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L'interview de Carsten Schloter
«Nous ne tondons pas les petits clients»
Empêtrée dans une affaire criminelle frappant sa société italienne Fastweb, toujours sous la menace de l’amende de 333 millions infligée par la COMCO, accusée de surévaluer ses tarifs, Swisscom se prépare de surcroît à contenir la concurrence d’Orange. Sous le feu des questions, son patron, Carsten Schloter, reste néanmoins serein et optimiste.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 19.04.2010

La direction de Fastweb, que vous avez reprise début avril, exige que vous passiez deux à trois jours par semaine à Milan. Patron de Swisscom, c’est un job à mi-temps?

Je ne le savais pas, mais je l’ai découvert. (Rire. Puis, sérieux.) J’ai la chance d’être entouré par des gens qui travaillent ensemble depuis plus de dix ans. Avec de la souplesse et de l’organisation, nous pouvons gérer cette situation. Quand j’aurai rendu mon mandat Fastweb, dans quelques mois, je pourrai m’investir à fond dans mon job à mi-temps, ici à Berne. (Rire.)

Vous trouvez malgré tout un peu de temps pour préparer la Patrouille des Glaciers…

Du temps, je rêve d’en avoir. Participer à la Patrouille devait être un bon moyen de me vider la tête. Malheureusement, même cette compétition est devenue un engagement comme un autre dans mon agenda.

Votre filiale italienne vous crée bien des soucis. On vous accuse d’avoir fait preuve de légèreté en achetant 6,9 milliards de francs cette société en 2007, qui se retrouve poursuivie par l’Etat italien pour blanchiment et fraude à la TVA aujourd’hui…

Lorsqu’un problème survient, il se trouve toujours une bonne âme pour vous donner des conseils. Quels sont les risques dans cette affaire? Septante millions d’euros dus à la TVA. Montant que nous connaissions lors de l’acquisition et désormais provisionné. Qui n’est pas complètement démesuré pour une entreprise qui réalisait déjà plus d’un milliard de chiffre d’affaires à l’époque. Par comparaison, si quelqu’un achetait Swisscom aujourd’hui, il reprendrait des risques procéduraux de plusieurs centaines de millions de francs.

Au-delà de l’argent, c’est l’image et la réputation de la société qui sont écornées…

C’est un fait, même si, pour l’instant, le tapage médiatique fait autour de cette affaire n’a pas d’impact significatif sur le développement des affaires. Cela dit, si Telecom Italia, par l’une de ses filiales, des personnalités politiques ainsi que la Mafia n’étaient pas impliquées dans ce dossier, celui-ci n’aurait jamais eu le retentissement qu’on connaît. Ces faits n’étaient pas visibles en 2007.

Vous avez péché par naïveté peut-être?

Voyez-vous, il y a des gens qui vous disent: «Ne faites jamais de business en Italie.» Mais, si vous partez de ce principe, il ne faut pas non plus en faire en Espagne, en France, en Europe de l’Est. Il faut rester en Suisse, qui jouit effectivement d’un environnement économique privilégié encore que, dans certaines branches, l’éthique n’est pas aussi indiscutable. Ce discours ne rime à rien. Il est clair qu’au-delà des frontières d’autres risques existent, mais est-ce une raison suffisante pour ne pas s’engager à l’étranger? Pour moi, clairement non.

Vous chiffrez les risques procéduraux actuels de Swisscom à plusieurs centaines de millions. Est-ce que vous englobez l’amende de 333 millions que vous a infligée la COMCO pour abus de position dominante, annulée par le Tribunal administratif fédéral (TAF) mais toujours pendante à la suite du recours de la Commission de la concurrence devant le Tribunal fédéral (TF)?

Oui. Mais la décision du TAF constitue déjà une grande victoire pour nous. Nous avons été attaqués et accusés à tort pendant cinq ans à cause de cette affaire.

Vous êtes confiant pour le verdict du TF?

Très confiant. Au passage, je souligne que le recours de la COMCO démontre bien que Swisscom ne jouit pas d’une protection de la Confédération, son actionnaire majoritaire, comme le prétendent certains. Si tel était le cas, l’affaire aurait été classée sur la base de la décision du TAF.

Il n’empêche que le statut hybride public-privé de Swisscom, tout comme d’ailleurs la régulation du marché de la téléphonie, manque singulièrement de transparence…

Ce sentiment ne relève pas de la structure de notre actionnariat, mais de notre passé monopolistique sur un certain nombre d’infrastructures. Cette situation appartient à l’histoire. Mais les clichés ont la vie dure.

