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DROIT&ARGENT
Paris sportifs: les pièges à éviter
Souvent illégaux, basés dans des paradis fiscaux, les sites de paris sportifs sur l’internet concurrencent les loteries officielles tout en devenant des partenaires incontournables dans le monde du sport. A l’exemple du puissant Bwin, ils brassent des sommes énormes. Un univers où tout le monde ne gagne pas.

Par Marc David - Mis en ligne le 12.05.2010

Les fins observateurs du Real Madrid (dès 2006) ou de l’AC Milan (dès 2007) ont d’abord haussé le sourcil. Bwin? Quel était ce sigle barbare que ces clubs mythiques arboraient sur leurs maillots? Inutile pour ces fans étonnés de chercher du côté d’une banque florissante ou d’une marque d’automobiles prestigieuses: Kaka ou Beckham portent à chaque match le nom trivial d’un des sites de paris en ligne leaders en Europe, à l’instar d’interwetten ou unibet.

Ce sponsoring nouvelle mouture (Bwin parraine aussi les courses alpines du Hahnenkamm-Kitzbühel) est un symbole pour le fulgurant développement de ce secteur. Il explique aussi les désagréables dérives qu’il entraîne, notamment le scan-dale des paris truqués.

Ce marché reste en partie illégal. Le Portugal fait par exemple partie des pays qui refusent la libéralisation des jeux d’argent sur le Net, tout comme l’Allemagne, la Finlande, la Suède ou les Pays-Bas. D’autres ont franchi le pas, comme la Grande-Bretagne ou Malte, pays où se sont installés de nombreux sites de paris. L’exemple de l’Italie, en cours de réforme, est suivi de près par celui de la France.

30 000 paris simultanés

Quelques chiffres suffisent à situer l’ampleur du phénomène. On évalue aujourd’hui à 25 000 les sites de jeux d’argent opérant sur la Toile mondiale. Selon les analystes de Merryl Linch, les recettes brutes générées par les paris sportifs en ligne pourraient atteindre 160 milliards de francs en 2015. En 1995, elles ne dépassaient pas 18 millions, alors qu’elles atteignaient déjà les 21 milliards en 2006.

Dans ce climat d’euphorie peut-être factice (voir l’interview du directeur de la Loterie romande, ci-contre), l’exemple de Bwin frappe les esprits. Cette firme fondée en 1999 compte aujourd’hui 1500 employés, dont 800 dans son pays d’origine, l’Autriche. Ce site est coté à la Bourse de Vienne et s’est empressé de se baser à Gibraltar, dont les moins de 5% d’impôts constituent un avantage non négligeable.

Hyperactif, il traite environ 30 000 paris quotidiens sur plus de 90 sports différents, pour 20 millions de clients, en 22 langues. Selon leur estimation, le chiffre d’affaires brut a culminé autour de 600 millions de francs pour 2009, générant un bénéfice net de 37 millions. Pour 2010, avec la Coupe du monde de football en perspective, Bwin vise un montant de paris de 810 millions de francs et même un 13e chiffre d’affaires, tant cette compétition excite les parieurs, davantage que les Jeux d’hiver. N’en jetez plus, la machine à parier tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, d’un match de la Japan League à une partie de pingpong aux Etats-Unis.
 

La tentation du trucage

Il suffit de s’asseoir devant son ordinateur pour comprendre. A côté du pari traditionnel, l’intérêt est rehaussé par le côté haletant de sa formule. Pendant un match, on peut parier non seulement sur le score final ou à la mitemps, mais aussi sur une foison de paramètres, tels le premier corner ou le nombre de minutes d’arrêt de jeu. Les chiffres tournent et donnent le tournis. «Travailler comme bookmaker ressemble à du sport de haut niveau, explique Mario Kristofic, chef de ce secteur chez Bwin. Au cours d’un événement live, les cotes n’arrêtent pas de changer.»

Dans un tel contexte, facile de saisir comment des fraudes peuvent survenir. Un exemple concret: il est possible de miser sur le premier fait de jeu en football. Si le parieur estime qu’il s’agira d’une touche, soit le cas de figure le plus courant, la cote est fixée à 1,60. Il suffit qu’un joueur expédie la balle directement audehors pour qu’un parieur au parfum gagne 600 francs sur une mise de 1000 francs. Tentateur… En décembre dernier, on estime que les matchs truqués incriminés ont rapporté plus de 15 millions de gains illicites, avec des ramifications jusqu’en Suisse et le soupçon actuel qui pèse sur le FC Sion.

