«Il voulait savourer le bonheur de devenir grandpère et nous avait demandé de changer la date de cette soirée, ce que nous avons fait. Ce soir, il tient parole. Merci Phil Collins!» L’expilote automobile Florian Wetsch, maître d’œuvre de la soirée de gala du 50e anniversaire du Panathlon Club Genève, organisée vendredi dernier au Golf Club, à Cologny, est ravi. Dans la salle, un aréopage de personnalités et de champions de tous âges s’apprête à jouir d’un moment rare: un miniconcert de Phil Collins, accompagné pour l’occasion à la guitare de son ami d’enfance Ronnie Caryl.
Victime d’ennuis de santé qui l’empêchent désormais de jouer de son instrument fétiche, la batterie, l’ex-leader du groupe Genesis, résidant à Féchy (VD), enchaîne des versions acoustiques de ses tubes Another Day in Paradise, Separate Lives et Sussudio, puis conclut sur une reprise de Stand by Me. Frissons dans l’assistance. Le teint blême, mais souriant et courtois, as usual, Phil Collins accepte de se confier, à l’écart de la foule.
Comment se présente votre nouvel album, attendu pour l’an prochain?
Bien. C’est le premier album que je façonne ainsi, sans tout enregistrer du début à la fin. J’y vais pièce par pièce, parce que j’ai une vie maintenant, avec mes garçons. Je ne veux pas leur imposer ce rythme de travail.
Comment se porte votre voix?
Oh, la voix, ça va. C’est un des trucs qui fonctionnent encore bien chez moi.
Vous avez eu un problème de colonne vertébrale, n’est-ce pas?
Pas tout à fait. Quelque part pendant la tournée de retour de Genesis, je me suis disloqué trois vertèbres cervicales, mais je ne m’en suis pas rendu compte, parce que je ne souffrais pas.
N’est-ce pas courant pour un batteur?
La vérité, c’est que j’ai 58 ans… presque 59, et que je joue de la batterie depuis cinquante ans! Mon dos est probablement encore solide, mais vulnérable. J’imagine qu’en remuant, ces vertèbres ont dû toucher la moelle épinière et, à cause de cela, je n’ai soudain plus senti mes doigts.
Comment ça va aujourd’hui?
C’est pareil, je ne sens toujours rien à leur extrémité. Du coup, je ne peux plus vraiment jouer de la batterie.
Si je vous pince le doigt, vous sentez quelque chose?
Non, rien, aucune douleur. Je ne peux plus jouer de piano et, pour les percussions, ce n’est plus comme avant.
Quel était le but de l’opération que vous avez subie en avril dernier?
On m’a remis les vertèbres en place.
Pas de souci postopératoire?
Non, non. Les médecins ont bien bossé. L’opération a été un succès. C’est juste que les effets que je ressentais avant prendront beaucoup de temps à disparaître. Et encore, si je suis chanceux! Moi, je suis prêt à accepter que cela ne soit plus jamais comme avant. Je n’ai plus de force dans les doigts.
A 9 ans à peine, votre fils Nicholas semble déjà prêt à reprendre le flambeau. A-t-il commencé la batterie au même âge que vous?
(Il sourit.) Moi, j’ai commencé à jouer sérieusement à l’âge de 5 ans, mais j’avais déjà une batterie à 3 ans. Lui aussi a reçu sa première batterie à 3 ans. Nicholas a un talent naturel. Matthew aussi a débuté. Il n’a pas encore 5 ans, mais ça l’attire.
Est-ce que vous passez suffisamment de temps avec vos enfants, à votre goût?
Non, je préférerais vivre avec eux. Ce serait le mieux.
Est-il exact que la famille se réunit une fois par semaine au complet pour manger?
Nous essayons. Pas une fois par semaine, en réalité, mais nous nous efforçons de le faire le plus souvent possible, ce qui revient à dire une fois toutes les deux ou trois semaines. Je dois dire à ce propos qu’Orianne et moi nous entendons plutôt bien.
Diriez-vous que vous avez réussi votre divorce?
