Yves Leresche
Bertrand Piccard et Raphaël Domjan n’ont eu besoin que de 20 kilos de propane pour atteindre l’altitude de saut, grâce à sa membrane isolée.
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Piccard et Domjan sautent d'une montgolfière

08 février 2018

Nos deux aviateurs solaires, Bertrand Piccard et Raphaël Domjan, se sont offert un saut en parachute depuis un ballon au-dessus de Château-d’Œx.

Deux personnalités, deux styles, deux trajectoires croisées, mais une amitié sans nuage et surtout une même foi en un monde qui pourrait, qui devrait être plus sage, plus rationnel, plus économe et respectueux de ses ressources naturelles. D’un côté le dynastique Bertrand Piccard, 60 ans le 1er mars prochain, de l’autre le self-made-man Raphaël Domjan, 46 ans. Trois tours du monde singuliers à eux deux: un en ballon et un en avion solaire (Solar Impulse) pour le premier. Un seul pour le deuxième, en bateau solaire (PlanetSolar), mais un probable futur record d’altitude en avion solaire avec son SolarStratos, qui corrige actuellement ses défauts de jeunesse avant d’aller taquiner la stratosphère.

Ces deux héros et hérauts du photovoltaïque s’étaient donné rendez-vous à Château-d’Œx la semaine passée pour embarquer dans une minuscule nacelle de montgolfière. Le Neuchâtelois avait en effet invité le Vaudois à tenter un exercice que l’aérostier circumterrestre n’avait encore jamais réalisé: sauter en parachute depuis un ballon. Un exercice un peu inhabituel, même pour un parachutiste émérite comme lui. Car à la différence d’un saut depuis un avion, ici le saut débute sans vent, donc sans appui, et dans un silence parfait. «J’ai le trac», reconnaissait d’ailleurs le psychiatre en s’équipant, tandis que l’enveloppe du ballon commençait à se gonfler. Comme pour mieux surmonter son appréhension, l’aventurier avait déjà décidé de sa technique de saut: les pieds en avant.

«Absolument fantastique»

Les conditions étaient en tout cas idéales ce jour-là: très peu de vent et un ciel parfaitement dégagé. De quoi espérer une ascension pratiquement à la verticale du terrain d’envol. La montée est ultrarapide dans ce ballon piloté par Pierrick Duvoisin, détenteur de records du monde de durée de vol et concepteur de ce ballon écologique muni d’une double enveloppe métallisée très isolante, qui réduit au minimum de moitié la quantité de gaz. Avec une vitesse ascensionnelle de près de 10 mètres par seconde, le ballon se retrouve en vingt minutes à 2000 mètres du sol, marge de sécurité nécessaire afin d’offrir aux parachutistes suffisamment de temps pour ouvrir leur voile de secours en cas de problème. «C’est absolument fantastique», répète Piccard en prenant place sur la plateforme extérieure en carbone, avant de sauter droit comme un T, bras écartés, et d’ouvrir sa voile une quinzaine de secondes plus tard. Raphaël Domjan la joue plus fun en se laissant tomber en arrière et en ouvrant son parachute plus tard, ce qui lui permettra de rattraper son camarade pour un atterrissage simultané.

«Sauter d’un ballon, c’est ce qui se rapproche le plus de certains rêves que je fais régulièrement. C’est aussi ton cas, Bertrand?» demande Domjan à son coéquipier d’un jour. «Non, moi, je rêve que je vole simplement en écartant les bras et que j’encourage les autres personnes présentes dans mon rêve à faire pareil.»

Mais les émotions, ça creuse. Le directeur du festival, Frédéric Delachaux, a réservé une table sous la tente VIP aux parachutistes solaires et à leur pilote. Piccard veut tout savoir des secrets de ce ballon si sobre en propane. Pierrick Duvoisin lui explique le concept, qui commence d’ailleurs à s’imposer dans le petit monde des aérostiers. Cette technologie aurait peut-être rendu son tour du monde en ballon bien plus simple si elle avait existé il y a vingt ans.

«Amitié collaborative»

Mais pour Piccard, le ballon, c’est du passé. Depuis la fin du tour du monde de Solar Impulse, il s’est proposé de collecter et de certifier avec sa fondation mille solutions technologiques écologiques et rentables. Et c’est là que les deux aviateurs solaires se retrouvent et nourrissent leur «amitié collaborative», pour reprendre la formule du Vaudois. Dans l’avion stratosphérique de Raphaël Domjan, à la place du passager, s’assiéront en effet les personnalités politiques haut placées (et courageuses) qui auront reçu au préalable le catalogue des 1000 idées géniales. Car pour mieux gouverner, il faut prendre de la hauteur. Et en cas d’avarie, ils auront eux aussi un parachute.