L’irruption de cette fillette en pleurs, soudain, à la fin du spectacle. Pardon: de la «cérémonie d’hommage» à Michael Jackson. Ce drôle de mélange de sentiment, la révélation des orphelins, le pathos à l’américaine de la scène, mais sûrement une vraie détresse aussi. Les bras de sa tante Janet qui se referment alors sur Paris Jackson, 11 ans.
L’invraisemblable durée de tout cela. Ce deuil mondialisé, feuilletonade à la petite semaine, morbide et fascinante à la fois. Autant de couches ajoutées aux mystères, nouvelles révélations et nouveaux démentis, délires ou suppositions, Michael-icône transformé en un saint Sébastien pop où les centaines de seringues auraient remplacé les flèches (lire l’article de Blaise Calame en page 10).
A-t-on affaire à une mise en scène savamment orchestrée, génial teasing télé pour vendre quelques tonnes de disques en plus? Faut-il au contraire n’y voir que balbutiements improvisés sur fond d’autopsies et d’enquêtes?
Un malaise transparaît, cependant. Le terrifiant symbole de ce cercueil lingot d’or quittant le Staples Center de Los Angeles, porté par cette fratrie de vampires à lunettes noires. Ces larmes en direct live, dont on n’arrive dès lors plus à distinguer si elles pleurent Michael Jackson ou les sommes colossales que drainait sa légende.
Ces témoignages terribles aussi, qui viennent nous dire l’infini vertige du chanteur en ses derniers mois. Sa fragilité physique. Sa dépression chronique. Ses shoots permanents à une pharmacopée de plus en plus dangereuse. Les parasites meurtriers autour de lui: producteurs, faux amis, créanciers et toubibs, conseilleurs et avocats, aigrefins et escrocs, frangins et frangines inexistants qui tous voulaient tellement qu’il remonte sur scène. Non pas pour un come-back. Mais bien pour cet or dont on a fait là-bas son cercueil.
Pourtant, c’est bien Paris Jackson l’héritière, et la famille va l’entourer d’attention. Elle et ses deux frères possèdent les clés du trésor à venir. Des centaines de chansons inédites léguées par leur père. Quel que soit le reliquat des dettes réelles du chanteur, en partie d’ailleurs épongées par les ventes actuelles, ces refrains secrets sont le pactole dansant de cette marche funèbre.
Alors, derrière les lunettes noires, toujours la cupidité alentour, et le vertige qui prend: serrant ses bras sur Paris Jackson, Janet n’a-t-elle pas simplement voulu signifier au monde qu’elle refermait les portes de la prison? Celle dont son frère n’a pu s’échapper que le jour où son cœur s’arrêta.
Serrant ses bras sur Paris en pleurs, Janet n’a-t-elle pas voulu signifier au monde qu’elle refermait les portes de la prison?