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Nickless, c'est d'abord Nicola (à d.), le leader et chanteur, et son meilleur ami Franky, guitariste.
Pop suisse

Nickless, la fougue alémanique

11 mars 2016

Difficile de ne pas le remarquer avec sa silhouette longiligne, son visage anguleux façon gueule d’ange, cheveux blonds et yeux bleus. Nickless ne passe pas inaperçu et pour un artiste, c’est déjà pas mal. Il a 20 ans, mais il fait plus jeune encore, plus jeune que son guitariste Franky qui, lui, a 17 ans. Des talents sacrément précoces ces deux-là. A Zurich, d’où il vient, et déjà loin à la ronde, Nickless incarne le renouveau de la chanson made in Switzerland. Son nouvel album, Four Years, sort vendredi, le 4 mars. Une sorte de réponse alémanique au Vaudois Bastian Baker qui, à 25 ans, commence à se faire vieux...

Nickless a-t-il l’étoffe pour se faire une place au soleil dans le paysage rock national d’abord et, pourquoi pas, international ensuite? Son producteur zurichois, Thomas Fässler, en est persuadé. Son poulain chante en anglais, ce qui n’a rien d’un hasard. Il compose avant tout des chansons d’amour, “parce que, dit-il, c’est un thème important à mon âge, universel également, qui concerne tout le monde”.

Pour accompagner la sortie de son album Four Years, où sa voix discrètement érayée fait merveille, Nickless s’est arrêté à Lausanne ce 1er mars, accompagné de son guitariste. La présence de Franky avait un double intérêt, confortable et rassurant. Parce que le jeune guitariste virtuose est son meilleur ami et qu’il s’exprime volontiers en français, une langue que Nicola ne maîtrise pas.

A peine arrivé dans nos locaux, le jeune chanteur au charme insolent repère les baskets de notre stagiaire Hanna, qu’il s’empresse de complimenter. Observateur et efficace, dira-t-on. Le Zurichois a beau être en couple, il reste à l’affût. On ne lutte pas contre sa nature. Nickless est un charmeur.

On lui demande quel genre d’amoureux il est. Il répond sereinement: “Romantique et tranquille, sans stress. Je trouve magnifique de devoir se battre pour gagner le coeur d’une femme. Insister pour la conquérir, c’est super beau. Au fond, chaque homme rêve de ça, non?” Pas sûr.

Fils unique, Nicola a grandi sur la Goldküste zurichoise, “mais dans un appartement, pas une maison”, s’empresse-t-il de préciser, dans une famille de la classe moyenne. Fils unique, il affirme n’avoir eu aucun privilège particulier. “Rien ne m’est tombé tout cuit dans les mains, j’ai toujours dû bosser pour obtenir des choses!”

La musique l’a happé très tôt. “J’ai commencé à jouer de la batterie à l’âge de 7 ans”, confie-t-il. Son père joue du piano. “J’avais 8 ans lorsque j’ai vécu ma première expérience sur scène dans un groupe. C’était à Zurich. Ensuite, j’ai joué dans plusieurs groupes.” A 14 ans, il rencontre celui qui deviendra son producteur, Thomas Fässler, qui lui permet d’enregistrer pour la première fois en studio.

Nicola fréquente une école qui favorise la formation musicale. Le garçon est doué. Regardez-le ci-dessous effectuer une démonstration de beat box! Il y rencontre Franky. “On s’est connu dans un cours de musique. On avait le même prof”, précise ce dernier, qui à l’époque avait… 12 ans. Franky, lui, est de mère genevoise et de père breton, mais c’est à Zurich qu’il a grandi dans une famille de musiciens. “Ma mère est professeur de violon, mon père joue de la guitare et mes trois soeurs ont toutes étudié la musique.”

Entre Nicola, qui habite Uetikon am See (ZH) et Franky qui vit à Stäfa, le village voisin, le courant passe immédiatement. Ils ne se quitteront plus. “C’est mon meilleur ami”, insiste aujourd'hui Franky.

