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MODE
JOHN GALLIANO OU LA CHUTE DU GÉNIE
Le renvoi par Dior de son couturier et directeur artistique marque la fin de l’ère Galliano dans la prestigieuse maison. Mais peut-être aussi celle du star-système qui sévissait dans le milieu.

Par Aurélie Jaquet - Mis en ligne le 24.03.2011

Un défilé clos sans son créateur. Un autre carrément annulé. Dans les hautes sphères de la mode internationale, on n’avait jamais vu ça. C’était la semaine dernière à Paris. Alors qu’à l’issue de son défilé prêtà-porter, vendredi passé, la maison Christian Dior faisait monter sur le podium l’équipe de ses ateliers en lieu et place de son couturier, la griffe John Galliano annonçait, quant à elle, l’annulation du show de l’enfant terrible de la mode, que les rumeurs disent parti en cure de désintoxication.

Licencié mardi 1er mars par LVMH, leader mondial du luxe, à la suite de la vidéochoc révélée par The Sun, dans laquelle on le voit tenir des propos antisémites sur une terrasse de la capitale française, le couturier britannique a donc quitté la grande maison par la toute petite porte. Lui, le styliste star de la création Dior depuis plus de quinze ans. Lui, le génial artisan du renouveau de la haute couture parisienne, que Bernard Arnault, PDG de LVMH, était venu chercher par la main en 1995 pour reprendre la direction artistique de Givenchy d’abord, puis, dès l’année suivante, de Christian Dior. Lui, le créateur qui n’a eu de cesse, saison après saison, de faire souffler sur ses collections un vent d’ouverture et d’excentricité, de tolérance et de provocation. Qu’a-t-il donc bien pu passer par la tête du couturier anglais pour en arriver, même complètement aviné, à tenir des propos aussi injurieux qu’inacceptables? «Ses défilés présentent à chaque fois un univers très généreux. Je me souviens de cette collection hommes pour sa propre griffe, qui mettait en scène différentes minorités américaines: des marines, des gays, des Hare Krishna… C’est quelqu’un qui a toujours répudié les discriminations», explique Stéphane Bonvin, spécialiste de la mode et journaliste au quotidien Le Temps. De son côté, Jean Paul Gaultier confiait à l’AFP, samedi soir, en marge de son défilé prêtà-porter, que John Galliano avait «montré dans son travail qu’il n’était pas un raciste, mais tout le contraire». Un avis que partage le créateur suisse Laurent Mercier, ancien directeur artistique de Balmain: «A mon sens, c’est quelqu’un qui ne recèle pas une once de racisme ou d’antisémitisme. C’est une personnalité très sensible et timide, qui a toujours imaginé des défilés inspirés d’ethnies et d’influences culturelles très diverses. En visionnant la scène, on se rend bien compte qu’il n’est pas dans son état normal…»

 

«Ses rapports avec Dior n’étaient plus au beau fixe...»
Laurent Mercier, ancien directeur artistique de Balmain

 

Comment, sur la base d’une vidéo diffusée sur l’internet, et avant même l’audition des témoins, une maison de l’envergure de Dior a-t-elle pu licencier, en pleine semaine de la mode parisienne, son directeur artistique? Certains prétendent que LVMH n’attendait que l’écart de trop du créateur pour pouvoir (enfin) se débarrasser de celui qui, depuis la disparition en 2007 de Steven Robinson, son bras droit, faisait montre d’un génie et d’une inventivité de moins en moins spectaculaires. «Les rapports entre la maison parisienne et Galliano n’étaient plus au beau fixe depuis quelque temps. Il ne faut pas oublier que le couturier coûtait 12 millions d’euros par année. Ça a sans doute été l’occasion rêvée pour Dior de se séparer de lui, le tout sans indemnités», estime Laurent Mercier.

RETOUR À L’ANONYMAT

C’est qu’en filigrane du scandale semble se manifester l’expression d’un changement plus général opéré dans le milieu de la création depuis quelques années. Un changement qui tendrait vers un retour à davantage d’anonymat des couturiers, après une longue décennie de starification de ces derniers, élevés au rang de people tout-puissants et intouchables, s’exhibant dans les grands raouts de la jet-set. Qui arrive désormais à distinguer Karl Lagerfeld de Chanel? Marc Jacobs de Louis Vuitton? John Galliano de Christian Dior? Non contents de signer les créations des grandes maisons, les stylistes stars ont peu à peu envahi les tapis rouges et fait la une des magazines people, ne se déplacent plus sans une horde de gardes du corps, fricotent avec les célébrités de Cannes ou de Hollywood, habillent Madonna, Michelle Obama, les oscarisés du cinéma.

