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Le chanteur lausannois Alejandro Reyes sort un premier album réussi.
Pop suisse

Alejandro Reyes à la conquête de la Suisse

15 mars 2016

Un Reyes qui chante et qui joue de la guitare, ça ne peut être qu’un Gipsy King. Erreur. Certes, celui-ci est aussi un chanteur et il porte un nom très répandu chez les gitans, mais Alejandro Reyes est Lausannois, “100% Chilien” comme il le dit lui-même, et bien plus séduisant que les interprètes de Djobi Djoba. Cela ne s’entend pas, mais ce jeune homme de 23 ans est né avec un handicap physique qui aurait pu l’empêcher de jouer de la guitare. Sans main gauche, il en joue cependant avec talent fou et son premier disque, éponyme, sorti vendredi, est aussi efficace que plaisant. Sa gueule d’amour et sa voix chaude vont faire des ravages parmi les jeunes femmes. On est prêt à le parier.

Né au Chili, Alejandro est arrivé à Lausanne à l’âge de 9 ans. Une preuve de plus qu’avec les migrants voyage aussi le talent. Un père décorateur d’intérieur, une mère secrétaire qui a choisi de s’occuper des cinq enfants de la famille. Alejandro, le musicien, est l’avant-dernier. “Je suis le seul clodo”, plaisante-t-il. Ses parents ont encouragé sa vocation.

Alejandro est né avec le bras gauche atrophié. Un sale coup du destin. Il a fait avec, mais faire accepter sa différence n’a pas dû être toujours simple, notamment dans la cour de l’école où il a connu l’actuelle Miss Suisse Laetitia Guarino. “J’ai appris à être droitier”, confie-t-il en souriant à propos de ce handicap “qui impressionne les gamins” et sur lequel il ne s’apesantit pas.

Alejandro Reyes a des ressources morales hors du commun et une volonté peu commune. Quand il se fixe un but, il met tout en oeuvre pour y parvenir. Ainsi sur son skateboard est-il stupéfiant d’aisance, au point d’avoir conquis plusieurs sponsors, ce qui n’est de loin pas le cas de tout le monde. Le skate, c’est sa spécialité.

La musique est davantage son jardin secret. Artiste dans l’âme, il n’a pas choisi la facilité en misant sur la guitare sèche pour s’accompagner.

“On m’a offert une guitare quand j’avais 18 ans, raconte-t-il. Jamais je n’avais songé à jouer d’un instrument auparavant, mais je me suis tordu la cheville en skate, ce qui m’a immobilisé pendant 7 mois, et pendant cette période un pote m’a filé sa guitare.” Il a relevé le défi. “Les gens s’imaginent que je me contente de faire des rythmiques, mais non, j’ai fait l’effort d’apprendre à jouer, parce que j’aime la musique, poursuit-il. Quand je n’arrivais pas à faire un truc, je ne lâchais pas l’affaire. Ma maman, qui m’a vu bosser, insister et insister encore, peut en témoigner!”

Ses influences sont multiples, allant du blues à la soul en passant par la country. “J’adore Elvis, avoue-t-il, mais aussi Stevie Wonder, Etta James ou encore Amy Winehouse parmi les choses plus récentes.” D’aucuns le comparent déjà à Ed Sheeran, ce qui lui fait plaisir, néanmoins le jeune Lausannois avoue préférer faire de la musique qu’en écouter.

Son premier album, intitulé sobrement Alejandro Reyes, c’est sa carte de visite. On le sent impatient de le présenter sur scène.

Ce premier disque est très formaté radio, mais il est diablement efficace et contient plusieurs tubes en puissance, enregistrés en anglais, comme Something in the Air et Dance with me qui ouvrent l’album. Pour les respirations, il y a des ballades, telleLit the Fire, que les filles adoreront, ou encore Princess, une tuerie pour coeurs solitaires. Dix titres au total, ce qui n’est pas énorme, dont un petit bijou d’originalité intitulé I’m coming up. L’album ne comprend qu’un seul titre en espagnol (No es facil), ce qui est dommage. Non qu’Alejandro Reyes chante moins bien en anglais, mais dans sa langue maternelle, sa voix offre une coloration plus singulière.

En anglais, on pourrait facilement le confondre avec Jason Mraz ou Ed Sheeran. Il en convient, d'ailleurs ce sont des artistes qu'il aime bien. Lui-même aurait souhaité enregistrer quinze chansons, dont quatre en espagnol, mais sa maison de disques a fait un autre choix. Il l’a accepté, mais sur scène, c'est promis, il se montrera plus généreux.

L’anglais le pousse parfois à devoir mieux s’expliquer, comme à propos de cette strophe tirée de Nobody Else, une ballade sentimentale dédiée à un ancien amour: “Love is pain and pain is love.” Le tombeur lausannois serait-il un amant violent? L’idée-même le fait bondir. “Quelqu’un m’a dit que c’était un peu sado, renchérit-il. Bien sûr que non! Cette chanson, je l’ai écrite pour une fille. On s’aimait, mais il a fallu qu’on se quitte. Problèmes de famille, de religion. Pas le choix. Cette rupture nous a fait mal à tous les deux. Voilà pourquoi je dis que cette douleur, l’absence, était aussi de l’amour.”

Un autre titre, If you ever find love, fait directement référence à son propre parcours. “Joue ta carte à fond, ne laisse pas passer ta chance, saisis-la pour n’avoir aucun regret” chante Alejandro en anglais, de bon conseil.

Alejandro Reyes parle souvent d’amour dans son album. Serait-il amoureux? Il jure que non, mais confie avoir écrit certaines chansons pour des personnes bien précises: “No es facil, je l’ai écrite il y a trois ans pour ma première copine.” Avec ce visage de latin lover et cette voix-là, on se dit qu’Alejandro Reyes doit être devenu un sacré tombeur, mais une fois encore, il dément: “Je n’ai guère de chance en amour. La vérité, c’est que je donne trop et que ça m’use beaucoup.” Du coup, il est célibataire. C’est toujours bon à savoir...