Oui. Lorsque vous vieillissez, vous réalisez que c’est la meilleure façon d’agir. Cela montre que vous mûrissez. Mais beaucoup de gens ne pensent pas de cette façon. Ils partent chacun de son côté, ils essaient de réécrire leur vie. Moi, je me sens chanceux. Je me suis marié trois fois et je m’entends vraiment très bien avec mes ex-compagnes. Orianne et moi sommes très proches. A cause des garçons, bien sûr, mais aussi parce que nous représentons encore beaucoup l’un pour l’autre. Elle a un ami et, moi, j’ai une copine, qui ne vit pas en Suisse.
Votre amie vient-elle souvent vous voir à Féchy?
Elle vient, oui, de temps en temps, même si je continue de vivre ici à ma façon.
Etes-vous heureux que vos fils grandissent ici?
Oui, j’aime la Suisse. Jamais je n’ai eu l’intention de quitter ce pays quand mon mariage s’est achevé. Je suis ici parce que mes enfants y vivent. Nous ne sommes séparés que par dix minutes de route. Mais j’aime ma vie en Suisse. J’y compte de nombreux amis très proches.
Comment avez-vous accueilli la naissance de votre première petite-fille, Zoe Amelie, fin octobre?
Je suis allé passer trois-quatre jours avec elle, au Canada.
Etes-vous content d’être grandpère à 58 ans?
Bien sûr! Et je suis heureux d’avoir l’âge que j’ai.
Vous n’êtes pas un homme nostalgique?
Si, je suis nostalgique, je suis sentimental aussi, mais je ne me raccroche pas au passé.
Vous décririez-vous également comme un homme romantique?
Oui, certainement, très romantique. Je crois foncièrement par exemple qu’on ne devrait jamais aller se coucher sur une dispute.
Un peu vieux jeu?
(Il sourit.) Oui, peut-être. Je crois qu’il est important, et tout spécialement si vous avez vécu une longue relation avec des enfants, de privilégier le dialogue. Quand on a un problème, on le règle parfois le matin au petit-déjeuner. Quand on ne vit pas ensemble, le risque de voir la situation s’aggraver s’accroît. Cela dit, je sais que mes enfants sont couverts d’attention. Je suis un mec heureux. C’est juste une étape de plus dans ma vie.
On vous dit fan de foot, c’est vrai?
Oui.
Quelle est votre équipe préférée?
Eh bien… Nicholas et Matthew aiment Manchester United, et je dois admettre que j’aime moi aussi voir évoluer cette équipe quand elle joue bien.
Et le Barça?
(Interloqué.) Non.
Vous êtes bien un Anglais!
(Il rit.) Mais je préfère Manchester United à Chelsea!
Quel est votre joueur de foot préféré dans le monde?
Je dirai Cristiano Ronaldo, que nous avons pu apprécier quand il évoluait à Manchester United. Non seulement c’est un joueur brillant, mais c’est un mec épatant, un peu comme l’était, à mon sens, David Beckham.
En 2010, on fêtera les 25 ans du concert du Live Aid pour l’Afrique. Tout cela a-t-il vraiment servi à quelque chose?
Je le crois, oui. Cela a rendu les gens plus attentifs à ce type de problèmes. Maintenant cela a-t-il transformé les conditions de vie des victimes? Probablement pas, mais ça, c’est la faute des gouvernements.
Etes-vous resté ami avec Peter Gabriel?
Oui, bien sûr. La dernière fois que je lui ai parlé, c’était pour lui annoncer mon intention de me retirer. Il m’a conseillé de ne pas le faire et j’ai été sensible à ses arguments, mais moi, j’avais besoin d’autre chose. J’aime l’album sur lequel je travaille, bien sûr, et j’aime toujours la musique, mais je ne suis plus une rock-star. Voyez, même ce soir, j’étais anxieux à l’idée de jouer ici.
Vraiment?
