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Portrait

Emma Gonzalez, nouveau visage de l'Amérique contestataire

29 mars 2018

Figure de proue du mouvement anti-armes, Emma Gonzalez enchaîne les interventions avec culot et charisme. Retour sur le parcours de l'adolescente qui défie Donald Trump.

«Mon nom est Emma Gonzalez. Je suis Cubaine et bisexuelle. Je suis tellement indécise que je ne peux pas choisir de couleur préférée et je suis allergique à 12 choses différentes. Je dessine, peins, fais du crochet, couds, brode et fais n'importe quoi d’autre de productif avec mes mains lorsque je regarde Netflix». Et, quand elle ne regarde pas Netflix, Emma Gonzalez défie aussi la National Rifle Association, le lobby numéro un des armes à feu aux Etats-Unis. A 18 ans, cette étudiante en dernière année du Lycée Marjory Stoneman Douglas à Parkland en Floride crie son ras-le-bol. Samedi dernier, à son initiative, des millions de personnes ont envahi les rues des grandes villes américaines pour la «March for our lives» (Marche pour nos vies), qui est devenu le plus grand rassemblement étudiant de l’histoire américaine. La jeune femme cumule aujourd’hui près d’un million et demi de followers sur Twitter soit un million de plus que la NRA.

 

 

C’était il y a un peu plus d’un mois en arrière. Le 14 février 2018, Emma Gonzalez, vend des cartes de vœux pour la Saint Valentin dans son Lycée de Parkland. Soudain, alors qu’elle est dans l’amphithéâtre, l’alarme incendie résonne. Nikolas Cruz, 19 ans, ancien élève du lycée fait irruption avec une arme à feu semi-automatique de type AR-15, acquise légalement. La fusillade dure six minutes. Il abat 17 personnes et en blesse plus d’une quinzaine. L’Amérique est de nouveau meurtrie par une fusillade de masse dans le milieu scolaire. Emma Gonzalez, retranchée avec une douzaine de personnes dans l’amphithéâtre pendant près de deux heures, sera finalement évacuée par la police.

La jeune femme refuse d’en rester là. Avec d’autres étudiants, elle fonde le mouvement Never Again MSD, qui sera rejoint par des milliers d’autres étudiants à travers le pays. Le but ? Faire évoluer la loi sur les armes à feu aux Etats-Unis. Le 17 février dernier, son discours de onze minutes accablant la Donald Trump et la NRA à Fort Lauderdale est diffusé en direct sur CNN.

«Si le président vient me voir en me disant que c’était une terrible tragédie, que cela n’aurait jamais dû arriver et qu’il maintient qu’on ne peut rien faire pour cela, je lui demanderai combien d’argent a-t-il reçu de la National Rifle Association. Vous voulez savoir quelque chose? Je le sais déjà, il a reçu 30 millions de dollars. Divisé par le nombre de victimes dans les fusillades aux Etats-Unis dans les premiers mois de l’année 2018, cela fait 5800 dollars par personne. Est-ce ce que vaut une vie pour toi, Trump ?».

Fille d’une professeure de mathématique et d’un avocat d’origine cubaine, Emma Gonzalez ne recule devant rien et enchaîne les interventions avec un aplomb démentiel et un charisme sans précédent pour faire entendre les revendications étudiantes sur les armes à feu. Les quatre syllabes de «We call B.S» (c’est des conneries) dont elle ponctue ses discours sont reprises partout.

 

En Floride, trois semaines suffisent à faire bouger les choses. Le Sunshine State (surnommé le Gunshine state car il a délivré près de deux millions de permis de port d’arme à lui seul) craque devant la mobilisation et renforce sa législation sur les armes à feu. Le gouverneur signe la loi Marjory Stoneman Douglas High School, qui interdit à toute personne de moins de 21 ans d’acquérir une arme, demande un délai de trois jours pour l’achat d’une arme à feu mais autorise aussi que certains employés d’un établissement scolaire soient armés, un dernier amendement soutenu par Donald Trump et jugé «stupide» par Emma Gonzalez.

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A l'initiative des étudiants du lycée endeuillé de Parkland, plus de 800 événements ont pris place aux Etats-Unis et dans le monde samedi 24 mars. Photo: Lindsey Wasson/Getty Images

Samedi dernier, c’est une déferlante qui s’est abattue sur les rues américaines pour manifester pour une régulation digne de ce nom des armes à feu aux États-Unis. Emma Gonzalez, présente à Washington, nomme les victimes de son lycée et observe un silence de six minutes et vingt secondes, durée de la fusillade, fixant la foule du regard. «Marchez pour vos vies avant que ce soit le boulot de quelqu’un d’autre !», conclue-t-elle.