De nombreux parents permettent à leur ado d’inviter leur conquête à dormir à la maison. De peur de se faire traiter de ringards ou pour ne pas à avoir à argumenter devant l’amoureux ou l’amoureuse du moment s’ils refusaient. Par crainte, aussi. Pourtant, fermer les yeux sur les rapports sexuels de son enfant sous le toit familial est une attitude néfaste, qui nuit à l’épanouissement de son autonomie, dénonce Véronique Moraldi, spécialiste de l’analyse des liens familiaux. Elle décortique pour nous trois situations types.
EN PRÉSENCE DES PARENTS
«Imagine la scène, raconte une amie. Le week-end dernier, mon aînée débarque de sa soirée à minuit avec son copain et me demande s’ils peuvent dormir tous les deux à la maison. Je le connais bien. Il n’habite pas la porte à côté… Je cède. Mais à peine disparus dans leur chambre, voilà que le plancher se met à grincer, laissant peu de doute sur leur activité. J’étais téta-nisée. Ne sachant que faire, j’ai mis la télé à fond en attendant que ça passe!» Pour Véronique Moraldi, ce témoignage démontre bien qu’un enfant n’a pas à entretenir de relations sexuelles sous le toit parental. «Cela instaure un climat incestueux malsain. La sexualité des ados ne regarde pas les parents, et rien ne doit la relier à eux. Pour ça, mieux vaut ne pas tolérer ses ébats amoureux à la maison.»
EN L’ABSENCE DES PARENTS
On n’est malheureusement pas toujours là quand cela se passe. Alors, le jour où l’on surprend son ado dans ses ébats amoureux en plein milieu de l’aprèsmidi, on est aussi ébahi que démuni. Comment réagir? «On laisse tout le monde se rhabiller, la conquête s’éclipser, et on parle à son enfant entre quatre yeux», conseille Véronique Moraldi. «Vous avez le droit d’exiger de lui que cela ne se reproduise plus!» Et s’il se rebiffe, vous traite de has been? «Faites-lui remarquer que vous n’avez d’aucune manière l’intention de partager sa sexualité.» Et méditez ce paradoxe: le laisser faire l’amour dans sa chambre d’enfant, c’est une manière de contrôler sa vie. Ainsi, on l’infantilise et on a toutes les chances d’en faire un adulte attardé, peu enclin à quitter le nid familial où tout est permis.»
Ce que les ados préfèrent, c’est vous prendre au dépourvu, avec, pour argument massue: «Maman, je t’assure, il ne se passera rien!» Votre ado promet d’être sage? «Proposez-lui de faire chambre à part avec sa dulcinée», lance, sourire en coin, Véronique Moraldi. «C’est peut-être une position limite hypocrite. Mais je ne serais pas étonnée que cela favorise son envie d’aller vivre ses expériences ailleurs la prochaine fois.»
EN VISITE CHEZ LES PARENTS
En revanche, si l’enfant a quitté le domicile parental et qu’il vit dans son propre appartement, «là, c’est une tout autre histoire», note l’experte française. Il a juste envie de passer le week-end en famille avec sa copine… «Si votre enfant ne vit plus sous votre toit, c’est qu’il a acquis son autonomie. Il n’y a donc plus lieu de s’inquiéter.»
A lire: N’ayez pas peur d’éduquer vos ados... de Véronique Moraldi et Michèle Gaubert, Editions de l’Homme.