La Genevoise Licia Chery est la première artiste suisse financée par les producteurs-internautes du label communautaire My Major Company. Le public suivra-t-il?
Par
Laurent Favre - Mis en ligne le 19.04.2010
Le rêve des jeunes artistes d’aujourd’hui n’est plus de faire la Star Ac’ mais de percer à travers le site My Major Company (MMC), qui offre à des inconnus talentueux la chance de se faire financer par des internautes. Ce fut le cas de Grégoire, premier artiste produit par ce label communautaire, et cinquième vendeur de disques en France en 2009 avec 716 000 exemplaires de Toi + moi.
Depuis Grégoire, 22 artistes ont recueilli sur l’internet l’argent nécessaire pour être lancés dans le business. La dernière en date est une jeune songwriter genevoise d’origine haïtienne, Licia Chery. «Je me suis inscrite le 21 décembre vers 13 heures, se souvient cette amoureuse de soul, de jazz et de blues. A 18 heures, il y avait déjà 600 euros. Le jour de Noël, j’ai reçu 1000 euros.» Forte de ces premiers soutiens, Licia accède aux pages les plus visitées du site. Les éventuels producteurs la questionnent. «C’est bien, mais j’attends quelque chose de plus entraînant pour miser.»
Elle ajoute une chanson supplémentaire, propose un clip, répond à chacun, sauf à celui qui la demande en mariage. «Il faut faire un peu attention, savoir garder une distance, car certains imaginent que vous leur appartenez ou que vous êtes désormais amis. Mais j’ai beaucoup apprécié d’avoir enfin un regard froid et neutre sur ma musique. » Semaine après semaine, sa petite cagnotte continue de se remplir, sans qu’elle sache pourquoi. «Je m’étais déjà inscrite sur MySpace et ça n’avait pas décollé…»
En moins de cent jours, Licia Chery obtient les 100 000 euros. Mieux
que Grégoire! Elle reçoit un petit mail de félicitations des fondateurs
de MMC (parmi lesquels le fils de Jean-Jacques Goldman) et quelques
statistiques sur ses producteurs. Ils sont 987, très majoritairement des
hommes, et viennent d’un peu toute la France. «Je prends ça comme un
encouragement. Je me dis que ma musique plaît et qu’il y a peut-être
quelque chose à faire.»
Licia montera fin mars à Paris. Au programme: deux mois de cours de
chant avant d’enregistrer un album avec des musiciens chevronnés. Le
disque sera ensuite distribué et promu dans des conditions dignes des
grandes maisons de disques.
Le succès de Grégoire fait rêver beaucoup d’artistes. Ils sont 7000
inscrits sur MMC. «Il n’y en avait que 3000 lorsque je me suis inscrite
en décembre», constate Licia. Mais il y a dix fois plus de producteurs
inscrits que d’artistes! Des gens qui viennent pour le plaisir, pour le
jeu ou pour investir. Ils misent sur Licia Chery.
VISIONNEZ LE CLIP DE LICIA CHERY - MENTAL DISEASE (3'46'')
TOUS ÉGAUX?
My Major Company, c’est les moyens d’un grand label sans les inconvénients. L’artiste garde la mainmise artistique sur le projet et reçoit un pourcentage (20%) sur les ventes plutôt favorable pour un jeune. Les producteurs peuvent espérer gagner jusqu’à vingt fois leur mise, plafonnée à 1500 francs.
Derrière l’aventure de copains, il y a aujourd’hui de grands noms du business du spectacle comme Warner ou Stéphane Courbit. Offrent-ils réellement les mêmes chances à chacun? Trois artistes ont sorti un disque avec MMC depuis Grégoire, mais seule Joyce Jonathan a bénéficié d’une visibilité médiatique importante.
www.mymajorcompany.com