Camille Pagella
Portrait

Marc Oosterhoff, «le danseur-mécano»

11 avril 2018

À 27 ans, l’Yverdonois détonne dans le paysage artistique romand. Acrobatie, parkour et kung-fu, il gambade avec agilité d’une discipline à l’autre. Rencontre.

Un shot de whisky dans une main, un couteau dans l’autre, le jeune chorégraphe Marc Oosterhoff se plaît à jouer avec les nerfs du public. Sauts périlleux sous l’emprise de l’alcool, slalom entre des pièges à souris, il ose prendre des risques. Inspiré par le nouveau cirque français, qui transforme le traditionnel exploit physique en performance multidisciplinaire, le performeur s’amuse à visiter l’art vivant et ses nouvelles formes d’expression. «Je ne suis pas un circassien, ni un pur danseur. Je fais partie des hybrides», commence-t-il.

capture_decran_2018-04-11_a_10.04.22.png
© Camille Pagella

Après le succès de sa première création haletante «Take care about yourself», présentée aux Quarts d’Heure de Sévelin en 2016 - une plateforme pour jeunes chorégraphes suisses organisée par Philippe Saire à Lausanne – et sélectionnée pour la tournée nationale Tanzfaktor 2018, l’artiste prépare un nouveau solo à découvrir le 2 mai dans sa ville natale, Yverdon et son Théâtre Benno Besson. Une pièce qu’il a baptisée «Vis» et qui scelle danse contemporaine et mécanique. «Je compte faire des étincelles et du bruit avec mes outils. Il y a une incroyable esthétique derrière le bricolage», affirme ce fan de rafistolage, qui imagine déjà une pluie de sciure sur scène.

capture_decran_2018-04-11_a_10.05.12.png
© Camille Pagella

De l’atelier de bricolage à la scène

Avec son frère, il répare depuis plusieurs années des vieilles voitures dans le garage familial. Une passion qu’il a d’ailleurs tatouée sur son corps: il porte une vis sur un bras et une règle de 50 centimètres sur l’autre, une unité-mesure ambulante, sourit-il. «On commence les travaux de la ferme de notre grand-père à Payerne pour y bâtir un lieu mixte, entre espace artistique et stand d’objets à retaper», explique le jeune homme.

capture_decran_2018-04-11_a_10.04.47.png
© Camille Pagella

Sa dernière production puise donc naturellement dans l’atmosphère des ateliers de bricolage dont il raffole. Casque de soudeur, vieux pots d’échappement, ponçeuse qui virevolte toute seule, des lumières faites de phares et de néons, la plupart des éléments scénographiques proviennent de matériaux de récupération. «J’avais envie de créer avec des choses simples, que tu vois partout», explique le metteur en scène, qui a déjà utilisé des palettes pour un duo aérien avec son pote, Cédric Gagneur (voir vidéo en bas d'article).

gregory_batardon.jpg
© Gregory Batardon

De père hollandais et de mère française, l’Yverdonnois baigne dans le mouvement depuis plusieurs années. Formé d’abord à l’Académie de Théâtre Dimitri – ouverte par le célèbre clown à Verscio au Tessin en 1975 - il a ensuite terminé son Bachelor en danse contemporaine à la Manufacture à Lausanne en 2017. Depuis, il enchaîne les projets en Suisse et à l’étranger. Pour d’autres chorégraphes, comme la Suisso-Coréenne YoungSoon Cho Jaquet ou le Brésilien Alejandro Ahmed mais aussi pour sa compagnie née l’année passée, Cie Moost.

capture_decran_2018-04-11_a_10.04.36.png
© Camille Pagella

Débrouillard et volontaire, Marc Oosterhoff fait avec la complexe réalité de la vie d’artiste indépendant. Après plusieurs demandes pour réaliser sa pièce «brico-danse», il a trouvé les subventions – la Ville d’Yverdon notamment - pour accueillir deux autres personnes dans son projet: Raphaël Raccuia à la réalisation musicale et Nidea Henriques pour l’éclairage. «Au final, ce que j’aimerais avec Vis, c’est que mes potes mécanos viennent me voir et trouvent les liens entre acrobatie et bricolage assez cools». Un travail ingénieux, de bric et de broc, pour amener la danse contemporaine vers une autre audience.

Palette(s), Marc Oosterhoff et Cédric Gagneur from Marc Oosterhoff on Vimeo.