Le futur Nickless sait déjà que son avenir sera musical. L’année de ses 15 ans, il retourne frapper à la porte du studio de Thomas Fässler où, pendant 2 ans, il va effectuer son apprentissage, se contentant bien souvent de porter les cafés. “Ensuite, raconte-t-il, j’ai eu la chance de pouvoir passer un an à Londres où j’ai travaillé exclusivement sur mes compositions et mon accent anglais.” A son retour, le jeune homme a rejoint le groupe 77 Bombay Street sur sa tournée. De quoi parfaire sa formation. Son futur producteur a choisi de miser sur lui. Il mesure maintenant sa chance.

L’album de Nickless ne s’appelle donc pas Four Years par hasard. “Ce n’est pas mon âge, commente Nicola tout sourire. C’est le temps qu’il m’a fallu pour le réaliser.” Le jeune Zurichois ne se contente pas de chanter. Il a enregistré lui-même toutes les parties de batterie. Sur scène, Nicola se contente toutefois de chanter et de jouer de la gratte. Il a choisi un batteur pour l’accompagner. “Nicola a choisi ses musiciens parmi ses meilleurs copains”, confie Franky.

Comment est-il lorsque le groupe répète? “Au début, on n’était pas très sérieux, poursuit Franky, mais ça a changé avec le temps. Aujourd’hui, Nicola est très strict. C’est lui qui maintient l’ensemble bien soudé. C’est le plus calme de nous tous.”

Sous le nom de Nickless, les copains sont passés de l’anonymat au début de la gloire, outre-Sarine en tout cas. “Je pourrais déjà vivre de notre musique car elle représente tout pour chacun d’entre nous, poursuit Franky, mais moi, je suis encore au gymnase... Il me reste deux ans à faire. Je ne sais pas si je vais finir… Il va falloir choisir.” Le projet d’un développement de Nickless à l’étranger en 2017 pourrait forcer sa décision.

Nicola est le chanteur, mais aussi le beau gosse de Nickless. Il a d’ailleurs déjà posé pour des photos même si, insiste-t-il, “je suis tout sauf un mannequin”. Les (jeunes) filles n’ont souvent d’yeux et d’oreilles que pour lui, ce dont il semble bien s’accommoder.

Doit-on en déduire qu’après les concerts, il est celui qui ramène les groupies à l’hôtel? Franky répond à sa place: “Non, on est très calme de ce point de vue. Nicola a une copine et moi aussi. Les gens imaginent qu’on mène un train de vie très rock’n roll, mais quand ils viennent nous voir backstage, ils découvrent qu’on boit tous du thé!”

Issus de la génération Z, les membres de Nickless mènent une vie exemplaire. Ils ne prennent pas de drogues, ne boivent pas d’alcool. Ils ne fument même pas de cigarettes. Nicola avoue faire beaucoup de sport, course à pied en forêt, tennis et squash. Il faut bien entretenir ce corps de rêve… “Je dois surtout faire attention à bien me nourrir, parce que si je ne fais que transpirer, je vais finir plus maigre encore…” Il a raison Nicola. Il pourrait s’épaissir un peu.

On le compare régulièrement à Bastian Baker. Il est vrai qu’il empiète un peu sur ses plate-bandes. Mais dans le fond, qu’estime-t-il partager vraiment avec le Vaudois? “Peut-être la couleur de cheveux?, répond-il, hilare. Plus sérieusement, je crois qu’on cultive le même amour de la musique. On est amis. Je le respecte pour ce qu’il est et ce qu’il fait et je crois que l’inverse est aussi vrai.”

L’un et l’autre sont essentiellement populaires auprès des filles, ce qui n’est pas pour leur déplaire. Nickless n’a-t-il pas l’impression, à l’occasion, de jouer devant un public exclusivement féminin? Il conteste: “Non, parce que certaines viennent nous voir avec leur copain…” Bien vu!

L’été dernier, le jeune artiste zurichois se souvient avoir vécu une scène insolite à l’issue d’un concert. Il raconte: “Un mec aux cheveux longs, le genre costaud, les bras pleins de tatouages, est venu me trouver backstage. Il m’a serré de toutes ses forces en me disant: “Oh man, tu m’a vraiment ému.” C’était un moment magnifique. Tout cela pour dire que je sais que ma musique ne touche pas uniquement les filles.” C’est noté. Bon, les Romandes, à vous de dire ce que vous en pensez!

 

Découvrez ci-dessous la vidéo de l'interview express de Nickless réalisée par Hanna Hosni et Jodie Gmünder: