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Franc fort, neige rare, c’est l’année de tous les dangers
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Le manque d’eau pourrait faire grimper les prix
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Les conséquences des changements climatiques
La sécheresse qui sévit en Suisse romande est la pire depuis cent cinquante ans. Alors que la moyenne annuelle des précipitations est de 1300 litres d’eau par mètre carré, il en est tombé 900 litres en 2011. Un déluge comparé à la région sédunoise qui en déclare 300! «Le climat est qualifié de désertique en dessous de 250 litres», précise Martine Rebetez, climatologue à l’Institut fédéral de recherches WSL et professeur à l’Université de Neuchâtel. La dernière goutte d’eau tombée sur la région remonte au 19 octobre. Et on ne parle pas de la neige: 25 centimètres depuis le 1er janvier. Une misère. Et avec ses températures printanières (plus de 7 °C de moyenne), ce mois de novembre qui s’achève n’a fait qu’empirer la situation. Pas de quoi paniquer pour autant, tempère Martine Rebetez, qui classe cette année aride parmi les phénomènes météo exceptionnels. «En Suisse, où il pleut habituellement tous les mois, l’événement est certes extrême, mais momentané», assure la scientifique, en relevant le climat particulier de la plaine du Rhône, où les précipitations sont retenues par les reliefs. Il y a donc de l’espoir. Sauf qu’il faudra s’adapter à plus de variabilité. En clair, des périodes de sécheresse prolongées suivies d’épisodes d’intenses précipitations.
OPTIMISME ET PLAN B
Intenses précipitations. Des mots qui font fantasmer les directeurs de nos stations à trois semaines des vacances de Noël. Hélas, l’or blanc se fait désirer et la vue de sommets verdoyants plus propices au trail qu’au ski ne contribue pas à les rassurer. Ils font pourtant contre mauvaise fortune bon coeur. Pas la peine d’en rajouter. Déjà handicapé par la force du franc, céder au pessimisme ne résoudrait rien. Du coup, tout le monde a son truc pour se remonter le moral et exorciser ses peurs. Extraits. «Pour nous, il est plus important de garantir de bonnes conditions jusqu’à Pâques que de skier le 15 novembre», relativise Eric Crettaz, directeur de l’Office du tourisme de Thyon-Les Collons (VS). Autres mots, mais même discours à Villars (VD), où Serge Beslin repousse carrément le débat au 20 décembre, puisque «c’est à cette date que démarre la saison. Il suffit de deux jours de précipitations d’ici là et on n’en parlera même plus.» Prudent, le boss évoque néanmoins l’existence d’un plan B. Où il est question de randonnée, de bowling, de tennis, de wellness et d’événements populaires et people, chers à la station. A Verbier, où l’on a été contraint de repousser l’ouverture de deux semaines (le week-end dernier), Eric Balet, directeur des remontées mécaniques, veut lui aussi se la jouer cool. «Regardez les statistiques: l’enneigement moyen des dix dernières années est supérieur à celui des vingt et des trente précédentes.» Selon lui, la saison qui se profile est bien mieux structurée que la dernière. «Pâques est deux semaines plus tôt, les vacances scolaires sont mieux réparties et 2012 sera une année à Patrouille des Glaciers.»
L’EFFET JAMES BLUNT
Que du bonheur en somme, soutenu par une prévente d’abonnements prometteuse: à peine 1% inférieure à 2010. En aparté, chacun confesse cependant qu’après un dernier hiver déjà difficile et un été juste satisfaisant, l’arrivée de la neige détendrait l’atmosphère. A défaut, les choses peuvent aller très vite, Eric Balet est bien placé pour le savoir. «L’hiver dernier, nous avons bouclé sur une perte de 2,8 millions de francs au 30 avril après avoir eu 300 000 francs d’avance sur le budget le 3 avril.» Echaudée, la société valaisanne au chiffre d’affaires de 40 millions de francs a donc préparé trois budgets pour cette saison de tous les dangers, comme la qualifie notre interlocuteur. Un à l’équilibre, un en recul de 5% à cause du franc fort et un troisième en recul de 15% si la sécheresse devait s’y ajouter. «Tout se joue sur sept weekends: deux à Noël, quatre en février et un à Pâques», résume Eric Balet qui, à l’instar de ses deux homologues, nourrit certaines craintes pour les commerces et les restaurants, dont le chiffre d’affaires a déjà fondu de 10 à 20% ces deux dernières années à cause de la crise économique.
Et, comme si cela ne suffisait pas, aux incertitudes météorologiques et économiques s’ajoute désormais une troisième embûche: la guerre économique livrée par les lobbys touristiques anglo-saxons à la Suisse. Après les journaux anglais, c’est CNN qui décourage maintenant les gens de passer leurs vacances en Suisse, insistant sur le franc fort et le manque de neige. Une cabale qui n’inquiète pas Eric Balet (25% de clientèle anglaise à Verbier). «A midécembre, ITV diffusera une émission d’une heure sur James Blunt tournée chez nous. La campagne de dénigrement sera balayée.» Le hic, c’est que toutes nos stations ne disposent pas d’un tel joker… C. R.
