Commune de Lausanne: 74 765 logements. Appartements disponibles: 75. Sur l’arc lémanique, la crise du logement connaît un paroxysme inégalé. «Depuis que des statistiques existent, soit depuis trente ans, on n’a jamais connu un taux de logements vacants aussi bas qu’aujourd’hui», constate Lionel Eperon, chef du Service de l’économie, du logement et du tourisme du canton de Vaud (SELT): 0,4% d’appartements vacants en moyenne cantonale, alors qu’on estime le marché équilibré à 1,5%. Dans les agglomérations, la situation est bien pire. A Lausanne, le taux de vacance est de 0,11%, à Genève de 0,21%, à Morges de 0,06%… Autant dire que la recherche d’un appartement s’apparente souvent à une quête du Graal immobilier. Et, pour beaucoup, elle pourrait durer autant que dans la légende arthurienne. «Cela fait une année que l’on cherche activement avec mon mari», explique Djamila, à l’étroit dans un deux-pièces de 50 m2 avec un enfant. Cette Française propose même une récompense à celui qui lui fournira un appartement. «Je ne sais pas si c’est dû à la consonance musulmane de notre nom de famille, mais nous n’obtenons jamais de réponses positives. J’ai même arrêté de regarder avec les gérances et essaie de voir directement avec les locataires.» Même son de cloche pour Andrea, enseignant de 37 ans, qui vit avec sa femme et leurs trois enfants dans 60 m2 à l'avenue de France, à Lausanne. «On aimerait bien trouver un logement un peu plus spacieux, mais c’est extrêmement difficile. On cherche sérieusement depuis un an sans succès.»
Prix prohibitif
Pourtant, le couple est prêt à mettre jusqu’à 2500 francs pour un quatre-pièces. Car c’est aussi cela le problème: au manque chronique de logements se greffe un prix des loyers souvent prohibitif. L’indice suisse des prix des loyers n’a d’ailleurs jamais été aussi élevé. «Ce n’est pas tant la hauteur de l’indice qui est scandaleuse, estime Carlo Sommaruga, conseiller national genevois et président de l’Association suisse des locataires (ASLOCA). Avec le renchérissement, ce n’est pas surprenant. Mais c’est la disparité qui existe entre l’augmentation de l’indice des loyers et celui de l’indice général des prix qui est intolérable!»
«Les locataires ne sont pas près de voir le bout de la crise»
Reste qu’en situation de pareille pénurie, c’est le bailleur qui tient le couteau par le manche. Le manque d’appartements est tel que les gérances n’ont parfois même pas besoin de faire paraître des annonces, les locataires se présentant souvent à elles avant que l’occupant précédent n’ait même encore signifié son congé! Mais comment a-t-on pu arriver à un tel niveau de manque?
En fait, c’est l’augmentation massive de la population qui conduit à vivre aujourd’hui cette pénurie de logements. «Le canton de Vaud vit ces dernières années une véritable explosion démographique», explique Lionel Eperon. Huit mille habitants de plus en 2006, 10 000 en 2007 et 16 000 en 2008. Vaud paie d’une certaine façon le prix de son attractivité économique et de la libre circulation des personnes. Même constat au bout du lac, où Genève compte entre 4000 et 5000 nouveaux habitants chaque année.
On ne construit pas assez
Le problème n’est pas que l’on ne construit pas, c’est que l’on ne construit pas assez pour faire face à cette augmentation de population galopante. «Il se construit entre 3500 et 4000 logements par an dans le canton de Vaud, explique Bernard Montavon, responsable de l’unité logement au SELT, ce qui répond à peu de chose près à l’augmentation de la population, mais il en faudrait encore une fois 4000 pour combler le manque.» A Genève, le constat est similaire: les 1000 à 1300 logements cons-truits par an ne suffisent pas à détendre le marché. «On est loin des 2500 nouveaux appartements annuels promis par le gouvernement, constate Carlo Sommaruga, et, en fait, il en faudrait 3000, mais ce n’est pas réaliste.»
«Mais que fait la police?!» se dit dès lors l’habitant dépité de ne pouvoir trouver un logement dans un laps de temps décent. «L’Etat entreprend ce que la loi lui donne les moyens de faire, réplique Lionel Eperon. La loi vaudoise sur le logement stipule le rôle prépondérant du privé dans le domaine de la construction. L’Etat n’a pas pour vocation de construire ou de gérer des appartements et la loi signale également que c’est aux communes d’assurer l’adéquation entre l’offre et la demande.» Mais le canton ne reste pas aveugle face à la pénurie, assure le chef du Service de l’économie et du logement. Différents outils lui permettent de stimuler la construction de logement. «L’aide à la pierre» distribue des subventions pour la création de logements à loyers modérés, 8300 logements bénéficient de ce soutien. La Société vaudoise pour la création de logements à loyers modérés (SVLM) achète, légalise et revend des terrains à des coopératives d’habitations: 540 logements ont ainsi été mis sur le marché via ce biais et 534 autres sont en projet. Surtout, l’Etat a voté une aide spéciale de 50 millions sous forme de prêts à intérêts quasi nuls en faveur des communes pour les aider à acquérir des terrains.
«Du jamais vu depuis trente ans»
Genève non plus ne reste pas sans réaction face à la crise du logement. Principal cheval de bataille, le PAV, pour projet Praille-Acacias-Vernets, ou entre 10 000 et 12 000 logements doivent être érigés. «Le problème, c’est que les premiers appartements ne verront le jour là-bas que d’ici à cinq à sept ans, poursuit Carlo Sommaruga. On paie aujourd’hui le prix d’un manque de vision. Et quand je vois que David Hiller veut promouvoir la venue de grands hedge funds, je me demande où l’on mettra le personnel qui va avec. On mène une politique de création d’emplois en oubliant le volet logement.»
