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Jean-Blaise Besençon
L'artiste haut-valaisan Pascal Seiler.
Culture

Pascal Seiler: «Je ne pense pas en mots, mais en images»

06 décembre 2016

Chaque semaine, L'illustré rencontre une personnalité au coeur de l'actualité culturelle romande. Aujourd'hui le Haut-Valaisan Pascal Seiler, lauréat du Prix culturel du Valais 2016, qui expose à Martigny.

En 2013, son grand lièvre rose assis sur un citron avait été admiré comme une pièce phare de l’exposition collective célébrant les 40 ans de Visarte Valais, à Martigny. On retrouve Pascal Seiler au Manoir de la Ville où l’artiste de Gampel expose une nouvelle série d’objets plus grands que nature. Il y a là une drôle de poule en train de couver un ballon de baudruche sous deux allumettes géantes comme on le voit sur la photo ci-contre. Plus loin, la tête d’un grand cygne dialogue avec deux asperges hautes comme la salle. «Que se passe-t-il si je mets côte à côte des objets qui n’apparaissent d’ordinaire pas ensemble? Comme ils n’ont aucun lien culturel, il y a un moment où ils vont se repousser. La personne qui les regarde devra inventer une histoire pour les relier…» Il y a aussi cette église dont le clocher est surmonté d’un cornet de glace et une amanite géante en conflit avec un cornichon d’un mètre de long. «Tout le monde a envie de comprendre, mais certaines situations restent inexplicables. Je travaille sur ces éléments abstraits, ces trous noirs, ces taches blanches.» L’artiste ne tient pas forcément à en dire davantage, «parce que je ne pense pas en mots, mais en images».

Par cette exposition, Pascal Seiler témoigne aussi d’une véritable renaissance. Parce qu’il y a cinq ans, l’artiste diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Sion en 1990 a traversé une vraie crise, celle qui guette aux alentours de la cinquantaine, et une remise en question qui l’a, «après vingt ans de peinture», fait poser définitivement ses pinceaux pour se consacrer à la sculpture. Dans son magnifique atelier au rez-de-chaussée d’une maison d’artiste dessinée par Rita Wagner, sa femme architecte, Pascal Seiler commence toujours par des croquis. Ensuite, il modèle ses pièces en miniature, les scanne en 3D avant de les faire découper dans du polystyrène expansé par une grande fraiseuse. «Je suis un artiste assez technique et la machine est en quelque sorte l’interprète final de mon travail.»

Au second étage du Manoir de la Ville de Martigny, Pascal Seiler a proposé d’inviter Carlos Schmidt à exposer, un artiste qui est aussi un ami et avec lequel il a notamment collaboré pour un formidable jardin d’enfants artistique installé dans de vieux raccards à Visperterminen.

Cette année, Pascal Seiler voit enfin son travail récompensé par le Prix culturel du Valais 2016. «C’est très réjouissant de n’avoir rempli aucun dossier et de recevoir un appel qui vous annonce une telle nouvelle… C’est le signe que l’on est suivi dans un métier souvent fait de solitude.»

Pascal Seiler/Carlo Schmidt, exposition au Manoir de la Ville de Martigny, jusqu’au 15 janvier, 
 www.manoir-martigny.ch