En France, la concurrence paraît pourtant nettement plus vive?

C’est un mythe. Sur son territoire, France Télécom détient la même part de marché que nous. De plus, comparer ses tarifs avec les nôtres en prétendant qu’ils sont plus avantageux parce que la concurrence est plus forte est une erreur. Les télécommunications ne sont ni fabriquées en Chine ni importées. Ce sont des services conçus en Suisse, avec des salaires suisses, deux fois plus élevés qu’en France. Qu’à la sortie les communications coûtent 30% plus cher me semble donc normal. Cela étant, lorsque le rachat de Sunrise par Orange, qui est en fait France Télécom, deviendra effectif, nous nous attendons à voir ce dernier lancer un certain nombre d’offres en provenance de France. Nous sommes prêts à nous battre.

Mais notre productivité est également supérieure…

Certes. Mais pas du double. Autre chose: prenez la régulation sur les antennes. Tellement sévère en Suisse que notre parc est trois à quatre fois plus important que celui d’un opérateur français transportant le même volume de communications et de données. Et comme celles-ci doublent tous les sept mois, nous investissons en permanence. Et ce n’est pas tout…

C’est-à-dire?

Peu de pays bénéficient d’une couverture mobile comme la Suisse, dont la topographie est pourtant très complexe. A Milan, aux heures de pointe, vous ne pouvez simplement pas téléphoner ou transmettre des données. Le réseau est saturé.

Tout de même, facturer 20 centimes un SMS dont le prix de revient est de 1,5 centime, n’est-ce pas indécent?

Le SMS est un substitut à l’e-mail, certes moins pratique, mais moins cher. Le client a le choix. Et le prix de revient que vous articulez n’est pas exact.

Quel est-il?

Aucun commerçant ne vous confiera ce genre d’information. Ce que je peux dire, c’est qu’à la fin de chaque journée, notre rentabilité est comparable à celle de France Télécom ou de Deutsche Telekom dans leur pays respectif.

Les gens ont pourtant le sentiment que les grandes entreprises bénéficient de tarifs avantageux parce qu’elles sont en position de négocier et que vous vous rattrapez sur le dos des PME et de la clientèle privée…

Non, nous ne tondons pas les petits clients, si c’est cela que vous insinuez. Pour preuve, ces deux dernières années, le prix par minute a chuté de 27% et celui par volume de données de 80%. Il n’y a pas d’autres marchés où les prix baissent de façon aussi agressive. Mais, du point de vue du consommateur, tout est toujours trop cher. C’est un paradoxe que je ne m’explique pas. En 2010, sur un chiffre d’affaires de 9 milliards, nous nous attendons à une érosion des prix de 400 à 500 millions.

On pourrait également évoquer le roaming, souvent astronomique…

Le prix du roaming est fixé par les opérateurs étrangers pour l’utilisation de leur réseau. Chez nos concurrents, le roaming est souvent 30 à 40% plus élevé. Je rappelle que 80% du roaming va dans la caisse de l’opérateur étranger. Quant au prix du méga téléchargé, il a passé de 10 à 2 francs.

Où en êtes-vous avec l’installation du réseau de fibre optique en Suisse?

Les villes sont prioritaires, comme c’est le cas pour toutes les infrastructures, l’ADSL et le VDSL notamment. Aujourd’hui, la couverture nationale du premier est de 98% et celle du second de 90%. Nous visons le même objectif avec la fibre dans les quinze ans à venir.

Et la couverture de Swisscom TV?

Huitante pour cent des ménages peuvent recevoir notre chaîne. Nous visons au minimum 90%. A fin 2009, nous comptions 230 000 abonnés et sans doute plus de 260 000 actuellement. C’est un grand succès.

Qu’en est-il du wi-fi dans les trains?

Quelques trains en sont équipés. Mais le système bute sur des problèmes technologiques d’une telle complexité que nous ne pouvons pas encore offrir le confort d’utilisation souhaité aux passagers.

Et dans les avions?

Des essais ont été réalisés, mais la réception est tellement sporadique que les compagnies ont fait marche arrière.




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Tags: interview, Swisscom, Carsten Schloter, Suisse, Italie, Fastweb, Tribunal fédéral, TF, Tribunal administratif fédéral, TAF, COMCO Aller en haut de page Haut de page

 

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