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Petit balcon

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 16.10.2009

 
Il faut, pour les dogmatiques de l’anti-adhésion, de l’anti-G20, bref pour les adversaires d’un multilatéralisme (ce sont toujours les mêmes), démontrer que cela n’aurait rien changé.
Regardez-les allant, s’égosillant à propos de l’Autriche ou de la Belgique, du Luxembourg, par exemple, qui se sont retrouvés, en l’auguste compagnie de la Suisse, sur la fameuse «liste grise» produite au G20. Au pays du propre en ordre, le blanc cassé fait déjà tache, alors le gris… Les adversaires de l’UE et du monde en prennent un vexé ombrage de circonstance, sans que l’on comprenne bien pourquoi: le scénario du Conseil fédéral était pourtant d’éviter seulement la liste noire, ce qui a été obtenu.
 
La Suisse compte moins. L’Histoire se venge des peureux qui la regardent de haut.

Ils mènent cette guérilla à dessein. Car quelque chose s’est cassé dans les certitudes helvétiques en cette semaine où la Suisse a regardé les sommets de si loin (lire notre dossier en page 12). La vitesse des temps, crise oblige, s’est accélérée. Les manœuvres dilatoires devant toute réforme de notre système bancaire ou politique, que la Suisse a toujours su excellemment maîtriser, agacent désormais franchement nos voisins. Le pragmatisme des relations internationales a pour conséquence une très cruelle vérité: la Suisse compte de moins en moins. Son aura de sérieux et de moralité a subi trois coups de théâtre mortels en quelques années.
De la crise des fonds en déshérence, elle n’avait retenu que peu de leçons et beaucoup d’amertume anti-américaine: plutôt que l’imbécile mot de «rançon», il aurait pourtant fallu y deviner un signal d’alarme à peu de frais. De la débâcle de Swissair, elle n’aura piteusement réussi que le blanchiment des responsables: plutôt qu’un ratage, il apparaissait loisible d’y lire une fuite en avant, née d’un isolement. De l’affaire UBS aux USA, elle a tenté de minimiser ce qui était de la criminalité organisée: plutôt que de se lamenter sur la blessure faite ensuite au secret bancaire, il aurait été plus judicieux de demeurer, tout simplement, honnête.
S’y ajoute une indigne adhésion «à froid»: la Suisse devant s’adapter de toute façon, sans être une seule seconde à la table des négociations, aux normes et lois européennes. Un sentiment de frustration monte, sur lequel surfent des populistes, cherchant toujours et encore à démontrer que la voie solitaire est la seule qui vaille pour la Suisse. Blocher, Ospel et consorts nous l’ont ainsi ânonné depuis vingt ans. Voilà où cela nous a menés. L’Histoire, un jour ou l’autre, se venge des peureux qui la regardent depuis leur tout petit balcon.



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Tags: Christophe Passer, éditorial Aller en haut de page Haut de page

 

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