Tout de blanc vêtue, elle éclate de rire au côté du dalaï-lama. La scène de quelques secondes illumine le téléjournal. Le charme de Pascale Bruderer, première dame du pays, a une fois encore opéré. Alors que le Conseil fédéral préférait prudemment décliner l’invitation du chef spirituel tibétain, venu célébrer cinquante ans d’accueil de ses concitoyens dans notre pays, la plus jeune présidente du Conseil national de tous les temps décidait crânement d’honorer le rendez-vous du haut de ses 32 ans. Non sans préciser qu’il s’agissait là d’une rencontre à caractère strictement privé. Forte de ses huit ans d’expérience parlementaire, elle a appris à faire de la politique avec tact et diplomatie. Ce qui explique peut-être qu’elle a été élue au perchoir du National avec le plus beau score depuis quarante ans (lire son portrait en page 22).
Jusque-là, elle s’était surtout illustrée par son engagement en faveur de la formation, des animaux et surtout de l’égalité des personnes handicapées.
Mais, depuis lors, celle que la SonntagsZeitung avait sacrée Suissesse la plus stylée a pris de la bouteille. Ses propos conciliants au lendemain de l’acceptation de l’initiative antiminarets ont forcé le respect. En mars dernier, elle s’est encore fait remarquer en ne se gênant pas de fustiger le bureau du Conseil des Etats pour avoir bloqué la mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire UBS.
«A 32 ans, l’Argovienne a conquis l’estime de tous, y compris de ses adversaires politiques»
Souriante, sympa tout en étant courageuse et ferme, Pascale Bruderer ne cultive pas les effets de manches ni les formules-chocs. Tout en retenue, son style se veut discret, conciliant et pragmatique. Adepte de la concordance, elle veut jeter des ponts entre les partis et entre les générations. Et ça marche: à 32 ans, l’Argovienne a conquis l’estime de tous, y compris de ses adversaires politiques. Beaucoup lui prédisent déjà un destin de sénatrice. Le Conseil fédéral? Elle jure que ce n’est pas son but, mais chiche qu’elle ne cracherait pas sur l’occasion si elle se présentait. Pour cela elle devra attendre que Doris Leuthard, l’autre Argovienne en vogue, se lasse…
D’ici là, sûr qu’elle donnera envie à d’autres jeunes de sa trempe d’entrer en politique. Du sang neuf dont notre pays a bien besoin à l’heure où le gouvernement ne parvient plus à gagner la confiance des Suisses, comme le révélait cruellement notre baromètre publié la semaine dernière. Heureusement, la relève est prête, à Genève avec Pierre Maudet ou Antonio Hodgers, en Valais avec Philippe Nantermod, à Neuchâtel avec Raphaël Comte, ou encore dans le canton de Vaud avec Ada Mara ou Benoît Gaillard, pour ne parler que de la Suisse romande.
Merci à Pascale Bruderer d’avoir su redonner à la politique un visage désirable.