II faisait chaud, vendredi à Dübendorf, au moment où ils ont écarté le rideau. Il faisait chaud comme si le soleil avait voulu s’inviter un peu, faire un signe. Voir enfin l’avion solaire, insecte géant révélé, fut à la fois passion et émotion. La passion, parce que c’est une folie. L’émotion, parce que des hommes croient cette folie possible.
Dans les quarante pages sur Solar Impulse, menées par Frédéric Vassaux, que nous vous proposons cette semaine (lire en page 39), il est aussi beaucoup question d’esprit pionnier. Bien plus qu’un mot, il s’agit d’une attitude, elle est en notre pays suffisamment rare pour être ici heureusement soulignée.
Car rien n’est simple dans ce projet. Il émarge à la fois du côté de la haute technologie, en même temps au rayon pur bricolage. Il s’agit de mettre ensemble des gens et des métiers qui ne travaillent jamais côte à côte. Pour l’Ecole polytechnique de Lausanne, c’était aussi une formidable occasion de continuer à s’investir dans la science appliquée, au sens le plus noble: celui qui peut changer la vie des hommes.
Beaucoup de choses demeurent impossibles parce qu’on ne les tente pas. Ils le tentent.
Le projet de Solar Impulse n’a rien d’un gadget d’aventuriers. Le monde est bien trop plein d’aventuriers qui ne se mesurent qu’à eux-mêmes. Solar Impulse peut démontrer une fois pour toutes, de façon spectaculaire, que ça marche, le solaire. Que l’on peut voler avec, carrément. Les perspectives de développement sont infinies et surtout: infiniment utiles, là où se combinent l’énergie nécessaire et l’ambition d’un monde plus durable.
Solar Impulse a l’envergure d’un avion de ligne, le poids d’une voiture familiale, et ce truc improbable va s’envoler dans les airs. Qu’une pareille idée ait pu jaillir en une époque et un pays où l’enthousiasme est si souvent considéré comme de la naïveté n’est pas seulement un premier exploit ou une bonne nouvelle. C’est la marque d’un courage, d’une liberté de penser l’impensable et d’une volonté: un essai de définition de l’esprit pionnier.
Piccard et Borschberg vont maintenant tester cet avion. Le faire sortir du hangar, rouler, décoller. A chaque étape de cette mission soleil, de nouveaux défis. Et dans quelques mois, si tout se passe comme prévu, nous le verrons alors, incroyable machine, en plein ciel. Beaucoup de choses demeurent impossibles parce qu’on ne les tente pas. Ils le tentent. Et c’est un soleil qui se lève.
Beaucoup de choses demeurent impossibles parce qu’on ne les tente pas. Ils le tentent.