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Le «Guide des médicaments utiles, inutiles et dangereux», best-seller déjà vendu à près de 200000 exemplaires, accuse l’industrie pharmaceutique d’avoir transformé les médicaments en produits de consommation ordinaires.
Dossier

597 médicaments devenus inutiles ou dangereux

14 mars 2017

Coauteur du Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, le professeur Philippe Even accuse les pharmas d’inventer plus de maladies que de molécules efficaces depuis vingt ans. Il dénonce un système qui banalise les médicaments.

Citant les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les professeurs Bernard Debré et Philippe Even indiquent que le nombre de molécules réellement indispensables ne dépasse pas 350. Selon leur inventaire, ces molécules dites «mères» ont donné naissance à pas moins de 2800 substances actives différentes (des copies des molécules mères en réalité), et plus de 5000 médicaments (5300 en Suisse) correspondant à près de 12 000 formes galéniques (orales, injectables, nasales, cutanées, rectales, etc.). Un marché qui pèse 6 milliards de francs par année dans notre pays, lequel n’échappe pas à cette folle surenchère. Début décembre, l’émission de la RTS A bon entendeur (ABE) a diffusé une enquête réalisée à partir d’une étude belge ayant passé à la moulinette tous les médicaments vendus dans le Plat Pays, pour en cerner l’efficacité et la dangerosité. Résultat, 1194 médicaments, dont 597 sont également vendus chez nous, ont été déclarés inutiles ou dangereux. Précisément, 74% ont une utilité limitée, 22% une utilité contestable et 4% sont à déconseiller. Au terme d’un travail titanesque, ABE a répertorié les médicaments incriminés sur une liste interactive que voici (veuillez afficher le tableau en mode plein écran (bouton en bas de celui-ci, à dr.) pour pouvoir le lire convenablement):

 

«Il est temps de donner un grand coup de balai dans la pharmacopée»

Philippe Even, pneumologue, et son collègue Bernard Debré, urologue, ont classé le niveau d’efficacité des médicaments sur la base d’une évaluation exhaustive de 10 000 références de la littérature anglo-saxonne de 1995 à 2016. Extraits.

Rhumes

Infections encore de saison contre lesquelles il existe des centaines de médicaments dont la plupart sont en vente libre. Selon Philippe Even, ils n’ont aucune efficacité prouvée. Au contraire, ceux contenant de la pseudoéphédrine ou des antihistaminiques (un sur deux) exposent à un risque de troubles cardiovasculaires parfois graves. Même constat d’échec pour les antitussifs, les mucolytiques censés fluidifier les sécrétions bronchiques. Les médicaments contre les congestions nasales (sprays) peuvent être utiles. «Seule la cortisone a une très réelle efficacité, mais elle est à prendre sous strict contrôle médical et moins de cinq jours.»

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Philippe Even, 85 ans, pose dans son bureau du XVIIIe arrondissement de Paris, devant une étagère contenant une infime partie des études et dossiers passés au crible durant plusieurs années. Photo: Manuel Braun

Vaccin contre la grippe

Selon les virus, qui changent tous les ans, ils sont actifs une fois sur deux pour réduire les symptômes et sont surtout indiqués avant 10 ans et après 70.

Diabète

Seuls l’insuline, la metformine et les sulfamides sont actifs. Les nouveaux antidiabétiques oraux sont peu actifs et dangereux.

Maladie d’Alzheimer

Pour MM. Even et Debré et l’Agence française des médicaments, les médicaments contre la maladie d’Alzheimer disponibles actuellement n’ont aucune efficacité pour ralentir ou stabiliser l’évolution du mal. Sur la base de ce constat, ils estiment que les effets secondaires qu’ils induisent justifient leur mise à l’écart.

Allergies

Antihistaminiques et cortisone sont actifs. La désensibilisation n’a aucun effet démontré.

Cholestérol

Le combat de Philippe Even contre le traitement systématique aux statines alimente la polémique depuis des années (voir notre annonce ci-dessous). A l’inverse d’une majorité de ses confrères, le médiatique pneumologue affirme que les statines ne servent à rien, excepté dans les cas d’hypercholestérolémie familiale. «Et encore, pour obtenir un résultat satisfaisant, il faudrait traiter les enfants, qui en héritent dès la naissance.»

Hypertension artérielle

«D’abord, ne traiter que les hypertensions égales ou supérieures à 160. En dessous, les traitements comportent plus de risques que d’avantages.» Traiter par deux médicaments au maximum (toujours un diurétique et éventuellement un inhibiteur calcique ou un Pril ou un Sartan – tous se valent).

Dépression

Trop de traitements incontrôlés ou mal contrôlés avec un risque rare, mais dramatique, de suicide ou de meurtre, accru par les médicaments. Les grandes dépressions justifient les antidépresseurs dits tricycliques (clomipramine, duloxétine) ou les antidépresseurs dits ISRS (Fluoxétine et analogues) et éventuellement des neuroleptiques dits «atypiques» (rispéridone, olanzapine, quiétapine) mais sous contrôle psychiatrique très strict et pour des durées limitées. Les autres dépressions ne justifient que les ISRS (stimulants) sous contrôle médical continu (risque de suicide), éventuellement associés à des benzodiazépines calmantes et surtout une prise en charge psychologique personnalisée et attentive.

Découvrez ci-dessous l'enquête diffusée début décembre dernier par A bon entendeur (ABE) sur la RTS:

A noter que L'illustré n°11, actuellement disponible en kiosque, publie cette semaine un dossier complet sur ce sujet