Noir c'est noir

Les mille vies de Johnny

06 décembre 2017

Accident domestique, sorties de route, tentative de suicide, infection et coma, le chanteur a frôlé la mort plus d’une fois. Tel un phénix, il est toujours revenu à la vie. A tel point que ses amis le croyaient indestructible.

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Johnny a joué avec la mort toute sa vie. Le 6 juin 1944, à 1 an, il se brûla la bouche avec des cristaux de soude caustique. L’accident domestique eut pour conséquence de le faire zézayer. Il réchappa d’une morsure de vipère et frôla la catastrophe en tombant d’une voiture en marche, évitant de justesse de se faire écraser par les véhicules venant à contresens, il avait réussi à s’accrocher à la portière.

On pourrait consacrer un livre entier à Johnny et ses accidents de voiture. Le photographe Jean-Marie Périer se souvient d’une sortie de route: «En août 1967, on avait roulé en Lamborghini Miura, un cercueil allongé qui monte à 280 km/h.» Sur une flaque d’huile, la voiture partit s’enrouler autour d’un arbre. Johnny: «Sors de là, on va sauter.» Périer avait percuté le pare-brise. Johnny sort, se lève, marche et s’effondre. Périer: «C’était James Dean, il vivait sa mort. Il était en train de mourir.» Autour, c’est l’attroupement. Johnny ouvre un œil et ajoute: «J’ai rien.» Périer: «Ce jour-là, j’ai compris que ce mec était complètement indestructible!»

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Deux ans auparavant, la Triumph TR3 du rocker avait fini dans un fossé entre Boulogne-sur-Mer et Lille. Ejecté de la voiture, il perdit connaissance et fut blessé au visage. Puis, sur l’autoroute de Modène, sa Ferrari gris métallisé dérapa sur une plaque de verglas et s’écrasa contre un camion.

Le 10 septembre 1966, alors que Sylvie demandait le divorce et que le fisc lui réclamait – déjà – un lourd arriéré d’impôts, Johnny, jeune papa de David, s’enferma dans la salle de bains. Il avala des barbituriques et se taillada le poignet droit. Ticky Holgado, son secrétaire, et Gilles Paquet, son attaché de presse, le découvrirent in extremis. Son médecin personnel le fit évacuer par le coffre d’une voiture. Hallyday partit en cure de repos trois semaines en Suisse.

Hallyday froissa encore de la tôle en 1970, cette fois au volant d’une DS 21. Sylvie Vartan était assise à son côté. Le couple se dirigeait vers Besançon sous la grêle. Entre Mulhouse et Belfort, la DS dérapa sur une plaque de verglas et termina sa route dans le fossé. Sylvie fut projetée à travers le pare-brise, grièvement blessée. Rapatriée d’urgence dans la capitale, elle fut opérée deux fois à New York où elle passa quatre mois.

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Un soir à Gstaad, Johnny me confia être «né sous une bonne étoile». Il faillit aussi mourir en avion. Claude Bouillon, son ami et associé, patron du restaurant Le Balzac jusqu’en février 2009, rappelait la même année que tant qu’il était avec Hallyday, il ne risquait rien. Un jour, il a volé avec lui dans un avion avec les deux réacteurs en feu. «Bouillon exagère un peu, rectifia Johnny. Il n’y en avait qu’un seul en feu.» Il ajouta: «J’ai failli mourir plusieurs fois en vol. Lors de mon tout premier voyage aux USA, je devais partir à Nashville depuis New York où j’avais travaillé avec Quincy Jones. Je suis arrivé trop tard, l’avion était déjà sur le point de décoller en bout de piste. On a entendu une explosion. Boum! Il n’y a eu aucun survivant.»

Johnny abusa de l’alcool. Et la drogue? «J’ai tout essayé. Dans les années 70, ça circulait librement. Mais je n’ai jamais été accro. Je suis plus fort que ça. Je ne suis accro à rien ou alors à mon métier. La scène apporte du rêve, la drogue du désespoir. C’est de la merde!»

En 2009, il dut la vie sauve à Laeticia. Si elle ne l’avait pas conduit elle-même à l’hôpital, Johnny serait mort après avoir pris l’avion à Paris pour Los Angeles. Il venait de se faire opérer d’une hernie discale. La cicatrice commençait à suinter et elle s’infecta. Sa femme prit le volant et fonça au centre médical Cedars-Sinai. Johnny à l’arrière hurlait de douleur. Laeticia choisit le médecin et prit seule la décision de le faire opérer.

Le chanteur fut placé dans le coma. Il appela son père toute la nuit. Lors de cette plongée inconsciente, il a «revu» ses amis disparus: Carlos, Ticky Holgado et bien d’autres. Tous lui demandaient de les rejoindre. Il évoquera cette étrange expérience à Paris: «Ils étaient sur une petite île. Je voyais leurs visages qui s’éloignaient de plus en plus. Puis je rejoignis les vivants.» Autour de lui, Line Renaud, Aznavour et Laeticia veillaient.

La vie après la vie? «Je n’y crois pas, me dit-il. On n’est que de passage sur terre.» Il ajouta: «J’ai pas envie d’aller faire le voyage pour vous dire s’il y a une vie ou pas. On verra! J’y crois pas trop… (Il rumina.) Allez savoir. (Il hésita.) Je me trompe peut-être. (Silence.) J’espère…»

Johnny craignait la grande Faucheuse. «Quand on a peur de la mort, on y pense avec obsession. Bien sûr, cela nous arrivera à tous. Quand on l’a vue d’aussi près que moi, on est tellement heureux de revoir le soleil, la pluie, la journée s’annoncer, qu’on n’y pense plus. Ou plus comme avant. J’ai tellement d’amis qui sont partis… Quand on est obsédé par la mort, on ne profite pas de la vie. Je l’ai compris. C’est ridicule!