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Patrick Dils, 15 ans de prison pour rien
Accusé du meurtre de deux enfants, il a été blanchi après quinze années de prison. Symbole de l’erreur judiciaire en France, Patrick Dils tente de réapprendre à vivre, à côté de la frontière suisse. Rencontre avec un homme à jamais brisé, qui est l’invité de «L’illustré» au Salon du livre, le dimanche 26 avril.

Par Arnaud Bédat - Mis en ligne le 16.10.2009
Son visage porte encore les stigmates de la souffrance. A bientôt 39 ans – il les fêtera le 30 juin prochain, Patrick Dils ne sera plus jamais un homme comme les autres, marqué pour toujours par l’épreuve. Il est devenu aujourd’hui, bien malgré lui, en France et même au-delà des frontières de son pays, le symbole de l’erreur judiciaire.
Accusé à l’âge de 16 ans du crime de deux jeunes garçons, Alexandre Bechkrich et Cyril Beining, retrouvés morts à Montigny-lès-Metz en septembre 1986, Dils a passé quinze années derrière les barreaux avant d’être totalement blanchi, en avril 2002 par la Cour d’assises d’appel de Lyon. La présence du tueur en série Francis Heaulme sur les lieux du drame le jour du meurtre a été à l’origine de son acquittement final. Cela après que Dils eut d’abord été condamné en 1989 à la prison à perpétuité, puis à vingt-cinq ans de réclusion en 2001.

Un best-seller

Aujourd’hui, l’ex-«condamné à tort» vit dans le Territoire de Belfort, tout à côté de la frontière suisse, et n’aspire plus désormais qu’à la tranquillité. On le croise parfois dans les rues de Porrentruy, où il aime à venir se balader en voisin. «J’adore cette ville et surtout son château, mais j’ai été un peu triste quand j’ai découvert que c’était aussi une prison», sourit-il. Après avoir signé un best-seller racontant sa terrible odyssée («Je voulais juste rentrer chez moi», Ed. Lafon), il travaille aujourd’hui comme magasinier cariste dans une entreprise de casseroles.
Mais son temps libre est toujours très occupé: on l’a vu militer pour la réhabilitation de Guillaume Seznec, au côté de son petit-fils Denis, ou apparaître furtivement dans un clip d’une chanson de Garou, L’injustice. Il vient aussi de créer une association, LOUVE (Livre ouvert d’une vie d’enfant), pour venir en aide aux enfants en difficulté dans le milieu scolaire. Une vie bien remplie, mais une vie presque ordinaire. «J’essaie d’être Monsieur Tout-le-Monde, glisse-t-il. Je vais travailler tous les matins, je paie mes factures, mes impôts, j’ai mes amis, mes parents, j’habite une belle petite maison dans laquelle j’essaie de me reconstruire…» Il s’interrompt soudainement, avant de rectifier aussitôt: «En fait, je ne me suis pas reconstruit, je me suis construit. Quand on entre en prison à 16 ans, on n’est encore qu’un gamin. Je me suis forgé une personnalité et un caractère en taule où j’ai rencontré des gens extraordinaires et bouleversants. J’étais un adolescent très introverti, terriblement timide. Je suis maintenant extraverti et je n’ai plus peur de la foule ni des gens. J’ai aussi appris à développer de nouveaux sens comme le don du partage.»
Malgré son envie de mener désormais une vie normale, son image ne cesse de le rattraper. Dans la rue, on le reconnaît souvent, on le salue, on le félicite pour ses combats. Mais «jamais de regards haineux ou réprobateurs», assure-t-il. «Il y en a qui mettent toute une vie à devenir célèbre, s’amuse-t-il. Moi, je vais passer le restant de mes jours à essayer de retomber dans l’anonymat. Mon nom fait maintenant partie de l’histoire judiciaire et je sais que je ne réussirai jamais à vivre complètement dans l’incognito. Et peut-être tant mieux, si mon expérience peut servir aujourd’hui à d’autres.»

700 000 euros d’indemnités

Il parle de sa terrible odyssée judiciaire et carcérale de manière précise, méticuleuse, son dossier parfaitement en tête, sans chercher à fuir les questions parfois dérangeantes de ceux qui, çà et là, persistent encore à douter de son innocence. Le moment le plus fort de cette descente aux enfers? «Ma sortie de prison, répond-il sans hésitation. C’était un peu irréel, même si je n’ai jamais douté que je sortirais un jour la tête haute, par la grande porte, et lavé de tout soupçon. La seule chose que je ne savais pas, c’était où et quand. A force de l’espérer tellement fort, quand cela vous arrive, on se demande si tout cela est bien vrai. Durant mes premiers jours de liberté, j’étais parfois en sueur le matin en ouvrant les yeux: j’avais peur de voir des barreaux devant moi, de me dire que j’étais seulement dans un rêve.»
Il obtiendra plus tard des indemnités de l’Etat français pour le préjudice moral subi durant quinze années. On a parlé d’un million d’euros. «Ce n’est pas tout à fait un million, rectifie-t-il. C’était 40 000 euros pour mon frère, 80 000 euros pour chacun de mes parents, 100 000 euros pour mon avocat parisien et 700 000 euros pour moi. Ça peut paraître beaucoup, mais c’est aussi dérisoire. Peut-on chiffrer un préjudice moral, peut-on chiffrer mes souffrances? Les indemnités, c’est juste une suite logique. Ce que j’en ai fait? J’ai acheté une maison et je me suis payé une voiture. Je suis parti en voyage avec mes parents. Je n’ai rien fait d’extravagant.»
Patrick Dils veut profiter simplement de chaque instant du bonheur de respirer au grand air, savourer sa liberté retrouvée et rêver au grand amour. «J’ai eu plusieurs aventures qui se sont très bien passées, avoue-t-il, mais actuellement, je suis seul, mais la solitude ne me pèse pas trop. Je ne suis peut-être pas encore prêt pour une vie de couple. Cela ne veut pas dire que je n’en suis pas capable, mais je ne dois pas griller les étapes. Il y a un temps pour tout. J’espère bien me marier un jour et avoir des enfants. Ça va bien finir par m’arriver…» Et de l’amour, il en a tellement à donner. Comme s’il voulait rattraper le temps perdu. Sa plus grande joie, aujourd’hui, est peut-être d’être le parrain de cœur de la petite Margaux, 12 ans, qui habite tout à côté de chez lui, frappée par le syndrome d’Adane, une maladie rarissime dont on ne connaît que très peu de cas au monde. «J’ai été touché par son histoire et je suis aujourd’hui proche d’elle et de sa famille. Si je peux lui apporter un peu de chaleur et de joie, passer du temps avec elle, la rassurer et l’aider à sortir de tout ça, eh bien je me dis que tout ce que j’ai vécu n’aura peut-être pas été vain.»
 
Patrick Dils participera au débat «Faits divers et médias: un couple infernal» sur le stand Ringier Romandie au Salon du livre, le dimanche 26 avril, à 14 heures.



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Tags: Patrick Dils, erreur judiciaire en France Aller en haut de page Haut de page

 

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