger de fuite en avant dans le bourbier afghan, crédibilité se jouant dans sa capacité à s’imposer dans le conflit israélo-palestinien.
Il est une star. On sait les attentes en lui placées plus haut que pour n’importe quel dirigeant des quarante dernières années. Il a fait le pari du dialogue et de la remise en question, mais doit composer en funambule avec l’inertie des habitudes, le piège des ressentiments, les lourdeurs d’une culture. Dans les temps qui viennent, il peut demeurer le président des Etats-Unis dont tout le monde raffole, médias compris: brillant, cultivé, ouvert. Qu’il parvienne cependant à surmonter l’un ou l’autre dossier, à débloquer telle situation dure ou ancienne, et Barack Obama deviendra homme d’Etat, dirigeant d’exception.
Ce n’est pas un enjeu américain. C’est un enjeu pour nous tous.