Les locataires ne sont pas près de voir le bout de la crise. Comment faire? Elargir son champ de recherche! En effet, si la pénurie de logements, avec un taux de vacance moyen de 0,9% à l’échelle nationale, est générale, la réalité est plus diverse. Si la crise à Genève est relativement homogène, le district d’Aigle, dans le canton de Vaud, échappe à la pénurie. Avec un taux de 1,6% de logement vacants, l’offre et la demande s’y équilibrent. Certains cantons comme le Jura ne connaissent même pas la crise du logement. A Delémont, on peut ainsi facilement trouver à se loger.
«Densifier l'habitat»
«Il faut que dans les immeubles en mains publiques, comme les caisses de pension, les taux d’occupation soient respectés et que l’on puisse effectuer des échanges d’appartement pour améliorer l’occupation de l’espace. Cela ne résout pas le problème, mais cela peut améliorer un peu les choses», estime Carlo Sommaruga. Dans une société où depuis les années 80 la surface habitable par habitant est passée de 39 à 44 m2 en 2000, et que la tendance se poursuit, il devient nécessaire de repenser notre rapport à l’espace. «Il faut densifier l’habitat, estime Olivier Feller, président de la Chambre immobilière vaudoise, et arriver à accélérer les procédures de recours et d’opposition.» Densifier les zones urbaines, une politique logique, mais qui s’apparente souvent à l’oeuf de Colomb pour Lionel Eperon. «Il y a une sorte de schizophrénie: les gens sont tous d’accord de densifier les villes, jusqu’à ce qu’on veuille construire une tour à côté de chez eux.» Les locataires, eux, n’ont pas encore vu le bout du tunnel…
Où chercher un appartement?
Le taux de logements vacants en Romandie
Par
canton, en rouge, la ville où le taux de logements vacants et le plus
bas. En vert, la localité où il est le plus haut. Et quelques autres
exemples.
«C'est incroyable comme le marché est sec»
Chez la famille Rees-Thomas, le fils dort dans la chambre de ses parents. Ils cherchent un logement plus grand, en vain…
De
Sydney, la mégapole australienne, à Gimel, petit village de La Côte
vaudoise. La transition est plutôt spectaculaire pour la famille
Rees-Thomas. Cette famille suisse, exilée cinq ans à Sydney, est
revenue il y a presque une année au pays. Par chance, et grâce à un
propriétaire compréhensif, ils ont trouvé un logement tout en recoins
dans une vieille ferme rénovée. Ils y vivent à quatre. Le petit
Cealinn, 6 ans, atteint d’une forme légère d’autisme, dort dans la
chambre de ses parents. Sa sœur Edana, 14 ans, occupe la deuxième
chambre. Depuis leur retour, et même avant via l’internet, ils
recherchent un appartement un peu plus spacieux. «Un trois-pièces et
demie ou quatre-pièces dans les 2000 francs, mais on commence à perdre
un peu espoir, glisse Christine, la mère. On a beaucoup essayé avec les
gérances, mais sans succès. On aimerait se rapprocher de Lausanne, car
il y a là-bas plus de possibilités de soutien pour notre fils. C’est
aussi à Lausanne que nous vivions avant de partir et où nous avons
notre cercle d’amis.» «C’est incroyable comme le marché est sec, on a
été surpris», ajoute David. Il est prof d’anglais et aussi artiste
peintre. «A Sydney, nous louions une maison avec jardin pour moins de
2000 francs, poursuit-il. On essaie de faire marcher notre réseau de
connaissances, mais on sait bien que c’est dur pour tout le monde. Je
pense que c’est essentiellement par connaissances interposées qu’on
peut avoir la chance de trouver quelque chose.» En attendant, avec le
sourire, ils prennent leur mal en patience. Un quotidien que beaucoup
ne connaissent que trop bien.
Trois idées pratiques pour se loger moins cher
1 Vérifier si l’on a droit à un subventionné
Le
Guide social romand rappelle les exigences de chaque canton romand
concernant les demandes de logements subventionnés. Il répertorie
également les adresses auxquelles s’adresser dans chaque canton. Toutes
les infos sur www.guidesocial.ch
2 Adhérer à une société coopérative
La
SCHL, Société coopérative d’habitation Lausanne, est l’une des plus
importantes coopératives d’habitation de Suisse avec un parc locatif de
plus de 1700 logements répartis dans la région lausannoise. Pour
devenir membre et, ainsi, pouvoir prétendre louer un des appartements,
il faut remplir une demande d’admission, soumise à l’approbation des
membres dirigeants, payer une finance d’admission de 20 fr. et
souscrire trois parts sociales de 300 francs. chacune. Si vous devenez
locataire vous devrez souscrire trois parts supplémentaires par pièce.
La libération de ces parts doit intervenir à la signature du bail.
Toutes les infos se trouvent sur www.schl.ch
La SCHG, Société coopérative d’habitation Genève est plus petite mais fonctionne sur le même principe. www.schg.ch
3 Envisager la colocation
Le site www.easywg.ch compile plus de 10 000 offres et demandes de colocation sur le territoire.
Ou
rendez-vous sur www.recherche-colocation.com, un autre site où de
nombreux adultes actifs proposent de partager leur logement.