En 1899, victime d’une péritonite foudroyante, Giovanni Segantini meurt au travail, à 2731 mètres en dessus de Pontresina, en Engadine, en disant pour conclure: «Voglio vedere le mie montagne» – «Je veux voir mes montagnes»... Celles dont le peintre avait précisément fait son paradis terrestre...
MONTAGNES MAGIQUES
Quarante et un ans plus tôt, il était né à Arco, au bord du lac de Garde, dans cette partie du Trentin qui était alors rattachée à l’Autriche. D’origine extrêmement modeste, il est orphelin de mère et de père avant d’atteindre 10 ans et la tante qui l’élève croit bon de faire annuler sa nationalité autrichienne sans toutefois demander sa naturalisation italienne... Jusqu’à sa mort, Giovanni Segantini sera donc un apatride, un sans-papiers comme on dit aujourd’hui. Même s’il avait depuis longtemps choisi sa véritable patrie. Après des études de peinture à Milan, il résumera ainsi son itinéraire de vie: «J’aspirais à monter toujours plus haut. Des collines, je suis passé aux montagnes, au milieu des paysans, des bergers, vers les habitants des hautes cimes (...) Dans ce pays, j’ai tourné mon regard plus hardiment vers le soleil dont j’aimais les rayons, que je voulais conquérir. C’est ici que j’ai étudié avec le plus de profondeur la nature dans ses formes les plus vivantes et dans ses couleurs les plus lumineuses. C’est ici que j’ai écrit mes premières lettres sur l’art...»
En 1886, avec sa compagne Bice Bugatti et leurs quatre enfants, il s’était installé aux Grisons dans le paisible village de Savognin, puis à Maloja, en Engadine, où son atelier est toujours visible.
Lumières cristallines comme de l’eau de roche, reflets brillants des grands glaciers, bleus d’altitude d’une pureté éblouissante: ses œuvres gagnent en clarté à mesure que le peintre s’élève pour peindre, le plus souvent d’après nature, des toiles de plus en plus grandes. «Je peindrai vos montagnes, habitants de l’Engadine, pour que le monde entier parle de leur beauté», dit-il aux habitants de Samedan lors de la présentation de son monumental Triptyque des Alpes. Ses motifs traditionnels, ses magnifiques scènes de vie paysanne ne doivent pas tromper les amateurs: l’œuvre de Segantini, qui fut célébrée de son vivant et un peu oubliée après, s’inscrit en plein dans l’art moderne comme l’inventait ailleurs un Cézanne ou un Monet.
Segantini, du 16 janvier au 25 avril. Fondation Beyeler, Riehen/ Bâle. www.fondationbeyeler.ch