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Michel Zendali et la passion des bistrots d’autrefois
Animateur de «Tard pour bar» sur la TSR, il a grandi dans l’atmosphère inoubliable des cafés que tenaient ses parents. Depuis, son amour des vieux bistrots ne l’a plus quitté. Dès le 29 octobre, il en partagera les souvenirs et les images sur la plateforme www.notrehistoire.ch

Par Yves Lassueur - Mis en ligne le 27.10.2009

 

On ne sait pas ce que serait la vie des bistrots sans Michel Zendali, mais on sait ce que serait Michel Zendali sans la vie des bistrots. Quelqu’un de malheureux. Quelqu’un à qui il manquerait quelque chose, comme Robin des Bois sans la forêt de Sherwood, Billy the Kid sans le Far West, le capitaine Haddock sans Moulinsart.

C’est normal. Journaliste, ex-collaborateur de l’ATS, de La Liberté, du Nouveau Quotidien, de L’Hebdo, du Matin dimanche et d’Infrarouge, aujourd’hui animateur et producteur de Tard pour bar, sur la TSR, Michel Zendali est né et a grandi dans l’atmosphère magique des salles où, pour le prix d’un sirop grenadine, vous aviez le droit de vous asseoir près du zinc, en culottes courtes, et d’écouter les conversations des clients ou de surveiller les boulettes qu’ils faisaient en tapant le carton.

Maman et papa Zendali tenaient la brasserie de Verdeaux, à Renens, dans les années 50, puis, dès le début des années 60, rue de Bourg, à Lausanne, le bar mythique du Cyrano, premier rendez-vous des amateurs de rock et des blousons noirs qui venaient découvrir Elvis Presley, Gene Vincent, les Stones, les Yardbirds, les Animals sur un juke-box légendaire, le mieux pourvu en nouveautés de tout le territoire suisse à l’ouest du Rio Grande.

Sur le web

Près de cinq décennies plus tard, Michel Zendali s’apprête à faire revivre ces images d’enfance et à ranimer le souvenir des bistrots d’autrefois sur l’internet. C’est lui qui va lancer et animer le groupe d’intérêt «Les cafés de Suisse romande» sur la plate-forme web www.notrehistoire.ch

On connaît le principe de cette nouvelle plate-forme web: ouverte dès le 29 octobre, elle va permettre à chacun de créer des groupes d’intérêt portant sur mille et une facettes de l’histoire de la Suisse romande, de les alimenter avec des images tirées d’archives personnelles et d’inviter les autres à les compléter par des photos, des documents, des souvenirs, des commentaires.

Avec Michel Zendali, donc, place aux bistrots romands. Pour mettre la main sur des photos d’autrefois, il a d’abord revisité l’album de sa mère. A 80 ans, elle est aujourd’hui veuve et vit à Morges. Du temps où elle tenait le Cyrano, à Lausanne, c’était une figure de la ville. Pas dans le genre extraverti et volcanique, comme son fils Michel, mais discrète et affectueuse, d’une tolérance quasi maternelle pour les faux durs qui passaient l’après-midi à siroter un Coca en écoutant Jerry Lee Lewis ou les Kinks.

«Il arrive encore souvent qu’on me demande si j’ai de la parenté avec elle! raconte Michel. En mai dernier, pour son 80e anniversaire, j’ai passé deux petites annonces dans 24 heures pour inviter les anciens clients à venir la fêter. Il en est venu plus de cent! Les loubards de l’époque avaient les cheveux gris, ils étaient adorables, on a fait une superbe fête avec eux!»

Au temps où ces loubards du Cyrano l’impressionnaient, Michel avait une dizaine d’années – il est né en 1953. Plus tôt, quand ses parents tenaient la brasserie de Verdeaux, à Renens, ils étaient les premiers à avoir la télévision dans l’arrière-salle. «Du coup, j’étais le petit roi du quartier: le mercredi après-midi, tous les gosses voulaient venir voir la télé. Et c’est moi, un peu vache, qui choisissais: «Toi, oui, toi non…»

Vu son âge, ses parents n’aimaient pas trop qu’il vienne au café. «Mais si je voulais être avec eux, c’était la seule façon de faire. Et j’adorais ça. M’installer avec des clients, écouter leurs histoires, m’en mêler!… C’est là que j’ai façonné ma nature démonstrative et comédienne!»

Là aussi qu’il attrapé sa passion des cafés. Non pas pour l’alcool – encore qu’il ne soit pas franchement abstinent –, mais pour le lieu d’échange qu’ils sont, le centre vital et sismique de sa fraternelle exubérance. Dès la fin de l’adolescence, tout en menant ses études de lettres et de sciences po, son parcours se confond avec la carte des bistrots les plus légendaires de Lausanne. «Le Jour et Nuit, avec son petit côté Saint-Germain-des-Prés; le Major Davel, qu’on appelait le Mao; le Barbare, avec ses chevelus en parkas et vestes de mouton retourné; le Vieux-Lau, où on aimait jouer aux quilles; le café de la Barre, avec son plancher en pente, tenu par un ancien boxeur expert en cassolettes de champignons!»

«Salut Marcel!»

Les années ont passé, mais le goût du ristretto, du canon de rouge, du coup de gueule qu’on partage au bistrot est resté intact, même si Zendali y va maintenant «beaucoup moins» qu’autrefois. «Ce qui m’insupporte, c’est les cafés avec wifi où chaque client pianote maintenant sur son ordinateur portable. Ces gens ne sont plus les uns avec les autres, ils sont seuls. Juste le contraire de ce que j’aime: des gens qui sont en communauté, qu’on entend rire, parler, taper du poing sur la table.»

Alors, quand il est à Genève pour la TSR, il affectionne «ces petits restos qui sentent la France, moitié bobo, moitié popu, avec leur serveuse un peu boulotte qui accueille ses clients par des «Salut Marcel!», «Salut Jeannot!».

A Lausanne, où il habite, c’est devenu un fidèle du Simplon et du café de l’Europe, dans le quartier de la Gare. Là, il se sent comme chez lui et l’ambiance des lieux le ramène à ses souvenirs d’autrefois, quand il cultivait déjà, haut comme trois pommes, le nez à hauteur de son sirop grenadine, le glorieux statut d’habitué.

Ce sont donc des photos de l’époque, retrouvées chez sa mère et auprès d’anciens clients, qu’il publiera sur www.notrehistoire.ch, avec des légendes et commentaires de son cru. Mais ce ne sera qu’une façon d’«amorcer la pompe». Comme le veut le principe de cette nouvelle plate-forme web, ce sera au public de l’enrichir par d’autres photos, d’autres films, d’autres documents illustrant l’histoire des bistrots de Suisse romande. C’est les fumeurs qui vont être contents: ils pourront même le faire sans devoir sortir pour en griller une…

Michel Zendali consacrera aussi son émission «Tard pour bar» du 29 octobre, dès 22 h 45, au thème des archives photographiques et filmées. Il y sera question de la nouvelle plate-forme www.notrehistoire.ch, des cafés de Suisse romande et d’un nouveau film de Raymond Vouillamoz, dont la trame est inspirée par des recherches historiques.


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Tags: Michel Zendali, histoire, photos, images, souvenirs, bistrots, «Tard pour bar», TSR, www.notrehistoire.ch Aller en haut de page Haut de page

 

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