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Haute tension
Police genevoise: mission OMC
Une manifestation a dégénéré en guérilla urbaine. L’émeute de samedi a donné le ton d’une conférence de l’OMC à haut risque. Comment les forces de l’ordre gèrent-elles un événement de cette ampleur? Plongée au cœur du dispositif sécuritaire.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 01.12.2009
«Dégagez-moi tout ça!» Christian Cudré-Mauroux, le commandant de la gendarmerie, n’a pas hésité. On vient de lui annoncer que des émeutiers aspergeaient de liquide inflammable une barricade au parc des Cropettes, juste derrière la gare Cornavin. Au poste de commandement de la police, l’officier est à la manœuvre, calme, déterminé. Depuis deux heures, ses hommes affrontent une véritable guérilla urbaine dans les rues de Genève. La manifestation anti-OMC a viré au chaos. La faute à 200 membres des black blocks, encore eux, des anarchistes venus pour beaucoup de Suisse alémanique. A l’intérieur du QG, au coeur de l’hôtel de police, les visages sont concentrés sur un écran géant. Les différents responsables des forces de l’ordre, des services de la ville et du canton, assistent en direct à l’assaut, grâce à une caméra fixée sur un hélicoptère Super Puma de l’armée survolant la ville à 2000 mètres d’altitude. Dans la salle, la tension est palpable. Un homme rompt le silence: «Barricade dégagée. Pas de feu à signaler.» C’est le soulagement. Il est 17 h 30 ce samedi 28 novembre. Ce sera la dernière grosse échauffourée d’une journée sous haute tension.

Code noir

C’est à 14 h 30 que tout a dégénéré. Le cortège altermondialiste organisé en marge de la 7e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) vient de quitter la place Neuve. Des individus masqués, habillés en noir, se mettent alors à tout saccager. Sur le quai des Bergues, aucune vitrine ne résiste à leur charge. Plus loin, sur la place Dorcière, ce sont quatre voitures qui sont incendiées. En à peine quinze minutes, c’est la désolation. La police passe en «code noir», c’est-à-dire que tous les moyens seront employés pour mettre fin au saccage: gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, lances à eau. Après avoir repoussé les casseurs dans les Pâquis, loin des grands centres commerciaux du quartier de Saint-Gervais, les policiers genevois, appuyés par des collègues romands, orchestrent la chasse à l’homme. «Le but est de harceler les émeutiers, explique sur place un chef d’escadron. Les subdiviser en petits groupes, ne pas leur permettre de se regrouper.» Ne leur laisser aucun répit, également. Jusqu’à ce qu’ils abandonnent la partie.

«Il y a eu de la casse, mais il n’y a pas eu de blessé. C’est le principal»
Christian Cudré-Mauroux, commandant de la gendarmerie

En début de soirée, les gaz lacrymogènes ne sont pas encore dissipés que la polémique gronde déjà dans la République. Douze commerces ont été endommagés, ainsi que 19 véhicules, dont quatre qui ont brûlé. Et déjà la police est montrée du doigt. Comme toujours. Pourquoi n’est-elle pas intervenue plus vite? Au poste de commandement, Christian Cudré-Mauroux rejette ces critiques. «Aujourd’hui, les organisateurs de la manifestation nous reprochent d’avoir été trop attentistes, alors que depuis une semaine ils déclarent dans les médias qu’une présence policière trop visible serait considérée comme une provocation…» L’officier martèle ses certitudes. «Oui, mes hommes ont bien travaillé. Non, nous ne pouvions pas agir plus vite.» Impossible de charger dans ces rues marchandes bondées en ce samedi après-midi ensoleillé sans mettre en danger les autres manifestants et les badauds. Le commandant de la gendarmerie est conscient que c’est difficile à le faire accepter. Mais il ne prendra aucun risque pour des bris de glace: «Il y a eu de la casse, c’est vrai. Mais il n’y a eu aucun blessé. C’est le principal.»

