Seule avec son piercing aux lèvres, son talisman satanique, sa minijupe fendue en cuir, ses bas résille troués et ses lentilles de contact blanches, elle a juste l’air sombre, gothique, façon Vampirella. Alignée avec six autres âmes damnées face à l’objectif du photographe anglais James Mollison, la voici membre de la tribu des fans de Marilyn Manson, en famille!
Il y a des fans de musique depuis le milieu des années 50 et un certain Elvis Presley, un homme à fans dont les déhanchements suggestifs rendaient les foules hystériques. Les Beatles, les Stones, puis Abba, Michael Jackson, Madonna: toutes les stars de la chanson ont leur horde d’inconditionnels. Ceux de Lady Gaga n’existaient pas il y a trois ans seulement. Ceux de Jim Morrison, défunt chanteur des Doors, subsistent quarante ans après sa mort…
«L’homme est un animal tribal»
Le primatologue Desmond Morris, auteur de la préface du livre The Disciples, du photographe James Mollison, rappelle que l’homme est un animal tribal qui, en réaction à l’explosion démographique, au développement urbain, a ressenti le besoin de se rapprocher de certains de ses semblables, hors du cadre familial, amical ou professionnel. Le rock, comme le foot du reste, le lui a permis.
Le travail de James Mollison l’atteste. Pour cet artiste né en 1973 au Kenya, profondément marqué par son passage à la Fabrica, le studio créatif de Benetton, à Milan, tout a débuté à Los Angeles en 2004.
«Le fan manifeste son allégeance visuelle»
«J’avais remarqué que plein de filles ressemblaient à Britney Spears, je voulais comprendre», raconte-t-il. Il crée un site web (doyoulooklikebritney.com) en quête de réponses, en vain. Espérant bien assister à un concert de la sage Britney, il se retrouve, appareil photo autour du cou, à un show musclé du torturé Marilyn Manson. Mollison est éberlué, mais ses portraits de fans isolés le déçoivent. «Ce n’est qu’en les regroupant que j’ai vu apparaître quelque chose de plus intéressant. Et voilà comment j’ai commencé à prendre des photos de groupes de fans», explique-t-il.
Etre fan, c’est aussi se trouver une famille
Toutes les images sont prises à l’extérieur des lieux de concert, dans un studio mobile. James peut compter sur le soutien précieux d’Amber, une jeune femme croisée un soir de pluie et devenue depuis lors Mme Mollison: «C’est elle qui, la plupart du temps, a demandé aux fans s’ils étaient d’accord de poser», avoue le photographe aujourd’hui installé à Venise.
Les photos extraites de The Disciples et publiées ici ont été réalisées entre 2004 et 2007, en Europe et aux Etats-Unis. Un travail remarquable et souvent hilarant. En un mot, irrésistible.
«The Disciples», de James Mollison, Ed. Boot.