Oui. Le dernier concert que j’ai donné, c’était il y a un an, à la Châtaigneraie (GE), et le précédent, c’était un an plus tôt. Je ne fais plus de concerts. Tout cela me rend trop nerveux.
Itinéraire sentimental
Ses amours, ses emmerdes
Malgré une calvitie précoce et sa petite taille, Phil Collins est un homme à femmes. Son itinéraire sentimental débute en 1975.
A
24 ans, le 27 septembre de cette année-là, il épouse Andrea Bertorelli
et adopte légalement sa fille, Joely. Le couple aura un fils, Simon, né
en 1976. En 1980, c’est le divorce. Coupable d’avoir flirté avec son
décorateur, Andrea repart sans un sou à Vancouver, mais avec les
enfants! Devenue actrice, Joely s’est mariée en 2008. Elle a accouché
de son premier enfant, la petite Zoe Amelie, le 26 octobre dernier.
Phil
Collins se remarie le 4 août 1984 avec Jill Tavelman, qui lui donne une
fille en 1989, prénommée Lily Jane, aujourd’hui mannequin. Sa vie de
couple se solde par un nouveau divorce en 1996, qui lui coûte cette
fois 37 millions de francs.
Désireux de changer de vie, Phil
Collins vient en Suisse et s’éprend de la jeune Vaudoise qui lui sert
d’interprète. Elle s’appelle Orianne Cevey, elle a 27 ans et lui, 48.
Ils se marient le 24 juillet 1999 et s’installent à Begnins (VD), où
naissent successivement leurs deux fils: Nicholas (2001) et Matthew
(2005). En dépit d’une vie de famille apparemment exemplaire, le couple
finit par se séparer, le 16 mars 2006.
Pour conclure son divorce,
Phil Collins aurait versé l’an dernier quelque 51 millions de francs à
Orianne, qui a conservé la maison de Begnins et obtenu la garde des
enfants. Le chanteur, dont la fortune reste évaluée à 286 millions de
francs, vit non loin de là, à Féchy. Restés bons amis, Orianne et Phil
Collins ont retrouvé l’amour, chacun de son côté. Cet été, l’artiste a
été vu à Saint-Tropez au bras de la journaliste américaine Dana Tyler,
50 ans. Affaire (de cœur) à suivre, donc.
La vie d’artiste
De l’or au bout des doigts
Fils
d’un courtier en assurances et d’une agent d’artistes, Philip David
Charles Collins, dit Lulu, est né à Londres le 30 janvier 1951. Il
entame sa carrière enfant. Musicien précoce, batteur à 5 ans, il en a
15 lorsqu’il forme avec son pote guitariste Ronnie Caryl son premier
groupe, Hickory, rebaptisé Flaming Youth.
En 1970, répondant à
une petite annonce du magazine musical Melody Maker, il devient batteur
du groupe Genesis. Réputé pour ses performances scéniques théâtrales,
Genesis signe quelques perles de l’histoire du rock, dont The Lamb Lies
Down on Broadway (1974), que Phil Collins considère encore comme son
album préféré. Le batteur est sollicité par ses pairs: Paul McCartney,
Eric Clapton, Mark Knopfler, etc. Avec le groupe Brand X, il fraie du
côté du jazz fusion et s’essaie au cinéma, notamment dans Buster (1988).
Après
le départ de Peter Gabriel, Phil Collins est promu chanteur de Genesis
en 1975. Le groupe connaît un succès mondial, qui culmine en 1986 avec
l’album Invisible Touch. Ayant amorcé une carrière solo dès 1981 avec
le très réussi Face Value, Collins abandonne Genesis en 1996.
Par
deux fois, il travaille pour Disney, en 1999 avec Tarzan, qui lui
rapporte un oscar, puis en 2003 avec Frère des ours. Son dernier opus
solo, intitulé Testify, est sorti en 2002. On évalue à quelque 200
millions le nombre total d’albums écoulés par l’artiste. Depuis la
tournée planétaire de Genesis, effectuée en 2007, Phil Collins se fait
rare. A en croire ses proches, son nouvel album, attendu en 2010, fera
date.