Bwin estime à environ 45 francs par mois la somme que consacre chacun de ses clients aux paris sportifs. André est l’un d’eux. D’origine grecque, il dit avoir attrapé le virus par son père et son pays d’origine, très friand de paris de toutes sortes, jusqu’aux élections régionales italiennes. Il joue presque tous les jours, souvent par tranches de 20 francs, en se fixant des limites. «Quand des gens composent leur budget là-dessus, je trouve cela grave.»

Avec des amis, ils réunissent une cagnotte au début de l’année et s’offrent une bonne table avec les éventuels dividendes. Il joue aussi à la variante publique suisse, Sporttip, mais avec quelques réticences. «A mon avis, c’est moins avantageux. Ils choisissent des matchs difficiles, alors que les grands sites de paris sont obligés de donner quelques sucres, des matchs prévisibles. Un Manchester-Wigan avec une cote de 1,70 pour une victoire de United, cela vaut la peine.»

Attention à l’addictivité

Ces sites sont si prenants qu’il est possible de se laisser gagner par la fièvre du jeu, jusqu’à mettre sa bourse et son équilibre en péril. Médecin-chef au centre Marmottan, à Paris, Marc Valleur incite à la prudence: «En migrant sur l’internet, le jeu d’argent constitue un très fort facteur d’addictivité. Il devient accessible en permanence dans un domicile transformé en casino jour et nuit. Il se pratique seul derrière son ordi, ce qui fait disparaître le regard social critique de l’autre.» En attendant, nuit et jour, des milliers de sites tentent d’y faire leur beurre.
 
Pour info: www.easybet.ch fournit des conseils en pronostics.
 

Trois conseils

Si vous décidez de parier en ligne, par carte de crédit, privilégiez les grands sites connus, tels bwin.com, interwetten.com, betway.com, sportingbet.com ou betclic.com. Excluez les petits sites non recommandés comme il en pullule sur la Toile.

Il est impératif de se fixer certaines limites à ne pas dépasser, par exemple 20 francs pour une mise. Les bookmakers misent beaucoup sur la frénésie des parieurs.

Quant à la manière de jouer, également chez Sporttip, il peut être intéressant de combiner des mises a priori faciles. Repérez les matchs où une équipe apparaît comme la grande favorite et cumulez-les. La connaissance du sport a une réelle importance.
 

«De la concurrence déloyale!»

Interview de Jean-Luc Moner-Banet, directeur de la Loterie romande

Comment luttez-vous avec des sites comme Bwin?

J.-L. Moner-Banet: Nous ne sommes pas à armes égales. Le fait qu’ils soient licenciés dans des lieux fiscalement intéressants comme Gibraltar ou Malte fait qu’ils ne sont pas soumis aux mêmes contrôles et contraintes que nous. Nous sommes par exemple soumis à la surveillance des cantons et à la loi suisse. On prélève l’impôt anticipé sur nos gains. Alors que ces organismes échappent à tout contrôle. C’est une concurrence totalement déloyale!

Et le parieur?

J.-L. Moner-Banet: Il est privé de protection, notamment quant à la perception de ses gains. Dans beaucoup de cas, les primes ne sont pas honorées.

Ces sites vont-ils si bien?

J.-L. Moner-Banet: Ils sont en difficulté financière. Leur investissement promotionnel, en marketing ou en sponsoring, se monte à 80%, ce qui est énorme. Ils présentent des bénéfices, mais sont constamment obligés de recapitaliser. Ils parient sur l’explosion du marché. Or, celui-ci grandit, mais n’explose pas.

Placez-vous tous les sites dans le même panier?

J.-L. Moner-Banet: Les grands sites, tels Bwin ou Interwetten, sont plus honnêtes. Ce sont souvent des gens sérieux qui exploitent l’inégalité actuelle des conditions. Mais tout autour se trouvent aussi de parfaits gangsters.

Quelle est votre spécificité?

J.-L. Moner-Banet: Nous pensons que le produit des paris doit profiter au bien de la communauté dans son ensemble. L’an dernier, nous avons reversé 30 millions de francs au sport romand! Avec nous, le parieur est gagnant sur tous les plans.



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Tags: Paris sportifs, loteries, gains, trucages, addictivité Aller en haut de page Haut de page

 

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