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Photos mémoire
Images exceptionnelles de l’Américaine Sally Mann, dont les photos de famille touchent à l’universel et les paysages aux temps disparus.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 11.03.2010

 

Aux jeunes photographes, l’Américaine Sally Mann, 59 ans, recommande de commencer par photographier ce qu’ils aiment le plus au monde. Un conseil qu’elle a appliqué à son travail: pendant plus de dix ans, elle a photographié ses trois enfants, Emmett, Jessie et Virginia. Scènes de la vie ordinaire: le bain, la sieste, une blessure, un moment de jeu. Pour la plupart réalisées dans l’immense propriété de Lexington, en Virginie, qu’elle habite toujours, ses images «de famille» touchent par ce qu’elles montrent à la fois d’unique et d’universel: la vulnérabilité de l’enfance, sa beauté éphémère, son insolence et ses provocations aussi. Sally Mann dut d’ailleurs défendre l’honnêteté de son travail devant quelques chasseurs de pédophiles. Mise en cause qui l’a profondément affectée, d’autant plus que les trois enfants, devenus grands, avaient tous trois donné leur accord pour que soient diffusées ces photos de famille.

Après la série Immediate Family (1984-1995), l’artiste décide de se consacrer à la nature, à commencer par celle de sa région natale, celle que l’on appelle le Sud profond des Etats-Unis. Originalité de sa démarche, elle parcourt la Virginie, la Louisiane et le Mississippi avec un équipement photographique du XIXe siècle: une lourde chambre en bois, des objectifs anciens (l’un d’eux aurait appartenu à Nadar) qui, naturellement, donnent une patine hors d’âge à ses photographies. «Ces images parlent des fleuves de sang, de pleurs, de sueur que les Africains ont versés dans les sols souillés et sombres de leur nouvelle patrie ingrate», dit Sally Mann à propos de ses photographies qui renvoient à celles, parmi les toutes premières de l’histoire, prises durant la guerre de Sécession.


 

La beauté des grands formats, les accidents inhérents aux procédés anciens débouchent alors sur des œuvres d’une profondeur bouleversante.

En 2001, l’artiste a poussé plus loin encore ses recherches sur l’absence et la mort. Dans un endroit discret du Tennessee, où un institut médicolégal laisse des cadavres se décomposer à l’air libre pour en étudier le pourrissement, elle a tiré des images absolument stupéfiantes.


 

Egalement exposés au Musée: polaroïd en péril

Depuis vingt ans, le Musée de l’Elysée abrite en prêt quelque 4500 tirages polaroïd, soit un bon quart de la collection amassée par Edwin H. Land, l’inventeur, en 1947, du fameux procédé de photographies à développement instantané. Sauf pour quelques nostalgiques, le système a été tué par l’avènement de la photo numérique et sa fortune engloutie par deux faillites successives (en 2001 et 2008). Pour récupérer un peu de leurs billes, les ayants droit défaits de Polaroïd seraient prêts à vendre aux enchères les 16 000 œuvres que compte cette collection unique au monde (au temps de sa splendeur, Polaroïd offrait appareil et pellicules aux photographes contre quelques images). Des œuvres d’Ansel Adams, de Walker Evans, de Sarah Moon, de Helmut Newton, d’Andy Warhol – chez nous, de Monique Jacot, de Gérald Minkoff, de Christian Vogt – figurent dans la collection. Peut-être une des dernières occasions de les admirer avant leur dispersion.



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Tags: Photographie, Sally Mann, Musée de l'Elysée Aller en haut de page Haut de page

 

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