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EasyJet
«Nous allons mettre le cap sur l’Egypte»
Dix ans après son installation à Genève, EasyJet a bouleversé la donne du trafic aérien. Pour le pire ou pour le meilleur? Son directeur commercial pour l’Europe du Nord, Thomas Haagensen, 37 ans, évoque le chemin parcouru, répond aux critiques et révèle en primeur les trois nouvelles lignes que la compagnie va ouvrir d’ici à la fin de l’année.

Par Yves Lassueur - Mis en ligne le 07.07.2009

Qu’est-ce qui se passe? EasyJet est en panne, ou en crise?

Comment ça?!

On est déjà en juillet et vous n’avez pas encore annoncé, comme chaque année, le lancement d’une seule nouvelle ligne au départ de Genève…

Oh, mais ça va venir! La campagne d’affichage commencera en septembre. Pour la saison d’hiver, donc l’horaire qui débute en octobre, nous allons ouvrir trois lignes complètement nouvelles. La première est française, c’est Toulouse. Elle s’inscrit dans la droite ligne du succès que nous avons déjà avec Bordeaux et Nantes. La deuxième est scandinave. Après avoir ouvert Stockholm l’hiver dernier, une destination qui fonctionne très bien, nous allons lancer Copenhague, quatre fois par semaine.

Quant à la troisième ligne?

Elle correspond à une autre catégorie: celle qui donne du soleil en hiver aux Romands. On avait déjà Las Palmas et Marrakech. Dans le même ordre d’idées, nous allons lancer Charm El-Cheikh, en Egypte, deux fois par semaine. Les vols commenceront en décembre. Il nous faut pour cela un avion capable de voler plus loin que ceux de notre flotte actuelle. Ce sera un A320.

Avec Marrakech et, d’ici peu, Charm El-Cheikh, vous sortez nettement de votre pré carré qui est l’Europe. EasyJet se lance-t-elle dans une nouvelle politique commerciale, tournée vers les vols intercontinentaux?

Pas du tout! L’Europe et le bassin méditerranéen demeurent notre point d’ancrage le plus important. Nous restons fondamentalement dans le court et moyen-courrier.

Pas de risque – ou de chance – de voir un jour EasyJet relier New York ou Bangkok?

Ça n’entre en aucun cas dans notre stratégie.

Votre compagnie fête cette année les 10 ans de son installation à Genève. Combien de lignes exploitiez-vous en 1999?

Juste une: Genève-Londres! Puis nous avons acquis la compagnie bâloise TEA (Trans European Airways) et, à partir de là, nous n’avons plus arrêté de grandir et de proposer aux Romands de nouvelles destinations directes dans toute l’Europe. Nous en sommes maintenant à quarante.

Comment expliquer une pareille expansion?

Notamment par notre politique de destinations directes. Nous n’acheminons pas les gens vers des hubs, mais directement là où ils souhaitent se rendre. Si vous voulez aller à Nantes avec nous, vous ne commencez pas par passer par Paris, Francfort ou Dieu sait où, vous y allez en ligne directe. En matière de croissance dans le domaine aérien, c’est d’ailleurs révélateur de constater que 96% des nouvelles routes européennes ont été ouvertes ces trois dernières années par des compagnies à bas prix, comme la nôtre.

Mais il vous est aussi arrivé de supprimer des lignes qui ne marchaient pas ou plus. Lesquelles, par exemple?

La plus récente est Genève-Prague. Après avoir connu un beau succès, cette ligne a perdu de son intérêt pour nos clients. Comme si les gens avaient aimé découvrir cette ville, mais n’y retournaient pas deux fois. Plus tôt, nous avons aussi supprimé par exemple Genève-Hambourg. Mais ce sont des cas plutôt rares.

Dix ans après l’arrivée d’EasyJet à Genève, que représente cette ville par rapport à l’ensemble des affaires de la compagnie?

Huit à dix pour cent de notre trafic global.

Une critique revient de façon récurrente: en proposant sans cesse de nouvelles lignes, vous ne faites que gonfler artificiellement les besoins du consommateur. Le client ne vole plus du point A au point B par nécessité, mais parce que EasyJet assure la ligne et propose des tarifs intéressants. Est-ce encore défendable d’un point de vue écologique?

C’est une critique effectivement récurrente, mais fausse et préconçue.L’image caricaturale montre volontiers 150 fêtards en train de se rendre à Ibiza où ils ne seraient jamais allés sans vol bon marché. Mais c’est une image complètement fausse.

Et pourquoi donc?

Parce que 25% de notre clientèle est constituée d’hommes d’affaires. Ils vont de Genève à Paris ou de Stockholm à Genève sur EasyJet parce que cela leur permet, surtout en ce moment de contraintes budgétaires, de voler autant qu’avant, mais en dépensant moins. Ensuite, une forte proportion de notre clientèle est aussi de type ethnique: ce sont des gens d’origine française, ou espagnole, portugaise, italienne, qui vont voir leur famille ou les font venir à l’occasion des fêtes. Ce trafic existe de longue date, mais aujourd’hui il est facilité par des accès directs.

D’accord, mais on connaît tous des gens qui se disent «Tiens, on va à Nice, ou à Rome, ou à Londres, ou n’importe où ailleurs, ce week-end» simplement parce que EasyJet le leur propose à bon compte.

C’est clair. Ces gens-là constituent aussi une partie de notre trafic. Mais cela revient à poser une question quasi philosophique: qu’est-ce qui est nécessaire? Quelle part de plaisir est nécessaire? Aller voir sa famille régulièrement, est-ce nécessaire?

Est-ce nécessaire d’être vigilant en matière de gaz à effet de serre… Est-ce nécessaire de ne pas gaspiller les dernières réserves de pétrole…

Ecoutez, il faut bien vous rendre compte d’une chose: être efficient en matière de CO2, ça veut dire être efficient en termes de consommation de kérosène. L’an dernier, quand le baril est passé à des prix records, nous avons pris l’initiative d’accélérer le remplacement d’une partie de notre flotte par de nouveaux appareils moins gourmands en carburant. Et vous devez prendre en compte le taux de remplissage des avions. Chez nous, il est de 85%, ce qui donne une efficacité par kilomètre/ personne supérieure à celle de l’industrie aéronautique.

Deux gros accidents viennent d’endeuiller le monde aérien. En ressentez-vous le contrecoup?

Non. Cela n’a pas eu d’impact sur les réservations. Les gens savent qu’en termes de sécurité nous ne faisons aucun compromis, c’est notre priorité. Dans ce domainelà, notre compagnie a un passé exemplaire: quinze ans d’activité sans aucun accident. Au point que EasyJet est maintenant considérée par les assureurs comme une référence dans le domaine aérien.

Venons-en à la crise. Dans quelle mesure vous touche-t-elle?

Nous avons été bénéficiaires l’an dernier malgré l’envol du prix du kérosène. Et il n’y a presque que deux compagnies en Europe qui devraient encore l’être à la fin de cette année. C’est Ryan Air et EasyJet. Toutes les autres accumulent des pertes.

Donc pas de chiffres rouges depuis le début de cette année?

Regarder les chiffres mois par mois a peu de sens dans cette industrie. La saisonnalité est trop importante. Il suffit que Pâques bouge de mars à avril et les chiffres sont complètement faussés. Il est important de considérer les douze mois de l’année et, je vous le répète, pour nous, 2009 s’achèvera avec un bénéfice.



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Tags: Thomas Haagensen, EasyJet, 10 ans, trois nouvelles lignes, Egypte Aller en haut de page Haut de page

 

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