Jean-Blaise Besençon
Le pianiste Marc Perrenoud.
Tête-à-tête

Marc Perrenoud: "J'ai toujours improvisé"

19 octobre 2016

Chaque semaine, «L’illustré» rencontre une personnalité au coeur de l’actualité culturelle romande. Aujourd’hui: le musicien Marc Perrenoud. Superbe en solo et en trio, il fait chanter son piano.

Le pianiste Marc Perrenoud dédie ses deux nouveaux disques à Dima Al Hosni. «Ça signifie «petit nuage juste avant la pluie.» Le Genevois a rencontré la jeune femme, qu’il va épouser avant Noël, l’année dernière à Beyrouth, où cette Syrienne de Damas y dirigeait le festival culturel Global Week for Syria. L’album sorti au début de l’été s’appelle Hamra, «rouge» en arabe. «C’est le quartier de Beyrouth où nous nous sommes retrouvés depuis, avec des galeries d’art, des clubs, des restaurants, des étudiants. C’est très inspirant d’être là-bas, mais je n’ai pas incorporé à ma musique des influences arabes ou orientales. Plutôt un état d’esprit.»

Enregistré en solo à Meudon dans un studio extraordinaire créé par Bernard Faulon, «l’homme qui murmure à l’oreille des pianos», le disque rayonne ainsi d’un bonheur évident, porté par l’énergie délicate du sentiment amoureux. «Contrairement à mes habitudes, c’est un disque du matin, les meilleures prises ont toutes été réalisées entre 10 et 11 heures. Il y avait une lumière et des vibrations particulières.» Parmi les cinq reprises, une relecture pleine d’émotions de Tyomnaya Noch, chanson soviétique devenue extrêmement populaire grâce à un film de guerre sorti en 1943, le magnifique Naima de John Coltrane et puis, de Wojciech Kilar, Le roi et l’oiseau, «un film d’animation que j’adore».

Fils d’un hautboïste et d’une flûtiste, Marc Perrenoud s’est assis au piano à l’âge de 4 ans. «A 12-13 ans, je jouais du classique et du jazz.» Après ses études au Conservatoire de Genève, il a suivi à Lausanne les cours de l’école de jazz. «J’ai toujours improvisé comme j’ai toujours été fasciné par l’architecture, les maths, la logique… L’harmonie musicale a quelque chose de très architectural, un peu à l’image des touches sur le clavier. J’aime cette sensation de pouvoir construire.»

Avec le bassiste Marco Mueller et le batteur Cyril Regamey, il crée depuis dix ans une musique en trio dont le quatrième album sera verni cette semaine. Nature Boy, son titre et le morceau du même nom, est une reprise d’un standard popularisé par Nat King Cole mais composé par Eden Ahbez, «une sorte de préhippie dans les années 40». Ce classique est une des merveilles de ce disque tout inspiré par les rapports «entre l’homme et la nature».

Ainsi les deux albums coulent d’une source claire et limpide, même si le compositeur s’avoue «très lent». «Je ne suis pas du genre à avoir une idée géniale dans un train! Je dois chercher tous les jours. Je me sens comme un archéologue qui se découvre lui-même avec un petit pinceau. Ça peut prendre des mois, mais ça finit par venir. L’avantage de ce processus un peu laborieux, c’est que j’arrive à reconnaître quand c’est bien.» Et même beaucoup plus que ça!

Hamra, solo piano; Nature Boy, Marc Perrenoud Trio, www.marcperrenoud.com