Jean-Blaise Besençon
La journaliste et ancienne militante Annik Mahaim.
Tête-à-tête

Annik Mahaim se souvient des années 70

16 mars 2016

Chaque semaine, «L’illustré» rencontre une personnalité au coeur de l’actualité culturelle romande. Aujourd’hui, la journaliste Annik Mahaim revient sur sa jeunesse hippie et engagée au sein de la Ligue marxiste et du MLF.

En couverture de son livre: la cathédrale de Lausanne, «parce que tout s’est passé autour, mes années de gymnase, l’université, le café du Barbare dans lequel on se lisait à voix haute nos premiers poèmes, et puis la grande banderole «Non à la guerre du Vietnam» que des camarades avaient déployée entre ses deux tours».

Jeune retraitée de la Radio romande, Annik Mahaim se souvient des années 70 durant lesquelles elle a «milité très fort, comme une allumée» au sein de ce qui s’appelait alors la Ligue marxiste révolutionnaire. Au milieu du livre, elle raconte comment, en 1971, elle était allée, en 2CV, célébrer à Paris le 100e anniversaire de la Commune et comment, au cimetière du Père-Lachaise, ses larmes d’émotion l’avaient empêchée de chanter Le chant des partisans. En réécoutant la chanson quarante ans plus tard, les mêmes larmes lui sont revenues et elle se demande, page 77, si c’est le fait «de la nostalgie de ma jeunesse envolée, du temps où je croyais le changement possible».

Divisé en une septantaine de courts chapitres, Radieuse matinée raconte la jeunesse – «c’est très émotionnel» – d’une femme grandie à Pully, «pas vraiment une banlieue défavorisée», dans une famille de médecins. «Papa était cardiologue, comme mon grand-père, ma grand-mère, mon arrière-grand-père aussi.» A propos de ses premières réunions avec les militants trotskistes, elle écrit: «C’est comme si j’avais vécu jusque-là près d’un port, dans une demeure tranquille [...] Et me retrouvais sur le pont vibrant d’un navire, face au large, en plein vent.»

Son engagement la conduira aussi jusqu’au premier local lausannois du Mouvement de libération des femmes. Les jeunes lectrices d’aujourd’hui apprécieront le chemin parcouru et les pas qu’il reste à faire. Et puis est venu le temps des désillusions. Les dérives de la Révolution culturelle en Chine, la dictature rouge au Vietnam, l’assassinat du président Allende au Chili (magnifiques pages du livre). «Avec l’arrivée des années 80, c’est soudain devenu ridicule d’avoir été baba.» Et les jeunes de Mai 68 accusés par certains d’être responsables des incivilités d’aujourd’hui... De l’Art Ensemble of Chicago à Colette Magny, la BO du livre est essentielle; les livres qu’elle a toujours dévorés, autant de références.

Annik Mahaim, licenciée en histoire, devenue journaliste à la rédaction de L’illustré, a depuis publié une dizaine de livres («j’ai toujours écrit»), anime désormais des ateliers d’écriture, et garde des années 70 le souvenir d’une période «pleine d’inventivité, d’espoir, d’insolence et de gaieté. Fallait-il vraiment enterrer tout ça?» Elle n’a pas renoncé. Un livre de nouvelles, Pas de souci!, publié l’année dernière, raconte avec tranchant et humour les dérives actuelles du monde du travail.

Et pour le grand soir? «Grâce à l’écriture, je vis à moitié dans un monde parallèle.»

 

"Radieuse matinée", Editions de l’Aire.

"Pas de souci!", Ed. Plaisir de Lire.

www.annikmahaim.ch