LE SYMBOLE DE LA FÊTE

«Il y a une quinzaine d’années, la mode est devenue beaucoup plus marketing qu’elle ne l’était avant, et les designers ont peu à peu commencé à compter davantage que les marques pour lesquelles ils travaillaient, parce qu’ils incarnaient l’extravagance, l’extraversion et la transgression. En achetant du Galliano, on avait l’impression d’acheter une part de fête, d’excès, d’inventivité, de créativité débridée. C’est quelque chose qui, aujourd’hui, est beaucoup moins prisé», poursuit Stéphane Bonvin. En 1996, lorsque le styliste britannique est engagé comme directeur artistique chez Christian Dior, LVMH entend ainsi dépoussiérer l’image de la marque, lui redonner un coup de jeune et d’audace. Le couturier anglais, diplômé avec mention de la Saint Martins School de Londres en 1984, année où il lance également sa propre griffe, est déjà reconnu pour son talent. Sa collection Les Incroyables, résultat de son travail de diplôme final, est d’ailleurs achetée par Joan Burstein, la fondatrice des célèbres boutiques anglaises Browns. Le jeune Galliano n’a alors que 24 ans. Trois ans plus tard, il est élu styliste britannique de l’année, une récompense dont il sera le lauréat à deux autres reprises, en 1994 et en 1997.

Les premières collections de John Galliano pour Dior rompent alors avec l’atmosphère bourgeoise un peu vieillie de la maison française. Le génie du Britannique interpelle et choque parfois (on se souvient de son défilé sur le thème du clochard et de son show autour de la pornographie), mais ses créations font toujours preuve d’une technique et d’un talent hallucinants auprès des connaisseurs. «Il a un vrai savoir-faire haute couture. C’est un génie. Sa force réside dans sa réussite à allier le luxe à une énergie très underground», analyse Stéphane Bonvin. Seulement voilà, dans ce milieu-là plus que dans n’importe quel autre, les modes passent, et aujourd’hui les grandes maisons aspirent à un retour vers davantage de sobriété. «Actuellement, ce qui est plus prisé à la fois des rédacteurs de mode et des clients, c’est un luxe moins ostentatoire, où l’on achète plus de beaux habits que des habits qui donnent l’impression d’aller vers une nouvelle vie. Le créateur est en train de s’effacer peu à peu.» Un changement de paradigme dont Laurent Mercier voit les premières manifestations en 2004 déjà, lorsque Yves Saint Laurent choisit le Milanais Stefano Pilatti plutôt qu’une grande star pour la succession de Tom Ford au poste de directeur artistique: «Ce choix-là présumait de la chute de ce phénomène de starification. C’est une réaction plutôt saine, qui laisse une plus grande liberté à tout le monde.» Aux maisons de couture, surtout, qui, en optant pour des stylistes moins célèbres, s’octroient le double avantage de l’économie salariale et de la liberté de se séparer plus facilement de celui qui ne ferait plus l’affaire de la maison. Une liberté que Dior peinait à gagner, alors que John Galliano était vissé à son poste depuis plus de quinze ans… Joints par téléphone, ni la célèbre enseigne de l’avenue Montaigne ni le groupe LVMH n’ont souhaité répondre à nos questions. Et, même si de fortes rumeurs le disent en cure de désintoxication à la clinique The Meadows, en Arizona, personne ne savait vraiment où se trouvait la star. «Dans la mode, on sait qu’on a réussi quand on dérange un peu les gens», avait affirmé un jour Gabrielle Chanel. Après avoir dérangé de la plus belle des manières sur les podiums, le génie de la création a dérapé une fois de trop et peut-être signé la fin de son règne.

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Tags: Mode, John Galliano, Christian Dior, LVMH, Jean Paul Gaultier, Yves Saint Laurent, Tom Ford, défilés, haute couture, Madonna, Michelle Obama Aller en haut de page Haut de page

 

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vvXQsZSyZOOIQkVCV, le 26.06.2011 à 18:08

ndLgjy , [url=http://zgoafxugnpei.com/]zgoafxugnpei[/url], [link=http://vvhbpfrqftdb.com/]vvhbpfrqftdb[/link], http://vtqpygadetnf.com/

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JOHN GALLIANO: «I LOVE HITLER»

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