«LE MANQUE D’EAU POURRAIT FAIRE AUGMENTER LE PRIX DE L’ÉLECTRICITÉ»
Pour la quatrième année consécutive, les centrales hydrauliques enregistrent une baisse de production.
Directeur de la production du Groupe E, qui exploite notamment quatorze centrales hydrauliques, Alain Sapin est inquiet. Son entreprise enregistre une baisse de production pour la quatrième année consécutive. La plus drastique depuis 1950: moins 33%, avec un pic à moins 60% pour la centrale jurassienne de Châtelot, sur le Doubs. Avec une production nationale en recul de près de 25% pour les centrales au fil de l’eau, 2011 s’inscrit d’ailleurs comme le pire millésime depuis 1964, largement devant 2003 et sa tristement célèbre canicule. Mais, plus encore que cette chute vertigineuse, c’est la répétition des exercices négatifs qui taraude le docteur EPFL fribourgeois. «En plus de réduire les redevances, le manque d’eau pourrait à terme pousser le prix du kilowatt à la hausse et menacer des emplois, les exploitants se voyant contraints de tailler dans les effectifs», reconnaît-il.
Jusqu’ici, excepté une courte période durant laquelle le kilowatt a augmenté d’environ 10% après la catastrophe de Fukushima, les prix sont restés stables. «Grâce à notre accès direct au marché européen, à la baisse de consommation engendrée par cet automne particulièrement doux, à une demande moins soutenue du secteur industriel, touché par la crise et, il faut bien le dire, à l’apport de nos centrales nucléaires», détaille Alain Sapin. Les grands ouvrages du Valais et des Grisons ont également apporté leur contribution. «Les températures anormalement douces à grande altitude leur permettent de puiser l’eau des glaciers et de profiter de la fonte de la neige.» Problème: à l’horizon 2040, cette source se sera considérablement tarie et les centrales nucléaires auront disparu si la feuille de route décidée par le Parlement est maintenue. «Dans ce cas, en complément au développement des énergies renouvelables, la Suisse n’échappera pas à la construction de quatre à cinq centrales à gaz si elle entend assurer son approvisionnement», estime l’ingénieur fribourgeois, avant de conclure: «Nous ne pouvons pas turbiner plus que ce que la nature nous donne et il faudra bien combler d’une façon ou d’une autre ce manque récurrent d’hydraulicité.»
SÉCHERESSE AGRICULTURE
«L’AGRICULTURE DOIT FAIRE SA RÉVOLUTION»
Les paysans doivent désormais compter avec le réchauffement climatique et les phénomènes qu’il provoque.
Si elles ont fait le désespoir des vacanciers, les pluies de juillet, associées à un arrosage intensif, ont sauvé la production agricole suisse. Au final, celle-ci n’a reculé que de 0,4% par rapport à 2010. Même la qualité, que l’on présumait médiocre, a été au rendezvous. Un vrai miracle. «On a gagné une bataille, pas la guerre», prévient Pierre-Yves Felley, directeur de la Chambre valaisanne d’agriculture. Car, déjà, un deuxième danger menace, plus pervers encore, puisque l’homme n’a pas d’emprise sur lui: le gel. «En cas d’absence de neige sur ces sols arides, et de chute des températures, celui-ci sévira en profondeur et grillera les racines. Alors que la terre n’était de loin pas aussi sèche lors de l’hiver 2003, la vigne avait passablement souffert de ces conditions», rappelle l’ingénieur agronome de Saxon, qui refuse de parler d’une situation exceptionnelle.
L’EAU BIENTÔT PLUS CHÈRE QUE LE PÉTROLE
Pour lui, les paysans doivent désormais compter avec le réchauffement climatique et les phénomènes extrêmes qu’il provoque. «En 1955, les médias avaient fait leurs choux gras d’une floraison des abricotiers en avril. Depuis quelques années, ils sont régulièrement en fleurs le 20 mars», constate Pierre-Yves Felley, en soulignant le danger de gel et donc de perte de récolte que cette précocité fait courir. «Face à des changements aussi profonds, l’agriculture doit trouver des parades et faire sa révolution.» Le Valaisan fait allusion aux nouvelles techniques de production, à l’exemple de la culture sans labour, qui limite l’évaporation de l’eau, et l’effeuillage restreint de la vigne, qui préserve le raisin des coups de chaleur de plus en plus fréquents. L’introduction de cultures mieux adaptées aux nouvelles conditions représente également un enjeu capital à ses yeux. «Il y a encore vingt ans, personne n’aurait eu l’idée de planter de la syrah, friande de chaleur, sur les rives parfois fraîches du Léman. Aujourd’hui, ce cépage fait la fierté du vignoble genevois. Qui sait, peut-être planterat- on bientôt des oliviers dans nos régions», devise Pierre-Yves Felley, en s’interrogeant sur le bien-fondé de la production de maïs, particulièrement gourmand en eau. Cette eau qui coûtera bientôt plus cher que le pétrole, prédisent certains économistes… C. R.