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PEINE DE MORT
L'HISTOIRE DU DERNIER TUEUR TUÉ
Si l’initiative pour la réintroduction de la peine de mort a finalement été retirée la semaine dernière, elle a réveillé le spectre d’une pratique que la Suisse a connue. En 1940, Hans Vollenweider fut le dernier homme exécuté au terme d’un procès civil.

Par Frédéric Vassaux - Mis en ligne le 01.09.2010

Il a le visage d’un garçon propre sur lui, comme une mélancolie au fond des yeux. A le contempler, on se prend à l’imaginer poli et bien éduqué. Sur les photos d’identité judiciaire, Hans Vollenweider a 28 ans. Nous sommes en 1934. Jugé par le Tribunal de district de Meilen, le Zurichois s’est fait condamner à deux semaines de prison pour avoir pris un bain de soleil nu et s’être approché d’une femme dans le plus simple appareil. Six ans plus tard, c’est pour avoir tué trois hommes en dix jours qu’il perdra la tête. C’était il y a septante ans dans l’atelier de l’établissement pénitentiaire de Sarnen, dans le canton d’Obwald. A 1 h 55, le matin du 18 octobre 1940. Deux ans après que le peuple eut accepté le Code pénal suisse qui supprimait la peine capitale! Pour le malheur de Vollenweider, le texte n’entrait en vigueur que le 1er janvier 1942.

«Il faut se replacer dans le contexte de l’époque», explique Theo Stich. En 2004, ce réalisateur et historien a consacré un film à l’affaire:Vollenweider. Die Geschichte eines Mörders (L’histoire d’un meurtrier). «La votation sur le Code pénal en 1938 est passée de justesse, grâce surtout au vote massif de Berne et de Zurich. Beaucoup de cantons en Suisse centrale, souvent catholiques et conservateurs, avaient voté contre et restaient favorables à la peine de mort.» Dans le canton d’Obwald, le consensus régnait: les gens voulaient sa mort.

CADAVRE DANS LE LAC DE ZOUG

Hans Vollenweider est né en 1908 à Zurich, dans une famille modeste. Il fait un apprentissage de commerce et travaille dans une entreprise de papiers peints. Mais, à la suite de la crise économique des années trente, il perd son travail puis ses économies en tentant de gérer un cinéma et une fiduciaire. Sans argent, sans travail, brisé par ses échecs, en mai 1935 il attaque la caisse d’épargne de Büchwil, dans le canton de Saint-Gall, armé de deux pistolets. L’employé de banque se défend. Vollenweider fait feu à plusieurs reprises et s’enfuit, sans butin. Quelques mois plus tard, trahi par un complice, il est condamné à deux ans et demi de réclusion. Il les passera à la prison de Regensdorf (ZH). Mais, alors qu’il s’apprête à être libéré, un jugement zurichois prolonge son internement d’une mesure de garde administrative. Il doit poursuivre sa peine à la colonie de travail ouvert de Ringwil. Lors de sa première permission, le 4 juin 1939, Hans Vollenweider s’enfuit. Pour se procurer une nouvelle identité, il met une annonce dans le Tagblatt der Stadt Zürich, où il propose une place de chauffeur. C’est Hermann Zwyssig, 27 ans, qu’il choisit pour le rôle. Lors d’une halte, la nuit dans la forêt de Baar, sur la route de Lucerne, il le tue d’une balle dans le dos puis coule son cadavre chargé de pierres dans le lac de Zoug. Cinq jours plus tard, c’est le postier Emil Stoll que tue Vollenweider, pour lui voler de l’argent. Sous l’identité de Hermann Zwyssig, il se fait alors engager comme portier à l’hôtel Engel, à Sachseln (OW). Mais une chemise ensanglantée qu’il a donnée à laver le trahit et Alois von Moos, le policier du lieu, vient l’arrêter. Une nouvelle fois il tire. L’officier succombera à ses blessures. Le coupable est toutefois maîtrisé par l’hôtelier et des employés.

Le 19 septembre 1940, Hans Vollenweider est condamné à mort par le Tribunal cantonal d’Obwald. Le recours en appel et l’appel en grâce sont rejetés. Pourtant, la veuve d’Alois von Moos, mère d’un enfant et enceinte du second au moment du drame, a elle-même plaidé la grâce de l’assassin. «Mais c’est alors une voix totalement minoritaire», analyse Theo Stich. Un mois plus tard, et seulement un an et demi avant l’entrée en vigueur de l’abolition de la peine de mort, le couperet tombe. Hans Vollenweider avait 32 ans.

Les juges ont-ils été influencés par la vindicte populaire? Certainement, car la pression était alors intense. Pour exemple, lorsque Etienne Chatton, dernier condamné à mort en Suisse romande, fut guillotiné à Fribourg en 1902 après avoir tué une jeune fille d’un coup de hache dans le front, il faillit être lynché par la foule quelques minutes avant son exécution.

LES TRÉFONDS DE LA PSYCHOLOGIE HUMAINE

«On ne peut pas comparer le cas de Vollenweider avec l’initiative visant à réinstaurer la peine de mort retirée ces derniers jours, estime Theo Stich. C’était en 1940, pendant la guerre, c’est une autre époque. En revanche, ce sentiment, cette volonté de vengeance et de réparation des victimes rentrent en commun. On est là dans l’ordre universel de la psychologie humaine.» D’ailleurs, les diverses tentatives de réintroduction de la peine capitale en Suisse s’inscrivent toujours dans un contexte émotionnel particulier. Lorsque le conseiller national Valentin Oewen demande, en 1979, la peine capitale pour les terroristes et preneurs d’otages, les Brigades rouges mettent à feu l’Italie et la Fraction armée rouge vient d’enlever le patron des patrons allemands Hanns Martin Schleyer. De même, lorsqu’en 1985 une initiative populaire exige l’exécution pour les trafiquants de drogue, une bourgeoisie bien installée ramasse ses enfants overdosés dans les parcs zurichois.

Si Hans Vollenweider fut le dernier condamné à mort d’un tribunal civil suisse, 17 soldats ont encore été fusillés pour trahison entre 1943 et 1944. Les deux derniers furent Hermann Grimm et Walter Laubscher, le 7 décembre 1944.

A voir: «Vollenweider. Die Geschichte eines Mörders», film de Theo Stich, 2004, 74 min, en suisse-allemand sous-titré en allemand et en anglais, disponible sur www.artfilm.ch



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Tags: Peine de mort, initiative, Hans Vollenweider, dernier condamné à mort, exécution, guillotine, Suisse Aller en haut de page Haut de page

 

Deux articles d'époque sur l'affaire en format pdf (en suisse-allemand)

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Regardez la bande-annonce d'un film suisse-allemand consacré à Vollenweider (Cliquer sur: Vollenweider - Die Geschichte eines Mörders, Puis: Trailer (.mov) (3.5 MB)

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