C’est la curée, depuis quelques mois, contre les partisans du réchauffement climatique d’origine humaine. Principale cible de ces attaques, le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, le désormais fameux GIEC, lauréat avec Al Gore du prix Nobel de la paix.
Rappelons les faits: il y a d’abord eu le Climategate en novembre dernier, une opération de piratage professionnelle des e-mails des scientifiques travaillant au Centre de recherche sur le climat, en Angleterre. Dans certains de ces messages privés frauduleusement interceptés, des chercheurs de cet institut se laissent aller à quelques excès de langage ou évoquent quelques irrégularités méthodologiques. En fait, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Mais le mal était fait.
Puis, avant et après le Sommet sur le climat de Copenhague, le GIEC lui-même s’est fait reprocher des approximations scientifiques dans son dernier rapport, publié en 2007, notamment sur la vitesse de disparition des glaciers de l’Himalaya. Ces erreurs, le GIEC les a reconnues, mais elles ne remettent pas en cause le sérieux général de son travail. Voilà pourtant la crédibilité de ce groupe de milliers de scientifiques entachée. Et les climatosceptiques du monde entier, comme Claude Allègre, de se déchaîner avec une violence inédite contre «la pensée unique écologiste».
Curieusement, de nombreux présentateurs météo sont sceptiques, comme le Français Laurent Cabrol et son livre Et si la Terre s’en sortait toute seule, publié en 2008. Mais c’est aux Etats-Unis que ces oracles, qui jouent un rôle crucial sur l’opinion publique, sont les plus climatosceptiques: un sondage a révélé qu’un tiers d’entre eux ne croient pas aux conclusions du GIEC. L’occasion de demander à notre Monsieur Météo à nous, Philippe Jeanneret, s’il fait partie de ces contestataires.
«J’ai confiance en le GIEC. Il est le seul organisme capable de faire la synthèse de tous les paramètres déterminant le climat»
Philippe Jeanneret, présentateur météo de la TSR
«Pas du tout», répond-il catégoriquement. Et il sait de quoi il parle: il a tout lu ou presque sur la question, qu’il aborde d’ailleurs régulièrement sur son blog. «Je pars du principe suivant: le climat, c’est complexe. Il faut donc une approche pluridisciplinaire pour comprendre comment fonctionne le climat. Et c’est seulement quand on est en mesure de faire cet énorme travail de compilation des données qu’on peut prétendre comprendre où va le climat. Or, seul le GIEC est en mesure de le faire. Cet organisme étudie tous les rapports publiés sur le climat. Il faut ces milliers de scientifiques pour aboutir à des synthèses crédibles. C’est ce que fait le GIEC. Et c’est pour cela que j’ai confiance en cet organisme, même s’il a commis des erreurs sur la question des glaciers de l’Himalaya. Erreurs qu’il a eu l’honnêteté de reconnaître et qui ne remettent pas en question la pertinence de ses conclusions.»
Et Philippe Jeanneret de reprendre les principales critiques contre la théorie du réchauffement dû aux émissions humaines de gaz à effet de serre. «Il y a la question de l’optimum médiéval, une période de réchauffement climatique qui aurait duré environ de l’an 1000 jusqu’au XVe siècle. Les sceptiques reprochent aux scientifiques du GIEC d’avoir sous-estimé ce réchauffement qui démontrerait, selon eux, qu’un réchauffement naturel est tout à fait possible. Je ne vois pourtant pas en quoi cela remettrait en cause les spécificités du réchauffement actuel.»
L’autre grand argument des sceptiques consiste à dire que les périodes de réchauffement précèdent les périodes d’augmentation de CO2 dans l’atmosphère. «Là encore, explique le présentateur, qui a fait un article sur le sujet dans son blog avec l’aide du physicien Martin Beniston, ce phénomène s’explique scientifiquement. Un réchauffement naturel fait fondre massivement les glaces polaires, fonte qui libère alors des quantités énormes de CO2.»
Que dirait-il à un public de sceptiques pour les convaincre du bienfondé du danger climatique? «Je dirais d’abord que la concentration actuelle de CO2 dans l’atmosphère, études irréfutables à l’appui, n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui depuis 800 000 ans. C’est donc une bonne raison de prendre le problème très au sérieux. Et le deuxième argument massue, c’est que le réchauffement actuel, bien réel contrairement à ce que d’aucuns prétendent, ne peut pas être expliqué par des causes naturelles. Je suis donc, hélas, inquiet sur le plan climatique et écologique. Mais je suis aussi inquiet pour l’avenir face au problème démographique et dérouté quand je sais qu’un yaourt a fait 1600 kilomètres avant d’atterrir sur ma table.»
Philippe Jeanneret conseille ce document rédigé par trois scientifiques de l’Université de Louvain et qui réplique aux principaux arguments des climatosceptiques: http://www.astr.ucl.ac.be/users/marbaix/doc/ClimnegBrief5.pdf
Philippe Jeanneret tient un blog sur la météorologie en général et sur la problématique climatique en particulier: http://tsr.blogs.com/pj