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POUR KEVIN

Par Daniel Pillard - Mis en ligne le 03.08.2010

 
Ils ont tenu cinq mois avant de se révolter. Le 11 février dernier, une sèche lettre recommandée, rédigée en allemand, informait les parents de Corinne Rey-Bellet qu’ils n’auraient désormais plus le droit de voir leur petit-fils Kevin, 6 ans. Pour le bien de l’enfant. Depuis que leur fille a été froidement abattue par son mari, en ce tragique soir d’avril 2006, le petit était pourtant devenu leur unique raison de vivre, leur soleil, leur petit prince. Précisément, c’est cela qui n’allait pas: petit prince. Choyé, chouchouté, adulé! Tellement, que sa famille d’adoption, une cousine de Corinne, son mari et leurs deux enfants qui demeurent aussi en Valais, ne parvenait plus à faire façon du petit Kevin lorsqu’il rentrait des deux jours par semaine qu’il passait chez ses grandsparents, aux Crosets. Et puis il n’y avait pas que cela: le grandpère aurait aussi eu une tendance malsaine à entretenir le culte de sa fille tragiquement disparue en y associant son petit-fils. Pas bon pour son développement, a estimé la psychologue de service, non sans raison, sans doute.

Depuis que l’interdiction de voir Kevin est tombée, le grand-père a sombré. Il est actuellement hospitalisé après avoir subi une opération du cœur. «Si je ne peux plus voir mon petit-fils, je préfère mourir…» Le titre a fait florès dans la presse alémanique d’abord, sans doute dans l’espoir d’infléchir l’autorité de tutelle de Saint-Gall, canton d’origine du mari de Corinne, où le couple s’était établi avant de se séparer quelques jours avant le drame. Dans la presse romande, ensuite. Lorsque la maman de Corinne explique les raisons de sa révolte, on ne peut qu’être envahi par un immense élan d’empathie (lire son témoignage recueilli par Yan Pauchard en page 10). Et lorsque le père adoptif de Kevin assure que depuis qu’il ne voit plus ses grands-parents, le garçon va mieux, il n’y a pas de raison d’en douter. Il arrive que des décisions cruelles en apparence finissent par se révéler salutaires, même si on peut en contester la manière.

Comment sortir d’une si douloureuse impasse? Peut-être en essayant de calmer le jeu. Plutôt que de communiquer par médias interposés, mieux vaudrait sans doute que les uns et les autres prennent le chemin du carnotzet pour régler leurs affaires en famille. Les grands-parents tout comme les parents adoptifs ne veulent rien davantage que le bien de Kevin. Et ils ne seront pas trop à eux tous pour l’aider à grandir et à être heureux malgré cette sanglante nuit d’avril 2006 où son père tuait sa mère parce qu’il ne supportait pas qu’elle le quitte.



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Tags: Corinne Rey-Bellet, Verena, Adrien Rey-Bellet, Kevin, Crosets, Valais Aller en haut de page Haut de page

 

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