Ce soulagement du zéro blessé est partagé par la troupe. De retour dans la gigantesque halle 1 de Palexpo, qui sert de plate-forme logistique à l’opération, les policiers parlent bien d’un collègue qui a été aspergé avec de l’acide. Une agression heureusement sans gravité. Il est plus de 20 heures, les nerfs sont encore à vif. «Ouah, on a bien bouffé du lacrymo! Il était épicé aujourd’hui!» rigole un homme en enlevant sa carapace de protection. Un fourgon de collègues neuchâtelois passe, la musique du générique du dessin animé Capitaine Flam à fond. Ça plaisante. Besoin de relâcher un peu la pression.

«Dans ce boulot, être parano devient une qualité»
Capitaine Jean-Marie Stutzmann, démineur

Du haut de ses 25 ans, Ivana reconnaît que c’est pour des après-midi comme celui-là qu’elle a choisi de s’engager dans les MO, pour forces de maintien de l’ordre. L’adrénaline, comme une drogue. «C’était bestial!» lâche-t-elle, le visage à peine marqué par la fatigue. Les plus anciens préfèrent évoquer, eux, la conférence de l’OMC de 1998 et ses nuits de guérilla urbaine autour de Plainpalais: «Nous étions épuisés. Nous profitions de chaque minute de répit pour dormir, parfois à même le sol dans les couloirs de l’hôtel de police.» Des discussions transpire néanmoins une certaine frustration. Ce samedi, seules 33 personnes ont été interpellées, dont quatorze membres du black block. Beaucoup ne seront pas inquiétés. Il y a bien des photos et des films des déprédations, mais comment reconnaître les casseurs sous leur cagoule? Une impunité dure à avaler.

Radio matricule 007

Il est près de 21 heures. Les policiers se hâtent de ranger leurs affaires pour rentrer se reposer. Le lendemain, ils seront de nouveau mobilisés. La conférence de l’OMC débute officiellement le lundi 30 novembre. Il faudra assurer la protection des 2600 délégués gouvernementaux (sans compter les 500 représentants d’ONG et les 400 journalistes), organiser des escortes, sécuriser des hôtels, gérer des délégations sensibles comme celles d’Israël ou de l’Iran. «L’objectif numéro un, c’est la sécurité du sommet, puis, en marge de cette rencontre, les manifestations», confirme le major Peter Brander, adjoint du chef de la Police de la sécurité internationale, affublé pour l’occasion d’une radio matricule 007, clin d’œil de ses hommes. Pour l’événement, les 1300 collaborateurs de la police cantonale sont sur le pont. Aucune demande de congé n’a été acceptée.

«Bomb squads»

Côté officialités, le Centre international de conférences de Genève, où se dérouleront les négociations, a été transformé en camp retranché, protégé comme jamais. Un édifice désert en ce dimanche soir 29 novembre veille de conférence. Il est minuit. Une quinzaine de policiers troublent le calme des lieux. Ce sont les démineurs, les «bomb squads», comme disent les Américains. Ils sécurisent le site, fouillent le bâtiment dans ses moindres recoins. Chaque tiroir de bureau est ouvert, les téléphones contrôlés. «Dans ce boulot, être parano devient une qualité, relève le capitaine Jean-Marie Stutzmann. Une bombe peut très bien être cachée dans un mobilier, un téléviseur ou dans un conduit d’aération.» Les quatre mascottes de l’équipe, des bergers allemands spécialisés dans la recherche d’explosifs, sont indispensables. Ils y passeront la nuit. Le travail est pénible, harassant, méconnu. Les démineurs ont l’habitude. Ils gardent le sens de l’humour: «De toute façon, ces prochaines semaines, on ne va nous reparler que des quatre voitures en feu de la manifestation.»




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Tags: OMC, conférence, Genève, forces de l'ordre, police, dispositif, sécurité, manifestation, émeute, guérilla urbaine, black block Aller en haut de page Haut de page

 

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