Schweizer Illustrierte
Le chanteur alémanique Damian Lynn espère conquérir le coeur des Romand(e)s.
Pop suisse

Damian Lynn veut séduire les Romands

15 mars 2016

Si l'on en croit sa maison de disques, le Lucernois Damian Lynn, 24 ans, devrait rapidement conquérir le pays. Le jeune homme ne manque pas de talent et son premier album, intitulé Count to Ten, qui comprend treize chanson dont une majorité de balades et de chansons intimistes, révèle un vrai talent d'auteur-compositeur. Le sympathique Damian serait une sorte de réponse alémanique au Vaudois Bastian Baker. Les Alémaniques ont beau reconnaître du talent au Romand, ils ont du mal à digérer qu'en dépit de leur nombre, ils n'aient pu dénicher une telle perle chez eux, outre-Sarine...

Nos voisins alémaniques misent gros sur le Lucernois Damian Lynn, premier challenger digne de ce nom de notre Bastian Baker. Ont-ils eu raison? Trop tôt pour le dire. Les deux artistes se connaissent et s'apprécient. Damian Lynn s'empresse d'ailleurs de balayer nos arguments: «Je n'ai pas la gueule de Bastian Baker, reconnaît d'emblée le Lucernois, mais en matière de compositions, je pense avoir un peu plus de groove que lui. Savoir jouer tout seul est un don du ciel.»

Damian Lynn n'a aucune envie d'entrer dans une sorte de combat avec Bastian Baker. Ce qu'il voudrait surtout, c'est convaincre le public suisse romand que son album mérite toute notre attention. Il la joue plutôt modeste et, disons-le tout net, ça plaide en sa faveur.

A l'écoute (attentive) de Count to Ten, notre sentiment a d'abord été franchement mitigé, mais en toute objectivité, on peut admettre qu'un journaliste largement quadragénaire ne corresponde pas exactement au public-cible de l'artiste lucernois, qui serait plutôt ado et post-ado et surtout féminin. Comme pour notre song-writer vaudois à la gueule d'amour, les filles ressentent quelque chose pour le Lucernois qui a un certain talent pour faire passer de l'émotion dans sa voix, fragile et légèrement éraillée. Plus de la moitié des chansons du premier disque de Damian Lynn sont des déclarations, empreintes de tendresse. Un mec qui sait faire vibrer la corde romantique a de vraies chances de séduire le jeune public féminin. C'est précisément l'un des atouts du Lucernois.

Fils d'un inspecteur des impôts et d'une enseignante, deuxième de trois enfants, Damian Lynn chante en anglais, comme Bastian Baker. Pour lui, s'exprimer dans sa langue maternelle, c'est-à-dire le dialecte, exige un sacré talent que seuls de rares artistes possèdent selon lui - il cite le chanteur du groupe Patent Ochsner tout en s'excluant du nombre.

L'anglais est pratique, surtout dans son registre de prédilection, à savoir celui des balades. Curieusement, en écoutant son disque, on avoue avoir été davantage séduits par les titres plus dansants, comme le single Two Fences qui ouvre l'album, Go!,Between the Lines et Feel Good Time qui ferme l'album. Quatre titres inventifs et audacieux, sautillants aussi. On y sent l'influence de Kelis, de Justin Timberlake aussi, sans la façon d'appréhender le rythme, de le corrompre aussi. C'est étonnant et franchement réussi.

Les balades? Oui, il y en a beaucoup. Trop à notre goût. On a l'impression d'avoir déjà entendu mille fois des titres commeMemories, Count to Ten ou encore Bull's Eyes. Ce n'est pas que ce soit mauvais, mais c'est de la gelée de coin, ça dégouline. Trop d'effets chatoyants. Les gamines adorent, mais en toute objectivité, c'est ultraformaté. Damian Lynn minaude et l'ensemble apparaît surproduit. Trop de tout. On pense en particulier aux violoncelles qui, si ils sont efficaces la première fois, deviennent à la longue insupportables.

Le jeune Lucernois encaisse la critique, digne. «C'est possible en effet que certains morceaux soient surproduits, explique-t-il. C'est parfois le défaut d'un premier album. Un violoncelliste vient au studio, il joue un truc, c'est épatant et ensuite, on se laisse prendre au jeu...»

Il a raison Damian et il est honnête. C'est assez rare pour être relevé. Il observe que les morceaux qui nous ont séduits ont été réalisés avec une loop machine. Sans se démonter, il tient cependant à nous convaincre qu'avec sa seule guitare, il est capable de nous émouvoir. Chiche! A notre demande, il entame Winter, la balade qu'il préfère, lui, et que nous n'avons pu entendre parce qu'elle a sauté lors du transfert du fichier de l'album – les joies de l'informatique!

Là, seul avec sa gratte, avec un unique journaliste pour tout public, Damian Lynn ne se démonte pas. Il se casse la voix et chante avec ses tripes. D'un seul coup, celui auquel nous reprochions de faire le grand écart entre l'auteur de balades vanté par son label et le musicien volontiers funky qui nous avait davantage étonnés à l'écoute, révèle un talent rare d'interprète, nous collant la chair de poule. Le jeune Lucernois a donc ces différentes facettes en lui. Il n'y a rien d'artificiel dans le choix des chansons de son premier album. Il nous fait remarquer qu'un premier disque se caractérise souvent par un éclectisme résultant du mélange d'anciennes compositions et de titres plus récents. Il a raison.

Au fond, nous l'avions mal jugé, Damian Lynn. Il n'est en rien une réponse artificielle à Bastian Baker. Il exprime une sensibilité qui, parfois, nous renvoie à son compère vaudois, mais son talent ne souffre aucune discussion. Si vous êtes une femme, vous aurez plus de facilité à vous laisser embarquer, parce que c'est à vous que ce jeune artiste s'adresse en priorité…

Nous avons fait nos excuses, promettant à Damian Lynn d'être dans la salle le jour où il viendra défendre son album sur scène. Il sera par exemple à l'affiche du prochain Gurten Festival, à Berne, le jeudi 16 juillet, là où il avait livré une prestation des plus convaincantes lors de son premier passage, en 2013. Une belle occasion d'aller le découvrir.